Le retour de Sarkozy

Nicolas Sarkozy à Davos (Crédits : World Economic Forum, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Le retour de Sarkozy n’est d’aucun intérêt s’il ne fait son propre aggiornamento libéral.

Par Philippe Robert

Nicolas Sarkozy à Davos (Crédits : World Economic Forum, licence Creative Commons)

Depuis le 6 mai 2012, Nicolas Sarkozy s’est donc livré à une réflexion approfondie sur sa personne et sur son action passée à la tête de la France, s’interrogeant sans concession sur l’opportunité d’un retour à la vie politique qu’il avait pourtant quittée sans amertume et sans regret. Un peu contraint et forcé quand même…

L’UMP étant dans l’état comateux que l’on sait, privée de vraie tête pensante et titubant en tous sens, Nicolas Sarkozy estime alors de son devoir de revenir dare-dare remettre un ordre neuf dans le premier parti d’opposition de droite qui ne sait plus réellement qui il est et moins encore ce qu’il est politiquement censé défendre.

En date du 19 septembre 2014, « Sarko » se fend donc d’une lettre d’intention, publiée sur sa page Facebook, dans laquelle il nous jure ses grands dieux qu’ayant fait un retour sur lui-même à 180 degrés, il a enfin découvert où se trouvait l’intérêt supérieur de la France et, surtout, comment s’y prendre pour lui rendre toute sa grandeur dans la nouvelle donne du XXIème siècle : « Je suis candidat à la présidence de ma famille politique. Je proposerai de la transformer de fond en comble, de façon à créer, dans un délai de trois mois, les conditions d’un nouveau et vaste rassemblement (…) Ce vaste rassemblement se dotera d’un nouveau projet, d’un nouveau mode de fonctionnement adapté au siècle qui est le nôtre et d’une nouvelle équipe qui portera l’ambition d’un renouveau si nécessaire à notre vie politique. »

Moi, je veux bien croire Nicolas Sarkozy quand il prétend réaliser un tel aggiornamento politiquement durable et conforme à l’époque que nous vivons ; d’une certaine façon, il me fait penser à Tony Blair peaufinant son New Labour mais, hélas, sans bénéficier de l’antériorité de la Dame de fer dont Blair sut si intelligemment profiter !

Comme chacun devrait le savoir, la France est non seulement la patrie des droits de l’homme mais aussi celle des plus brillants esprits libéraux qui, dès le XIXème siècle, enrichirent plus encore la pensée française de leurs écrits sur la liberté en faisant la promotion du libéralisme aujourd’hui si imbécilement cloué au pilori.

Petit retour en arrière :

Je ne suis ni Mme Thatcher, ni M. Reagan, je suis Nicolas Sarkozy avec mes propres convictions, mes propres intuitions, mon propre regard sur la France et les Français (…) J’ai une mission de rassemblement. Rassembler les libéraux, les gaullistes, les centristes, les européens, les souverainistes. Je dois assurer la cohérence de l’ensemble.
— Nicolas Sarkozy lors d’un meeting en plein air en Touraine le 6 juillet 2006.

Dans son annonce de retour aux affaires, d’abord à la tête de l’UMP mais aussi, n’en doutons pas, dans la perspective de 2017, Nicolas Sarkozy espère pouvoir ainsi fédérer toutes les intelligences, toutes les énergies et toutes les bonnes volontés qui s’exprimeront. C’est donc bien au sursaut que Nicolas Sarkozy appelle les Français.

Je me permets alors de conseiller au « Sarko nouveau » de lire attentivement la « Lettre ouverte de Nicolas Sarkozy aux Français qu’il a déçus » (texte intégral ici) écrite en son nom avec l’aide bienveillante de Nicolas Lecaussin (IREF) : « Mes chers compatriotes, l’heure est très grave (…) Nous savons ce qu’il faut faire (…) Je veux agir. C’est pourquoi cette Lettre est adressée surtout aux Français que j’ai déçus durant mon premier mandat. »

Vous y trouverez sept propositions d’action immédiate que les Français gavés de socialisme devront accepter dès votre accession en 2017 : « Il faut dire la vérité aux Français ! Je ferai ce qu’ont fait, à un moment très difficile pour leur pays, Reagan et Thatcher, mais aussi Gerhard Schröder en Allemagne, Tony Blair » et tous les autres responsables aux Pays-Bas, au Canada, en Suède, en Nouvelle-Zélande etc.

M. Sarkozy, si vous voulez vraiment réussir dans la nouvelle mission que vous vous êtes apparemment assignée, faites donc votre propre aggiornamento libéral et soyez assuré qu’à moyen ou long terme les Français ne sauront jamais assez vous en remercier. Allons ! Avant de vous endormir, répétez après moi : la rupture c’est maintenant ou jamais !