Suisse : avec une caisse unique, le pire est sûr

suiss credits david jameson (licence creative commons)

La Suisse doit-elle adopter un système de santé complètement géré par l’État ?

Par Francis Richard, depuis la Suisse.

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Toute personne domiciliée en Suisse doit conclure une assurance de base. Elle peut le faire actuellement auprès d’une des 61 caisses-maladie de droit privé. Ces caisses-maladie ne peuvent refuser aucune personne dans l’assurance de base, qui couvre des risques fixés arbitrairement par la loi. Les primes que font payer les caisses-maladie pour couvrir ces risques de base doivent être approuvées chaque année par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Pour que les bons (ou mauvais) risques soient répartis, il existe en outre un système de compensation entre assureurs.

Comme on le voit, il y a certes concurrence entre les caisses-maladie, mais elle est réduite à une peau de chagrin par l’intervention étatiste. Toute économie administrée de la santé se traduit inévitablement par une inflation des dépenses, par un rationnement des soins, par des files d’attente, par des privilèges occultes.

Il faut savoir que les dépenses de santé en Suisse en 2011 (64,6 milliards de Francs) représentaient 11% du PIB, ce qui est comparable aux chiffres de l’Autriche (10,8%), de l’Allemagne (11,3%) ou de la France (11,6%), mais ce qui est bien supérieur aux chiffres de Singapour (4,2%), où la qualité des soins n’est pourtant pas moins bonne…

Cette même année 2011, l’assurance de base ne couvrait que 40,5% de ces dépenses. C’est dire que l’assurance de base n’est même pas prépondérante en la matière. Quoi qu’il en soit, l’inflation des dépenses relatives à l’assurance de base est aujourd’hui favorisée par l’illusion de la gratuité qu’éprouvent ceux qui ne payent pas de primes ou qui payent des primes réduites. Ce qui correspond tout de même à 30% des assurés…

Sans que l’on s’en rende compte, cette inflation des dépenses conduit peu à peu au rationnement des soins qui résulte de toute demande de soins illimitée. Les conséquences en sont déjà des files d’attente… Aujourd’hui, grâce à la concurrence relative des caisses-maladie entre elles, les frais administratifs de ces caisses sont limités à environ 5% des primes, y compris leurs frais de publicité (0,3%).

D’aucuns voudraient maintenant que le système de santé suisse de base, qui souffre déjà d’un manque cruel de concurrence et bénéficie donc de privilèges occultes, ne connaisse plus de concurrence du tout. Ces apprentis-sorciers ont déposé le 23 mai 2012 une liste de 115.841 signatures valables à l’appui d’une initiative populaire fédérale « pour une caisse publique d’assurance-maladie », sur laquelle le peuple suisse se prononcera le 28 septembre prochain.

Ces initiants prétendent que les primes et que les frais administratifs baisseront grâce à l’instauration de ce monopole public. Or il n’existe nulle part au monde de cas où un monopole public s’avère moins coûteux que des entreprises privées en concurrence, même réduite. Au contraire, non seulement un monopole public n’est pas moins coûteux que des entreprises privées obligées d’innover et tenues de ne pas creuser de trous sous peine de faillite, mais il est bien souvent déficitaire et endetté : la protection de l’État n’incite jamais à la vertu dans les comptes.

Bref, le remède que préconisent les initiants à ce qu’ils appellent pseudo-concurrence est pire que le mal – qui est d’ailleurs moindre qu’ailleurs. Avec leur caisse unique, le pire est même certain.


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