La France découvre la Macron-Économie

Macron économie (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

La nomination d’Emmanuel Macron à la place d’Arnaud Montebourg a suscité l’émotion à la gauche de la gauche. Faut-il s’emballer pour autant ?

Par Stéphane Montabert.

Macron économie René Le HonzecLe gouvernement Valls II est connu depuis quelques jours à peine mais un seul ministre attire sur lui toutes les attentions : Emmanuel Macron, remplaçant de l’inénarrable ministre du « redressement productif » Arnaud Montebourg.

Avec ce nouveau ministre, la France gagne inévitablement de la crédibilité par rapport à son prédécesseur. Voilà au moins quelqu’un qui connaît le monde de l’économie privée et qui semble plus adepte du travail en coulisses que de la vaine gesticulation.

Il n’en faut pas beaucoup (il n’en faut jamais beaucoup) pour que la gauche de la gauche se dresse sur ses ergots, syndicats compris : Macron est un affreux néo-turbo-ultra-libéral, un vendu au Grand Capital. Hollande assume un virage historique, s’ouvre au centre, renie ses racines et son engagement. Ce n’est plus une réforme gouvernementale mais une trahison des valeurs. Oublié, le président qui « n’aimait pas les riches »…

Serviteur de l’État plus qu’entrepreneur

Il y a évidemment de l’amertume dans ce constat, et aussi de l’exagération. Énarque, M. Macron a aussi travaillé comme haut fonctionnaire, à la banque d’affaires Rothschild, puis dans le cadre du rachat par Nestlé d’une filiale de Pfizer où sa commission fera de lui un millionnaire. Approché par l’UMP, il préfère miser sur Hollande, et devient à partir de mai 2012 secrétaire général adjoint de la présidence de la République. On est donc plus dans le parcours du grand serviteur de l’État en relation courtoise avec les grandes sociétés et les groupes financiers que dans l’entrepreneur à succès parti de rien, le self-made-man créant de la valeur par ses idées novatrices et un travail acharné.

M. Macron n’est pas une figure réellement nouvelle au sein du monde politique, sauf pour le grand public. Bien qu’issu du sérail, il n’empêche que ses opinions – que d’aucuns qualifieraient de réalistes – tranchent avec un parti socialiste français arc-bouté sur son idéologie historique. Il est en effet en faveur du rétablissement de l’équilibre des finances publiques et du libre jeu du marché : « On ne peut plus présenter la gauche comme l’extension infinie des droits. (…) La gauche moderne est celle qui donne la possibilité aux individus de faire face, même aux coups durs. Elle ne peut plus raisonner en termes de statuts. La société statutaire où tout sera prévu va inexorablement disparaître. »

Que de socialistes (y compris en Suisse !) s’étrangleraient devant pareil discours ! Mais François Hollande a-t-il seulement le choix ? L’avènement d’Emmanuel Macron n’est pas un accident et s’inscrit dans un réel changement d’orientation du gouvernement français dont la teneur est livrée par Manuel Valls lui-même :

« Cessons d’opposer systématiquement État et entreprises, d’opposer chefs d’entreprise et salariés, organisations patronales et syndicats (…) Notre pays crève de ces postures ». Pour Manuel Valls, « la France a besoin de toutes ces entreprises, PME, start-up, grands groupes. Ce sont les entreprises qui génèrent des richesses qui doivent profiter à tous. J’aime l’entreprise », a-t-il ajouté devant un public conquis. « L’esprit d’entreprendre est plus que jamais nécessaire pour faire avancer le pays. Le retour à la croissance passera d’abord par le soutien aux entreprises », embraye le premier ministre, assurant qu’il est « absurde de parler de cadeaux faits aux patrons. Une mesure favorable aux entreprises est favorable au pays tout entier. (…) Le retour à la croissance passera d’abord par le soutien aux entreprises ».

Ce n’est pas tous les jours qu’un premier ministre, socialiste de surcroît, se fait applaudir debout par le public d’une université d’été du MEDEF. Pour des syndicalistes qui ont passé leur vie dans une guérilla permanente contre le « patronat », la pilule est difficile à avaler. Reste à savoir si le discours se traduira en mesures, et à quel rythme.

Le premier test est tombé : les 35 heures. La réforme-phare de Martine Aubry peut-elle être allégée, assouplie, aménagée pour cesser d’étrangler les entreprises françaises ? Emmanuel Macron pense que oui, mais Harlem Désir, secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, pense que non. Déjà les premiers obstacles, le premier bras de fer. Gageons que ce ne sera pas le dernier.

Deux ans de perdus, pourrait-on dire. Ou soixante-dix. Mais quand même un participant de l’université d’été du MEDEF concède que Manuel Valls « fait mieux que la droite », on a un aperçu du chemin parcouru par la gauche au pouvoir – et de la nullité totale de la droite qui l’a précédée. Nous n’en sommes qu’aux discussions mais la France n’en a plus les moyens : la situation est à l’urgence.

Les réformes à peine discutées par l’équipe de Valls II se traduiront-elles en projets de loi ?
S’attaqueront-elles enfin au poids de la fonction publique ? Seront-elles acceptées par la majorité socialiste de l’assemblée ? Avec quelle vigueur seront-elles combattues par la gauche dans la rue ? Suffiront-elles à renouer avec la croissance ?

Il n’est pas improbable que Valls II s’effondre sous l’implosion de la gauche, ou simplement que les changements soient trop lents et superficiels pour sauver le navire. La conclusion s’impose comme une nouvelle, terrible question : la France a-t-elle encore le temps de ses réformes ?


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