Démission du gouvernement Valls : Hollande à l’heure des comptes

Manuel Valls (Crédits Monica Argentina, licence Creative Commons)

À l’heure où François Hollande rebat ses cartes politiques, la situation sociale et économique du pays s’est encore dégradée. Qu’espérer d’un nouveau gouvernement Valls ?

Par Philippe Bouchat.
Manuel Valls (Crédits Monica Argentina, licence Creative Commons)

Il y a un an presque jour pour jour, je publiais dans les colonnes de Contrepoints un article sur l’incapacité de Hollande à prendre position et sur sa responsabilité manifeste dans les nombreux couacs qui émanent de son gouvernement depuis son installation. Un an après, rien n’a changé. Ou plutôt si : la situation s’est aggravée et à une crise politique s’est substituée une crise que l’on peut qualifier de régime, sans peur de galvauder l’expression.

Je ne ferai pas ici la liste de toutes les erreurs, des manquements et des incompétences qui sont la marque de fabrique de ce qu’on a du mal à appeler un gouvernement, tant il a déjà été écrit à ce sujet. Je limiterai ici mon analyse à ce que je pense être, vu de Belgique, une opportunité1.

Manque de discernement

Au début de son quinquennat, le président était aveuglé par son manque de discernement sur les causes de la crise économique et financière. C’était l’époque où son ennemi était le monde de la finance et où il croyait avec une pathétique sincérité être en mesure de faire avaler par Bruxelles et Berlin un volet social au Pacte budgétaire européen2.

Il lui a fallu presque deux ans pour que ses œillères ne tombent et qu’il opère ce que d’aucuns appellent un virage social-libéral3. Ce revirement s’est traduit par une politique économique (enfin) plus axée sur l’offre que sur la demande, principalement par l’adoption du pacte de responsabilité offrant sous conditions des réductions des charges patronales pour rendre les entreprises françaises plus compétitives. Mais ce revirement eut un prix : la radicalisation du partenaire écologiste et l’émergence d’une fronde au sein même du PS. C’est ce double mouvement qui a eu raison du gouvernement Ayrault.

Mais les Verts sont partis et aujourd’hui le président a l’opportunité de se débarrasser de l’aile la plus hostile à sa politique économique. Pour cela, à l’occasion de la démission du gouvernement Valls, le président doit trancher et virer les ministres mutins. Nul doute que Montebourg sera le premier évincé. S’il ne le faisait pas, le président perdrait définitivement le peu de crédit et d’autorité qui lui reste et – pire – conforterait les vipères qu’il a nourries en son sein. La logique voudrait qu’il en profite pour se séparer également de Hamon et de Filippetti qui ont publiquement soutenu le ministre du redressement (im)productif. Enfin, Taubira, sempiternelle source de problèmes, devrait également faire les frais de la saillie de son collègue.

Les mains libres pour la réforme ?

Si tel devait être le cas, si Hollande ose enfin se séparer une bonne fois pour toutes des poids morts qui font obstacle à son revirement, il aura enfin, pour la première fois depuis le début de son quinquennat, les mains libres pour mener la politique économique à laquelle il s’est ainsi récemment converti. Certes, ce faisant, il trouvera face à lui une majorité parlementaire plus hostile que jamais – sans compter que le Sénat va vraisemblablement passer à droite en septembre – mais il dispose, avec l’article 49.3 de la Constitution4, d’une arme qui lui permet de passer cet écueil.

La France est aujourd’hui considérée comme l’homme malade de l’Europe, comme le fut la Grande-Bretagne dans les années 70. Vouloir assouplir les règles européennes est vain, car les partenaires européens qui ont accompli des efforts – comme l’Allemagne, mais aussi l’Irlande, l’Espagne ou le Portugal – ne permettront pas à la France de jouer à la cigale plus longtemps. En outre, nous entrons doucement mais sûrement dans une ère de déflation qui va se traduire par une hausse prochaine des taux d’intérêt et donc du poids de l’endettement public. Donc, il n’y a pas matière à tergiversation.

La France a déjà perdu 2,5 ans. Aujourd’hui, « grâce » à la sortie de Montebourg-Hamon, le président a l’occasion unique d’avoir les mains totalement libres pour enfin mener une véritable politique de redressement. Certes, il faudra que le contenu de cette politique soit complètement libéral, mais aujourd’hui, les obstacles internes sont poussés à la sortie.

Cette gestion des crises par le pourrissement des problèmes est arrivée à son terme ; la Valls des ministres doit être la dernière. En cas d’échec ou de nouveau couac, la dissolution de l’Assemblée nationale se présente comme la seule porte de sortie, avec l’arrivée plus que probable d’un gouvernement de cohabitation.

La balle est dans le camp du président Hollande ; à lui de la saisir pour que la crise de régime redevienne une simple crise politique qui, en cas de succès, sera finalement vite oubliée.

  1. Tout le monde sait ainsi, qu’en Chine, l’idéogramme représentant l’idée de « crise » signifie également « opportunité ».
  2. Officiellement appelé « Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance » (TSCG).
  3. Je suis pour ma part opposé à cette qualification qui n’est qu’un oxymore.
  4. Pour rappel, l’article 49.3 de la Constitution de la Vème République permet à l’exécutif de faire passer des textes qu’il présente sans vote.