Les élus PS de Paris vous emmerdent : « Nous sommes un modèle de vertu »

Hôtel de ville de Paris (Crédits wagner51 licence Creative Commons)

Les élus PS de Paris revendiquent leur droit d’habiter en HLM, pour économiser sur leurs royales indemnités et vivre au contact des Français. Un appartement normal, ça marche aussi.

Par Baptiste Créteur.

Hôtel de ville de Paris (Crédits wagner51 licence Creative Commons)

Anne Hidalgo, maire de Paris, veut que cessent les séries d’articles scandalisés de savoir des élus confortablement indemnisés en HLM. Et pour cela, comme rarement en politique, c’est à la pratique qu’elle demande aux élus de mettre un terme. Au lieu des déclarations enflammées auxquelles on aurait pu s’attendre, les élus se fendent de déclarations en défense de leur droit à vivre en HLM.

Claudine Bouygues, conseillère de Paris PS du XVIIIe arrondissement, ne veut pas quitter son 56m² loué 700 euros par mois. «Je vis seule et je n’ai que mon indemnité de 3449 euros pour ressource. Je partirais si la commission de déontologie me le demande», explique l’élue au journal Le Monde .

3449 euros par mois pratiquement net, pour un loyer de 700 euros par mois (soit 1/5ème du revenu, pas grand chose au regard de ce que paient en général les Parisiens) et 56m². Moins, ça ne le ferait pas, pour une conseillère – qui, de fait, ne vit pas dans les mêmes conditions que le reste de la population.

Il vaudrait mieux, cependant, plus de mixité sociale dans les HLM : selon plusieurs autres élus, il faudrait encourager la pratique qui favoriserait les contacts et la représentativité de la population.

Mais le problème est qu’en réalité, aucun élu en France ne pourrait être représentatif. Le citoyen n’a que rarement une influence sur les décisions des offices HLM, a rarement les mêmes revenus et paie souvent plus d’impôts que l’élu. Et l’élu est rarement impacté par ses propres décisions. Comment connaitrait-il de près les difficultés du logement des franciliens s’il ne les subit pas ?

Le problème, c’est que les élus représentent les élus, pas les citoyens. Avec leurs indemnités et leur mode de vie, leurs conditions d’emploi et leur système social facilitant le replacement. Ce qui importe n’est pas ce qu’ils faisaient avant, mais comment ils vivent maintenant et sont impactés par leurs propres décisions.

Comment est-il possible, compte tenu de leurs niveaux de revenus, que des élus revendiquent d’habiter dans des conditions plus favorables que le reste de la population ? Depuis quand les représentants des citoyens peuvent-ils prendre en leur nom des décisions qu’une fraction seulement approuverait ?

Et depuis quand dénoncer les évidents abus, c’est « céder au populisme et au poujadisme d’une presse qui se régale à dézinguer de l’élu pour faire le lit tranquille du FN » ?

Didier Guillot avance le cas où un candidat vivant en HLM venait à être élu. Mais son niveau de revenu ne devrait-il pas alors le conduire à laisser la place à ceux qui en ont plus besoin que lui ? N’est-ce pas là la base de la doctrine de redistribution dont les élus nous rebattent les oreilles ?

Rares sont ceux qui cherchent à dézinguer de l’élu. Mais de même que la critique de la France et ses politiques serait systématiquement du « France bashing », toute critique de l’une ou l’autre majorité serait destinée à faire le jeu du Front National. Est-il normal qu’un parti puisse faire campagne sur le fait de n’avoir jamais été au pouvoir, qu’on puisse être élu sur le simple fait qu’on n’ait pas encore volé ?

Chers représentants des citoyens, ne disqualifiez pas d’avance toute critique, surtout si elle est justifiée. Les journalistes jouent rarement leur rôle de contre-pouvoir comme il se doit ; quand ils le font, admettez qu’ils vous ont eus, et cédez en baissant la tête. Mieux : prémunissez-vous des scandales en devenant intègres, en vous défaisant de votre nombrilisme et en agissant dans un intérêt autre que le vôtre, celui des citoyens. Si c’est déjà ce que vous pensiez faire, partez.

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