Quel impact pour les sanctions russes sur l’Europe ?

Champs en Lettonie, un des pays les plus concernés par les sanctions russes

En représailles aux sanctions qui la visent, la Russie a décidé d’interdire toute importation de produits agricoles européens. Quelles conséquences pour l’Europe ?

Un article d’Open Europe.

La Russie a dévoilé récemment les mesures de représailles qu’elle va mettre en oeuvre après les sanctions qui la visent décidées par l’Europe la semaine dernière. La Russie a interdit toute importations de fruits, de légumes, de viande, de poissons ou encore de produits laitiers en provenance de l’Europe (comme des États-Unis, de l’Australie, du Canada et de la Norvège).

Dans quelle mesure cella impactera-t-il l’Europe ?

Echanges commerciaux entre l'UE28 et la Russie (Crédits : Open Europe, tous droits réservés)

Cette synthèse faite par les institutions européennes donnent un aperçu de l’importance des exportations agricoles européennes en Russie : comme le montre le tableau ci-dessus, les exportations agricoles représentent 7% du total des exportations européennes. De ces 7%, 10% sont exportés vers la Russie. Autrement dit, les exportations agricoles vers la Russie représentent 0,7% du total des exportations européennes. Et ce chiffre inclut des produits qui ne sont pas visés par les sanctions russes.

Exportations Européennes en Russie (Crédits Open Europe, tous droits réservés)

Concernant les pays exportateurs, le graphique ci-dessus met en évidence que ce sont les pays baltiques (Lettonie, Lituanie et Estonie) qui seront les plus impactés si l’on regarde en pourcentage du PIB des pays concernés. En valeur absolue, ce sont surtout la Pologne, les Pays-Bas, l’Allemagne et le Danemark qui paieront le prix des sanctions.

Exportations agricoles vers la Russie en pourcentage du PIB européen (Crédits Open Europe, tous droits réservés)

En quoi cela impactera-t-il la Russie

La conséquence la plus probable des sanctions pour le consommateur russe sera une hausse des prix alimentaires, augmentant encore l’inflation et réduisant les choix. Comme nous l’avons déjà souligné à Open Europe, la Russie importe des produits agricoles mais seulement (en net des exportations) à hauteur de 1,2% de son PIB chaque année, autrement dit quasiment rien par rapport au reste de ses importations.

Commerce Russie (Crédits Open Europe, tous droits réservés)

Cela représente tout de même 13,3% du total de ses importations. Une part non négligeable mais que la Russie peut remplacer avec plusieurs options :

  • Hausse de la production nationale : rien d’impossible vu les terres et les ressources disponibles, ainsi que les moyens dont dispose l’État pour les mobiliser (même si ceux-ci pourraient être affectés négativement par les sanctions visant la Russie). En termes de sécurité alimentaire, cet objectif est depuis longtemps haut dans la liste des priorités nationales.
  • Hausse de la production chez les partenaires commerciaux russes en Europe et en Asie : en réponse à la crise actuelle, la Russie renforce ses liens commerciaux avec ses voisins, en particulier au sein de l’Union Eurasiatique. Certains de ces États ont des secteurs agricoles développés, même s’ils auront sûrement du mal à approvisionner de manière conséquente un pays de la taille de la Russie.
  • Chercher de nouveaux partenaires commerciaux plus lointains : des rumeurs font état de tentatives russes pour sécuriser des accords d’approvisionnement alimentaire en Amérique Latine tandis que, comme toujours ces jours-ci, la Russie va surement essayer de trouver du renfort en Chine. Cela réduirait les tentatives pour augmenter la production agricole nationale mais aiderait à réduire l’impact économique immédiat.

Cela annonce-t-il une guerre commerciale plus large ?

Heureusement, pas pour l’instant. Des deux côtés les sanctions sont très ciblées et spécifiques. Cela dit, il est difficile de voir comment chaque camp pourrait changer facilement de position. Cela renforce les hésitations croissantes des entrepreneurs de chaque pays à faire du commerce entre eux. Cette réduction de facto du commerce entre la Russie et l’Europe sera probablement la conséquence négative la plus importante de l’escalade des sanctions.

Sur le web – Traduction par Alexis Vintray.