Et l’hydroélectricité alors ?

L'hydroélectricité est la grande oubliée de la vague d'énergie verte subventionnée par les États.

Par Matthieu Mistret.

hydroelectricity credits seattle municipal archives (licence creative commons)La mode est aux énergies renouvelables et les États subventionnent massivement ce secteur pour essayer d’atteindre des objectifs très élevés de production d’énergie dite propre. L’énergie propre, c’est un concept à la frontière entre la minimalisation du rejet de carbone et la diabolisation du nucléaire qui, s’il présente des défauts sur lesquels nous ne nous attarderons pas, reste quand même un énorme pourvoyeur d’énergie à bilan carbone de fonctionnement très bas.

Mais le grand oublié de cette vague aussi verte que l’encre des billets fraichement imprimés qui la subventionnent, c’est l’hydroélectricité. L’énergie hydraulique, c’est une énergie vieille comme la gravité. Cela tombe bien car, jusqu’à preuve du contraire, la gravité est renouvelable à l’infini.

Comment ça marche ?

Une vision simplifiée consiste à classer les centrales par leur hauteur de chute. En effet, l’énergie productible est directement fonction du débit qui passe dans les turbines et de la hauteur de la chute d’eau. Ainsi, à énergie produite constante, il faudra turbiner plus de débit pour une chute plus faible et vice-versa.

  • Les centrales de type fil de l’eau : les turbines fonctionnent avec le courant d’une adduction ou d’un cours d’eau qui soutient des débits à la fois suffisamment élevés et relativement constants. La chute est donc faible mais les débits plutôt élevés et réguliers.
  • Les centrales à accumulation : pour ce type de centrale, il suffit de trouver un bassin-versant qui produit de bonnes quantités d’eau (glaciaire, nival, pluvio-nival, pluvial suffisamment humide ou mieux, mixte), de barrer la rivière pour créer une accumulation d’eau et de turbiner cette eau quelques centaines de mètres plus bas, au moment où il y a de la demande. La chute est donc haute mais le débit turbiné généralement plus faible et plus irrégulier. Le réservoir constitué par le barrage pallie au moins partiellement cette irrégularité.
  • Les centrales à accumulation et pompage/turbinage : ces centrales présentent la particularité de pouvoir turbiner plusieurs fois la même eau ! Il s’agit de pomper l’eau d’un réservoir en aval lorsque les prix de l’électricité sont bas, de la stocker dans un réservoir en amont en attendant que les prix remontent pour la turbiner au meilleur prix, c’est-à-dire généralement quand la demande sera plus forte. C’est quand même bien fait le marché, non ?

Une contribution significative

Selon l’Office Fédéral de l’Énergie suisse (OFEN), la Confédération a vu sa production électrique domestique comblée à 57,9% par l’énergie hydraulique (26% en fil de l’eau et 31,9% en accumulation) pour l’année 2013. Même si le pays est particulièrement bien placé pour produire ce type d’énergie en raison de son relief, de la présence du Rhin et de ses affluents (ce n’est pas le cas partout), il est difficile de considérer ce pourcentage comme insignifiant.

En 2013, selon Réseau de Transport de l’Électricité (RTE), la part de la production française en énergie hydraulique atteignait 13,8%, une année supérieure à la normale (plus proche de 11% en temps normal) car plus humide. Là encore, ce taux est tout-à-fait significatif.

Pourquoi une telle indifférence ?

Évidemment, un barrage, ça n’est pas très sexy. La technologie n’a rien de révolutionnaire et vous ferez probablement assez peu d’effet en vous enthousiasmant pour ce type de production énergétique entre deux petits fours d’une soirée branchée. Quel malheur : voilà votre soirée gâchée par un énorme bide.

Faut-il chercher les causes de cette indifférence dans l’impact environnemental des barrages ? Aujourd’hui, les débits résiduels savamment calculés permettent aux poissons de continuer à joyeusement se reproduire dans les cours d’eau alors que pour les ouvrages qui barrent leur remontée (pour la ponte entre autres), des passes sont aménagées.

Par ailleurs, c’est peut-être subjectif, mais en remontant une vallée, l’aspect peu engageant d’un barrage (quoiqu’un amoureux de beaux ouvrages ne reste pas indifférent) laisse vite place à un lac, ce qui est souvent assez réjouissant pour le paysage, le randonneur, le pêcheur et même pour les baigneurs les moins frileux. Et puis un barrage dans un coin inhabité ou presque, on peut toujours s’amuser à le comparer à un parc d’éoliennes ou à une ferme solaire, bien plus proches des lieux de vie. Disons qu’au pire, la nuisance paysagère est comparable.

Est-ce l’investissement initial ? Avec les avalanches d’argent public dépensé pour les autres formes d’énergie renouvelable en Europe, il serait sans doute possible de se doter de pas mal de centrales hydroélectriques (dont on peut prévoir assez facilement la contribution, importante, ce qui n’est que rarement le cas par ailleurs). Mieux, si les États restaient à la place qu’ils n’auraient jamais dû quitter, on trouverait sans problème des investisseurs privés pour aménager les sites et acheter au prix fort les concessions. C’est déjà le cas partout où l’état ne s’en mêle pas trop. Parce qu’en plus c’est rentable et fait vivre des vallées aux activités économiques réduites par l’isolement et une économie trop saisonnière.

Non, tout cela n’est pas convaincant. Évidemment, l’hydroélectricité n’a absolument pas vocation à remplacer la totalité de la production actuelle. Elle est souvent considérée comme un simple appoint. C’est bien vrai et c’est l’argument phare qu’on vous servira entre un macaron de la veille et une coupe de mauvais champagne – pas très frais de surcroît. Pourtant, une gestion intelligente intra- et inter-aménagements permet à la fois de soutenir un apport important en continu (en panachant le fil de l’eau et l’accumulation) et de gérer les pics de consommation en envoyant de très grosses quantités d’énergie en seulement quelques minutes sur le réseau.

Car c’est là l’énorme avantage, bien au-delà d’une production pouvant être très élevée : l’énergie hydraulique est la seule à pouvoir être stockée ! Une nouvelle batterie au lithium ? Un réservoir à hydrogène ? Une technologie extra-terrestre ? Non, rien de tout ça. Juste un lac. Ainsi, si les apports en eau sont variables et ne correspondent pas à la demande en électricité, l’eau peut être stockée et turbinée en temps utile. C’est aussi simple que cela.

Le socialisme a soif et l’abreuvoir de la spoliation se tarit

Socialisme (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)La vraie raison de ce silence assourdissant, c’est que le collectivisme a toujours plus soif de l’argent des autres. Prenez la France : après avoir appliqué la quasi-totalité du programme du parti communiste du début des années 80, on ne peut pas vraiment dire que les lendemains chantent et on ne peut pas vraiment s’en étonner.

Il n’est plus trop possible de prélever toujours plus pour des prestations sociales dont la qualité n’augmente pas (du tout) en fonction du coût. La production de bonnets colorés augmenterait brusquement. Quant à la « classe ouvrière », elle ne vote plus guère pour les socialistes, devenus un parti de cadres supérieurs un peu bobos qui n’a jamais, ni de près, ni de loin, fait quoi que ce soit pour les petites gens, si l’on ne s’en tient pas uniquement à « ce que l’on voit » (« ce que l’on ne voit pas » commence d’ailleurs à franchement se voir).

La solution est toute trouvée : l’environnement est la nouvelle vache à lait d’un État de plus en plus affamé. Plus possible de prélever plus au nom de l’égalité et de la fraternité ? Pas de problème : fédérons le bon peuple autour de la cause environnementale. Choisissons des technologies coûteuses et peu efficaces qui permettront, d’une part, d’offrir d’énormes avantages sectoriels aux petits copains qui rôdent dans les couloirs des ministères et, d’autre part, de poursuivre la fuite en avant taxative. Règlementons l’isolation des logements pour signifier au peuple que sa paupérisation est due à une facture énergétique de plus en plus élevée et non à des impôts, des charges et des lois tous trois castrateurs pour l’économie. La propagande est si bien rodée que beaucoup voient tout cela d’un œil positif.

Planifier, taxer, réglementer : c’est bel et bien comme cela que l’humanité a toujours avancé non ? Jamais l’interventionnisme ne fut responsable de bulles, de catastrophes écologiques, de crises économiques, d’inefficacité, de frustrations, de privations de liberté… C’est écrit dans les manuels de l’éducation nationale. C’est donc la Vérité car quand l’État a la prétention d’éduquer au lieu d’instruire, tout peut devenir argument d’autorité. C’est donc la Vérité car quand on infantilise aussi les adultes, tout peut devenir argument d’autorité.

Utiliser du thorium pour produire massivement de l’électricité sans risque de fusion nucléaire et compléter cette source d’énergie peu flexible avec un réseau de systèmes hydroélectriques correctement gérés serait rationnel et durable. Inenvisageable donc. Ajoutez à cela la possibilité, dès aujourd’hui, d’optimiser l’existant sans investissement structurel, à l’aide de prévisions hydrométéorologiques dont la qualité ne cesse de s’améliorer (la science avance très vite dans ce domaine, même si ça ne se voit pas vraiment dans l’hexagone) et vous avez là tous les ingrédients d’un cocktail forcément honni par ces bonnes vieilles pastèques écologistes, dont l’écorce se fait de plus en plus transparente…