Journée de libération fiscale : au tour des Belges

taxes2 credits 401 (k) 2013 (licence creative commons)

Le fardeau de l’impôt n’est pas le même pour tous, ce qu’il faut prendre en compte pour juger de la journée de libération fiscale.

Alors que les Français ont pu fêter leur journée de libération fiscale le 28 juillet dernier, les Belges devaient attendre jusqu’à aujourd’hui pour pouvoir enfin profiter de leur travail, selon le calcul de l’Institut Molinari.

Par Gilles V., depuis la Belgique. 

taxes2 credits 401 (k) 2013 (licence creative commons)La plupart des médias parlent du « Tax Freedom Day » et comparent des pays plus ou moins gourmands de l’argent des contribuables. Ce jour de libération fiscale correspond à la proportion de travail pour financer les dépenses de l’État par rapport au travail effectué toute l’année pour chaque citoyen. Ce qu’on ne détaille que rarement, c’est que c’est une moyenne pour toute la population alors que l’imposition et les taxes diverses sont très loin d’être également réparties entre les administrés.

L’argument souvent avancé pour justifier la progressivité de l’impôt est que ceux qui ont les épaules les plus larges doivent supporter un plus grand fardeau que les autres. Mais personne ne s’avance jamais pour dire à partir de quand l’État considère un travailleur comme ayant de larges épaules.

Pour mieux comprendre le phénomène de progressivité de la taxation (pas seulement de l’impôt sur le revenu mais aussi des charges sociales), on peut faire l’exercice suivant : considérons un travailleur belge, isolé et sans charge de famille. Il gagne 1507 euros en net – net par mois. Son salaire brut est de 2250 euros par mois et son employeur doit en plus payer les cotisations patronales qui s’élèvent à environ 740 euros par mois. Le taux de retenue est donc d’environ 50%.

Imaginons que ce même salarié décide d’arrêter de travailler à la fin du mois de juin. Puisque son revenu annuel est plus bas, le taux de retenue sera lui aussi plus bas (environ 30%) et il recevra en net-net (moyenne sur ses 6 mois de travail) 2084 euros / mois. En travaillant la moitié de l’année, son revenu annuel net-net ne diminue que de 31%. Ces calculs font l’hypothèse que les retenues sont annualisées, ce qui est vrai pour les impôts mais faux pour les charges sociales. On pourrait faire le même calcul en considérant un salarié qui ne travaille que 2 semaines par mois et arriver au même résultat. Qu’en serait-il s’il travaillait 3 mois, ou 9 mois (ou 1/4 temps, 3/4 temps) ?

Pour répondre à cette question, nous allons faire l’exercice de calculer le salaire net-net « à la marge » pour chaque mois travaillé.

S’il travaille uniquement en janvier, il recevra en net-net 2250 euros car aucun impôt ni charge sociale personnelle ne sont dus (mais bien les charges patronales). Même chose jusqu’en avril.
S’il travaille donc 4 mois par an, notre travailleur ne diminuera son revenu poche « que » de 50%.

S’il travaille en mai, son revenu commence a dépasser certains seuils de progressivité et son salaire net-net pour le mois de mai (taxé à la marge) sera de 1936 euros. Voici le tableau reprenant le salaire net-net taxé à la marge pour chaque mois :

  • Janvier: 2250
  • Février: 2250
  • Mars: 2250
  • Avril: 2250
  • Mai: 1936
  • Juin: 1566
  • Juillet: 1463
  • Août: 1240
  • Septembre: 862
  • Octobre: 796
  • Novembre: 582
  • Décembre: 649

Il faut préciser que la seule différence de mois en mois porte sur les charges sociales et impôts sur le revenu. L’employeur continue de payer 2990 euros au total chaque mois.

Notre travailleur est-il au courant qu’il est considéré comme ayant les épaules assez larges pour que l’État se permette de lui soutirer 81% de son labeur de novembre ? Et s’il le savait, se lèverait-il les froids matins d’hiver pour gagner aussi peu ?