Antisémitisme en France, ne pas exagérer

Le capitaliste juif credits Brandeis Univ LTS (licence creative commons)

Outre-Atlantique, la presse s’inquiète d’une montée de l’antisémitisme en France.

Outre-Atlantique, la presse s’inquiète d’une montée de l’antisémitisme en France. Mais même s’il y a bien des actes antisémites isolés, l’antisémitisme français traditionnel a disparu.

Par Guy Sorman

Le capitaliste juif credits Brandeis Univ LTS (licence creative commons)Les représentants des Juifs américains en France et plus encore aux États-Unis, les médias comme le New York Times, Fox News, Wall Street Journal sont alarmés par la montée de l’antisémitisme en France. Les Français le sont aussi, mais l’effroi américain nous paraît excessif.

Vue des États-Unis, la France est souvent présentée comme le pays de l’Affaire Dreyfus et du régime de Vichy : mais elle ne l’est plus. L’antisémitisme français fut longtemps une idéologie dominante chez bien des intellectuels, dans la grande bourgeoisie, dans la presse et dans une partie de la classe politique et du clergé. Ce n’est plus du tout le cas. À la question posée chaque année depuis cinquante ans par l’IFOP, un institut de sondage, « Les Juifs sont-ils des Français comme les autres ? », la réponse était oui à 50% dans les années 1950, elle est aujourd’hui oui à 96%. On notera que le Front national dirigé par Jean-Marie Le Pen a exclu des rangs et de son discours tout antisémitisme.

L’antisémitisme français traditionnel a disparu, mais il subsiste bien des actes antisémites isolés. Au contraire du passé, ces actes ne sont pas perpétrés par les élites françaises mais par des marginaux. Ceux-ci, d’origine maghrébine souvent, puisent dans le stock des slogans racistes ce qui leur donnera la meilleure couverture médiatique et une couverture idéologique pour leurs actes de violence. On ne doit pas confondre ces gesticulations marginales avec l’antisémitisme dominant des temps passés. Il serait excessif aussi de prétendre, comme on le lit périodiquement dans le New York Times, que vivre en France est devenu problématique pour les Juifs. Les 500 000 ou 600 000 juifs de France, parfaitement intégrés, ne se sentent pas menacés. Ils n’envisagent pas de quitter la France si on en juge par le nombre d’émigrés qui est négligeable.

Antisémitisme de gauche (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)Pour tempérer notre optimisme, on s’interrogera tout de même sur l’antisionisme de groupuscules d’extrême gauche : sous le prétexte de soutenir – de loin – la population de Gaza, certains mouvements dits trotskystes renouent avec les stéréotypes antisémites de naguère. Cette sous-intelligentsia mélange allègrement sa haine d’Israël, de l’Amérique, du capitalisme, des juifs : un vieux cocktail, insupportable mais marginal. Bien entendu, les victimes israéliennes, arabes et chrétiennes assassinées par les mouvements islamistes en Israël, en Palestine, en Syrie, en Irak, au Nigeria, laissent cette extrême gauche indifférente. Cette alliance objective entre trotskysme et islamisme est une curiosité navrante qui relève plus de la psychanalyse que de l’antisémitisme classique.


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