Abrogation de la taxe carbone en Australie : comment y est-on arrivé ?

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Taxe Carbone

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Abrogation de la taxe carbone en Australie : comment y est-on arrivé ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 4 août 2014
- A +

Par Tim Andrews[*], depuis l’Australie.

Mine à Kalkgoorlie en Australie (Crédits kool_skatkat, licence Creative Commons)
Mine à Kalkgoorlie en Australie

Le 17 juillet, le Sénat australien a adopté la législation sur l’énergie propre (abrogation de la taxe carbone), loi 2013, faisant de l’Australie le premier pays à abroger une importante initiative sur le changement climatique.

Il y a cinq ans, il aurait été à peine imaginable de revenir sur un tel régime réglementaire, et encore moins possible. Il y régnait un consensus de l’ensemble de la classe politique, les deux grands partis soutenant un marché des droits d’émissions (ETS), la classe médiatique annonçant que tout parti qui s’éloignerait du consensus ferait « face à l’humiliation » et « signerait son arrêt de mort ». Des millions de dollars ont été dépensés en campagnes de promotion de la législation anti-carbone, et les sondages exprimaient le soutien d’une nette majorité d’Australiens à une « action » en la matière.

Et puis l’impensable est arrivé.

Une révolte populaire sans précédent s’est développée. Alors que les think tanks alertaient les Australiens sur les conséquences destructrices d’un tel système et que des groupes d’activistes se formaient et se mobilisaient, le soutien du grand public en faveur de la taxe carbone a rapidement commencé à s’étioler. En particulier, le leadership de groupes comme l’Institute of Public Affairs s’est avéré essentiel dans la sensibilisation du public quant à la nature néfaste des politiques sur le changement climatique. En 2009, Malcolm Turnbull, chef du Parti libéral (alors dans l’opposition), fut destitué pour son soutien à un marché des émissions carbone après un soulèvement des membres du parti que personne dans les médias ou la classe politique n’avait anticipé.

Peu de temps après, le Premier ministre Kevin Rudd était contraint de retirer son soutien au marché d’émissions carbone après la chute du taux d’approbation – trop tard, cependant. Lui aussi a été remplacé. Le nouveau Premier ministre, Julia Gillard, ne gagnait l’élection suivante que d’une courte victoire que parce qu’elle avait engagé son opposition à la taxe carbone, avec des mots qui reviendraient la hanter : « Il n’y aura pas de taxe carbone sous un gouvernement que je mènerai ».

Quand elle rompit cet engagement en introduisant une taxe carbone en juillet 2011, son sort fut scellé. L’abrogation de la taxe carbone, un « serment », devenait un élément clé du programme de l’opposition, offrant à cette dernière une victoire électorale écrasante en 2013.

La taxe carbone, initialement fixée au taux le plus élevé du monde, n’a jamais constitué une option solide de politique publique pour l’Australie, un pays avec une économie fortement dépendante des ressources et une petite population. L’impact négatif de la taxe carbone aurait été disproportionné.

img contrepoints534 taxe carboneLa modélisation de la taxe par le Trésor, généralement considérée comme plus conservatrice, a montré que le ménage moyen serait frappé d’une augmentation du coût de la vie de plus de 550 $ par an, directement attribuée à la taxe, à un moment où les pressions financières sur les ménages sont déjà élevées. L’investissement et la compétitivité internationale ont plongé en raison de l’augmentation des coûts, et les factures d’électricité ont augmenté de plus de 10%.

En outre, en dépit de ces effets considérablement destructeurs, la taxe carbone n’aurait eu aucun avantage environnemental réel. L’Australie ne produisant que 1,2% des émissions mondiales, la douloureuse taxe a été estimée ne mitiger le réchauffement que d’un minuscule 0,004 degrés au cours des 100 prochaines années.

Cependant, la leçon remarquable du débat sur la taxe carbone en Australie va bien au-delà de la sphère de la politique climatique. La leçon est qu’un petit groupe d’activistes engagés dans la bataille des idées peut transformer le paysage politique.

En 2008, la proportion d’Australiens favorables à une action contre le changement climatique atteignait 77%, un chiffre considérable. Mais en 2012, le soutien à la taxe carbone est tombé à 33%, un revirement spectaculaire.

Dans un paysage politique largement orienté par les sondages, les politiciens évitent souvent les réformes impopulaires mais nécessaires, effrayés par l’opposition de l’opinion et des médias.

Pourtant, l’expérience de la taxe carbone australienne montre comment, en étant informée, l’opinion publique peut changer rapidement, et un consensus bipartisan peut rapidement se briser. L’opinion publique, une fois pleinement informée à propos d’une question, peut rapidement changer.

Pour ce faire, cependant, les bases intellectuelles doivent être préparées par les think tanks ; les groupes d’activistes et les meneurs d’opinion doivent mobiliser la base, et les dirigeants politiques doivent avoir le courage d’agir selon leurs convictions. Lorsque ces trois groupes travaillent ensemble, le changement peut se produire, et se produira.

L’abrogation de la taxe carbone en Australie constitue véritablement un cas dans lequel les efforts d’un petit nombre d’activistes libéraux classiques, chroniquement sous-financés et très largement minoritaires, a pu retourner l’opinion d’un pays tout entier.

Il est facile de devenir trop cynique à l’égard du processus politique. Cependant l’abrogation de la taxe carbone en Australie démontre que les intérêts catégoriels profondément enracinés peuvent être battus. Elle montre également à quel point les organisations à but non lucratif sont vitales au processus.

Tout ce qu’il faut pour que le public se rende compte que le roi est nu, c’est quelques personnes dévouées, engagées dans la bataille des idées.

Si nous pouvons le faire en Australie, d’autres pays le peuvent aussi.


Cet article a été syndiqué par AtlasOne. Traduction : Emmanuel Martin pour Contrepoints.

[*]Tim Andrews est directeur de Tax Payers Alliance en Australie.

À lire aussi : La taxe carbone en 6 questions.

Voir les commentaires (15)

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Créer un compte Tous les commentaires (15)
  • Les gens ont mis en fonction leur cerveau, pas comme en Europe.

    • Pas vraiment leur cerveau ; juste leur neurone de portefeuille. Cette danseuse coutait trop chère, et
      « Dans un paysage politique largement orienté par les sondages, les politiciens évitent souvent les réformes impopulaires « 

  • Les liens de l’article original ont disparu, c’est dommage

    Contrepoints >> Effectivement, c’était un oubli. C’est corrigé. Merci.

  • Bravo pour cet article, sur un sujet rarement lu en France…

    Le premier ministre australien Tony Abbott a dit : « global warming is an absolute crap »… (Le réchauffement climatique est une merde absolue).
    Sa position sur la taxe carbone est approuvée par le Canada [0].

    Cameron aurait aussi dit en privé : « Cut the green crap » [1] suivi d’un changement récent de ses ministres « La nouvelle énergie du Royaume-Uni et les ministres de l’Environnement sont opposés à l’énergie verte » [2]

    Bien sûr on fait l’inverse chez nous en collant aux basques des plus extrêmes des verts… et Ségolen en remet une couche supplémentaire… du « suicide vert » …

    [0] http://www.cbc.ca/news/politics/tony-abbott-stephen-harper-take-hard-line-against-carbon-tax-1.2669287
    [1] http://www.dailymail.co.uk/news/article-2510936/Cut-green-c-p-Camerons-private-view-energy-taxation-horrify-environmental-campaigners.html
    [2] http://www.theguardian.com/environment/2014/jul/15/uk-environment-ministers-opposed-green-energy

  • Article très drôle, une question, les phrases ci-dessous sont-elles parodiques?

    « L’abrogation de la taxe carbone en Australie constitue véritablement un cas dans lequel les efforts d’un petit nombre d’activistes libéraux classiques, chroniquement sous-financés et très largement minoritaires, a pu retourner l’opinion d’un pays tout entier. »

    « les intérêts catégoriels profondément enracinés peuvent être battus »

    Le petit nombre d’activistes sous-financés, on parle bien du lobby minier financé par Rio Tinto et BHP billiton (plus grande entreprise minière du monde) là?

    Une leçon en tout cas: les intérêts catégoriels des écologistes peuvent être battus, pas ceux du charbon et de la bauxite. Génial.

    Et l’article touche vraiment le fond dans cette phrase d’une mauvaise foi à peine croyable:
    « L’Australie ne produisant que 1,2% des émissions mondiales, la douloureuse taxe a été estimée ne mitiger le réchauffement que d’un minuscule 0,004 degrés au cours des 100 prochaines années. »

    Donc selon ce raisonnement, comme je ne représente personnellement qu’un milliardième à peine des émissions de CO2, je peux très bien consommer 10 fois plus d’énergie, de toute façons ça ne changera rien au climat.
    Il est évident qu’ici ce sont les émissions par tête qui devraient être comparées, et à ce compte là les Australiens sont plutôt en tête du classement.

  • J’avais déjà laissé un commentaire sur la politique énergétique australienne en juin sur mon blog :
    http://jacqueshenry.wordpress.com/2014/06/17/la-politique-climatique-battue-en-breche/
    Outre l’Australie, il faut également citer la Nouvelle-Zélande, le Canada et le Japon. Quant à la Chine elle ne pourra jamais suivre les exigences extravagantes du protocole de Kyoto malgré son investissement pharaonique dans l’électro-nucléaire : plus de cinquante réacteurs sont en cours de construction ou programmés pour les dix ans à venir et la filière thorium réunit déjà près de 1000 ingénieurs de haut niveau !

  • bouffeur de tapioca
    4 août 2014 at 17 h 14 min

    en france, pour le moment, les seuls qui ont eu le courage de s’attaquer au bien pensant oecuménisme de la société et des partis politiques concernant l’écotaxe, sont les membres de la FNSEA bretonne, en brulant les portiques. quand on sait que la FNSEA est un syndicat quasi soviétique, ça fait réflechir …

    • C’est assez bizarre que les écolos ne brûlent pas les portiques (tous les portiques, mêmes ceux de forme différente), alors qu’ils sont opposés au Roissy sur Nantes.

      Portant sans portiques, pas de taxes, sans taxes, pas de pognon, sans pognon, pas d’« Ayraultport ».

  • « La modélisation de la taxe par le Trésor, généralement considérée comme plus conservatrice, a montré que le ménage moyen serait frappé d’une augmentation du coût de la vie de plus de 550 $ par an, directement attribuée à la taxe »

    Tout le problème est la : on cherche à cacher aux citoyens les coûts. Publions les coûts réels de l’environnement, l’écologie, et la lutte contre le RCA et le citoyen sera un peu plus impliqué dans le controle des dépenses et la gestion des priorités. Comment peut-on demander au citoyen de signer un chèque en blanc alors que ces coûts sont potentiellement infinis ?

  • Les commentaires sont fermés.

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