Hommes d’État : le crépuscule des Dieux ?

Un homme de l’État (et non d’État, une vertu désormais hors de portée) n’est-il pas moralement tenu d’éclairer sans démagogie ses mandants ?

Par Philippe Robert.

« L’une des leçons que j’avais retenues de Roosevelt et de Reagan était qu’il fallait gouverner son pays et non suivre les sondages d’opinion. Je décidai d’engager de profondes réformes au lieu de bricoler avec le statu quo. Comme je le disais à mes conseillers : « je n’ai pas accepté ce boulot pour faire petit jeu ». », disait George W. Bush1.

“Il faut dire la vérité aux Français !”… Cette affirmation péremptoire qui nous est servie et resservie par nos politiques débordés par les conséquences néfastes de leurs oracles démocratiques finit par résonner, au fil de mandatures peu ou prou incontrôlées, comme une sorte d’alibi pour solde de tout compte.

Un homme ou une femme de l’État digne de ce nom (et non d’État, une vertu désormais hors de portée dans notre beau pays), c’est-à-dire conscient de sa responsabilité d’élu au service du peuple et donc, par extension, au service de son pays, n’est-il pas moralement tenu d’éclairer sans démagogie ses mandants ? En d’autres termes, après avoir opéré des choix politiques parmi les réformes structurelles à entreprendre en fonction de l’urgence, les gouvernants se doivent donc, pour obtenir une pleine et entière acceptation du plus grand nombre, de faire preuve non seulement de courage politique mais aussi et surtout de pédagogie.

Ainsi, un pays comme la France, soumis à un chômage de masse persistant et qui ne cesse, jour après jour, de s’aggraver ne pourra encore longtemps supporter un tel état de fait sans prendre le risque historique, en s’effondrant sous son propre poids, de connaître le sort peu enviable des mondes trop tôt disparus.

Alors, que faire ? Libéraliser à marche forcée le marché du travail, baisser immédiatement l’impôt sur les sociétés (IS) avec en ligne de mire une réforme systémique de notre protection sociale en proie à une insolvabilité annoncée, très bien. Mais le faire contraint et forcé lorsque les dés pipés sont déjà jetés est destructeur.

Manuel Valls et Jean-Christophe Cambadélis (Crédits Parti Socialiste licence Creative Commons)
Manuel Valls et Jean-Christophe Cambadélis

Manuel Valls, visiblement préoccupé si ce n’est même dépassé par les événements, a explicité sa feuille de route lors du séminaire gouvernemental du 1er août dernier : « Il faut réformer, réformer et réformer inlassablement ». Sans doute. Mais, justement, n’est-il pas déjà trop tard pour espérer s’en sortir par le haut ?

« Une puissance modeste comme la France d’aujourd’hui, ou le Royaume-Uni de la fin des années 1970, ayant laissé pendant des décennies libre cours aux politiques socialistes, est contrainte de se réformer lorsqu’il ne lui est plus possible de faire face à son passif. Soit elle réussit ses réformes, soit elle est définitivement ruinée et déclassée dans le concert des nations. »2.

Pierre Moscovici en 2012 2 (Crédits Mathieu Delmestre-Parti socialiste, licence Creative Commons)Selon l’ancien ministre Pierre Moscovici pressenti pour occuper un poste important de commissaire européen mais peu apprécié de Berlin : « Nous avons lancé des réformes importantes pendant mon mandat, nous avons réduit les déficits et les coûts du travail. » Sans coup férir, M. Moscovici rêve tout éveillé !

Certains et non des moindres, tels ce Moscovici, qui refusent à la France la moindre chance de reprendre ses esprits clament alors, pour se dédouaner, qu’elle serait irréformable. Une telle affirmation qui est une insulte à l’avenir de notre cher et vieux pays est absolument fausse : la France renaîtra dès qu’elle aura décidé de rejeter le socialisme.

  1. George W. Bush : Instants décisifs, Plon, novembre 2010.
  2. Philippe Fabry, Rome du libéralisme au socialisme –Leçon antique pour notre temps, Jean-Cyrille Godefroy, mars 2014.