Protectionnisme culturel

Modigliani (Crédits : cliff1066, licence creative commons)

Paris devint au cours des années folles la capitale de la culture en s’ouvrant au monde, et non en se repliant sur une identité nationale mythifiée.

Par Guillaume Nicoulaud.
Modigliani credits cliff1066 (licence creative commons)Il faut, comme le soulignent très justement Elisabeth et Gil, rendre hommage à l’âge d’or de Montparnasse, ces années folles durant lesquelles Paris fut, l’espace d’un trop bref instant, la capitale mondiale de la culture. C’était, nous dit-on, avant que l’art ne soit rattrapé par la « mondialisation marchande », qu’il soit « délivré de tout ancrage national » et qu’il s’adapte au goût de l’élite hors-sol. C’était l’époque bénie, donc, où le génie français bien de chez nous rayonnait sur le monde des arts.

Jugez du peu : durant ces années 1920, à Montparnasse, on croisait l’élite de la peinture française avec Pablo Picasso, qui fut l’un des premiers à s’y installer, mais aussi ses compatriotes Salvador Dalí, Joan Miró, Juan Gris, Pablo Gargallo ou Julio González. Avec un peu de chance, vous pouviez aussi rencontrer Ossip Zadkine, Marc Chagall, Chaïm Soutine, Michel Kikoine ou Pinchus Kremegne ; tous originaires de l’actuelle Biélorussie. Il y avait aussi des Russes comme Marie Vassilieff, Grégoire Krug et Léonide Ouspensky, des Polonais (Moïse Kisling), des Lituaniens (Jacques Lipchitz), des Roumains (Constantin Brâncuși), des Bulgares (Jules Pascin), des Suisses (Blaise Cendrars et Alberto Giacometti), des Italiens (Amedeo Modigliani), des Britanniques (Ford Madox Ford et Nina Hamnett), des Irlandais (James Joyce), des Autrichiens (Wolfgang Paalen), une bordée d’Américains (Ezra Pound, Henry Miller, Man Ray, Gertrude Stein, Edith Wharton et même, brièvement, Ernest Hemingway), des Mexicains (Diego Rivera) et même un Japonais (Tsugouharu Foujita).

Cette liste non-exhaustive que je vous laisserai compléter à votre guise prouve, je crois, de manière tout à fait concluante que le Paris des années folles était bien un produit culturel on ne peut plus français – du vrai made in France à marinière. Dès lors, nous conviendrons tous ensemble que le seul moyen de ressusciter cette époque bénie consiste à l’arracher des griffes de l’élite apatride et mondialisée qui l’a marchandisée : fermons nos frontières, subventionnons l’art français et boutons les envahisseurs hors de France.

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