Liberté contre pouvoir, une histoire de choix confisqués

Le progrès nous donne de nouveaux choix qui nous sont immédiatement confisqués.

L’homme n’a eu de cesse d’améliorer son quotidien. Outre la production alimentaire générant les surplus agricoles à la spécialisation, l’innovation a apporté aux hommes les moyens de faire plus de choses et de faire autant avec moins de ressources. D’une façon générale, le progrès a consisté à disposer de plus de choix.

Mais l’occasion fait la larron, et chaque surplus rend possible l’existence d’un parasite (qui a bien du mal, ensuite, à y renoncer). Le développement de sociétés humaines complexes s’est accompagné du développement de la cleptocratie.

Les surplus ont permis de nourrir des chefs, dont le pouvoir de plus en plus grand s’accompagnait de privilèges et devenait héréditaire. Des bureaucrates également, pour administrer ce qui n’en avait pas nécessairement besoin. Et des soldats, pour que la volonté des chefs soit respectée et pour leur permettre d’assouvir leur soif de conquête en apportant la civilisation aux voisins.

Les chefs, après avoir légitimé leur existence auprès de quelques sujets, ont ensuite conquis les récalcitrants et les voisins, leur imposant le paiement d’un tribut dont l’impôt est la forme moderne. En consacrant leurs ressources à l’amélioration de leur armement et l’extension de leurs armées, ils ont progressivement pu s’approprier les ressources des vaincus, à réduire les survivants en esclavage, toujours pour agrandir leur empire. Les choix offerts par le progrès aux hommes leur ont aussitôt été confisqués.

Les peuples n’ont pas laissé faire sans mot dire. Beaucoup sont morts l’arme à la main en tentant de défendre ou reprendre ce qui leur avait été confisqué, et diverses révolutions et autres évènements historiques ont conduit les États à se soumettre à la volonté du peuple. Du moins, en apparence.

Car il existe toujours des chefs, qui ont rarement du mal à se recaser une fois l’élection perdue. Des privilégiés, prêts à défendre le système pour préserver leurs avantages. Et des citoyens, payant un tribut sous la forme d’impôts désormais censés financer certains services et remplacer la solidarité.

Et l’illusion démocratique s’essouffle, alors qu’Européens comme Américains découvrent que le changement de dirigeants ne change rien à leur politique, que leurs intérêts sont les moins bien défendus après ceux des politiciens, des entreprises qui ont leur oreille et des ardents défenseurs de la puissance publique. L’Europe avance, qu’on le veuille ou non, et fait croître son emprise en même temps qu’elle réduit dans les faits l’importance du vote citoyen.

Alors que la nature même du pouvoir est de confisquer les choix des individus sinon libres, les individus qui pensaient un jour être des citoyens (ayant donc le contrôle du pouvoir) se le sont aussi vu confisquer.

L’individu se retrouve donc privé de ses choix, car à ses possibilités chaque jour plus nombreuses en théorie, on répond par des limitations toujours plus contraignantes.

Il ne s’agit pas seulement de ne pas avoir le choix de sa société de transport, il faut aussi financer son inefficience et sa mauvaise gestion. Internet permet de s’exprimer, mais on ne peut pas dire ce que l’on veut et il faut accepter l’idée d’être en permanence surveillé (à défaut d’avoir un jour accepté la surveillance) même et surtout dans les situations les plus intimes.

On pourrait aussi considérer que le pouvoir autrefois autoritaire est désormais légitime, car démocratique. Ou que les limitations subies sont acceptées de tous, ou l’ont un jour été, dans un contrat social que tous auraient joyeusement accueilli. Mais historiquement, ce n’est pas ce qui s’est produit, et si ce contrat social est un contrat, il faudrait pour qu’il soit valable qu’il soit librement consenti. C’est par la force que se sont construits les États modernes. Et le fait que chacun donne (ou non) son avis sur la façon dont il faut gérer les affaires du pays ne justifie en rien qu’il faille les gérer ou que l’avis de certains doive devenir la règle pour tous.

Les choix confisqués ont des conséquences directement perceptibles. Financièrement, la différence entre salaire complet et salaire net après impôt peut être calculée ou estimée, même si la complexité administrative rend la tâche difficile. Le temps passé dans les administrations à collecter des Cerfa et remplir des déclarations aussi.

Mais il est bien plus difficile d’évaluer ce que les monopoles ou barrières à l’entrée imposées par le législateur coutent à chacun d’entre nous. Quel est l’impact des lois et interventions étatiques dans l’urbanisme sur le prix et la qualité du logement en France ? Combien de chômeurs auraient un emploi (décent et bien payé, qui plus est) si le code du travail était plus léger ?

On peut même aller plus loin. Si le système éducatif était meilleur, que l’économie n’était pas aussi entravée et écrasée, si la vertu n’était pas sans cesse sanctionnée et le vice récompensé, que chacun faisait pour lui-même ses propres choix dans son meilleur intérêt 1, combien d’inventions supplémentaires auraient déjà vu le jour ? Combien de ceux que le « modèle français » prétend sauver de la misère seraient plus heureux et épanouis pour avoir pu saisir des opportunités aujourd’hui inexistantes ?

Ce qui est confisqué aux citoyens n’est pas seulement détruit. Ceux qui le leur confisquent en jouissent. Et c’est là la double injustice du tribut : il appauvrit l’un et enrichit l’autre, donnant à l’esclavagiste les moyens d’asseoir mieux ou étendre son emprise. Mais tout espoir n’est pas vain.

Soyez résolus de ne plus servir, et vous voilà libres. – La Boétie

Il suffirait que les citoyens comprennent qu’ils seraient plus heureux libres et responsables de leurs choix que si leurs choix sont confiés à d’autres, ou confisqués par d’autres. Comment pouvez-vous y contribuer ? Et qu’attendez-vous ?

  1. au moins perçu, mais les valeurs étant subjectives, en est-il un autre qu’autrui puisse connaître ?