Placebo et nocebo

médication (Crédits : Gatis Gribusts, licence Creative Commons)

Pourquoi l’homéopathie marche-t-elle et comment fonctionne l’effet placebo ?

Par Philippe Guglielmetti

médication CC Gatis Gribusts15 à 25% des personnes qui prennent un placebo déclarent ressentir des effets bénéfiques: c’est « l’effet placebo » bien connu. L’importance de cet effet dépend entre autres de la précision du diagnostic du médecin : plus le médecin explique au patient de quoi il souffre avec force détails, plus le patient sera satisfait du médicament qu’il prescrira, même si c’est un placebo.

Pourquoi l’homéopathie marche

Ce qui précède a des conséquences importantes de nos jours :

  • D’une part, l’homéopathie et les autres médecines « douces » reposent sur une implication forte du médecin ou du guérisseur pendant la consultation, sur sa capacité d’empathie et de persuasion qui renforce l’effet placebo du traitement qu’il prescrit. Plusieurs études ont démontré depuis la fin du XIXème siècle que les traitements homéopathiques agissent autant que des placebo, mais pas mieux12.
  • D’autre part, l’efficacité des médicaments conventionnels se mesure de nos jours par des tests menés en double aveugle, dans des conditions relativement défavorables à l’effet placebo.

Ainsi, un médicament inefficace est moins efficace qu’un médicament homéopathique, ce qui peut peut-être expliquer l’engouement pour cette théorie médicale fumeuse à une période où beaucoup de « médicaments » étaient peu ou pas efficaces. Mais désormais seuls sont commercialisés les médicaments qui démontrent une efficacité nettement supérieure au placebo prescrit dans les mêmes conditions expérimentales.

Comme je l’ai entendu dire par un médecin dans un interview, si les traitements homéopathiques (et des autres médecines alternatives) étaient plus efficaces que des placebo, ces médecines ne seraient plus alternatives, mais intégrées à la médecine conventionnelle !

Comment fonctionne l’effet placebo ?

L’effet placebo est donc bien réel, accepté et intégré par la science médicale moderne. (Vous avez remarqué comme les jeunes médecins sont plus sympas et causants que la génération précédente ?)

On ne sait pas encore très bien comment un placebo « soigne ». Pendant longtemps, des mécanismes purement psychologiques ont été invoqués : le fait de croire à l’effet du traitement  aurait un effet de réduction du stress, et donc de la sensibilité à la douleur.

Depuis quelques années, une autre interprétation, neurophysiologique se développe. Predrag Petrovic a découvert en 2002 que l’injection d’un placebo à une personne à laquelle on promettait un analgésique entraînait une libération de dopamine et d’endorphines endogènes, des substances de la même famille que la morphine, qui réduisent réellement la douleur3. Comme l’ont confirmé d’autres travaux, un placebo stimule aussi la production de dopamine, qui intervient dans les mécanismes de récompense du cerveau humain, générant le soulagement promis par l’intervention thérapeutique proposée au malade.

Et l’effet nocebo ?

Si « placebo » signifie « je plairai » en latin, « nocebo » signifie « je nuirai ». C’est le négatif du placebo : un sujet ressent souvent des effets secondaires désagréables qu’on lui a décrit en lui prescrivant une substance inactive !

img contrepoints480L’effet nocebo décrit par extension des troubles induits par une conviction, même en l’absence de toute substance. En 2006, une étude4 a montré qu’en chirurgie cardiaque, les patients qui étaient informés que leurs proches priaient pour eux développaient plus de complications.

Je termine cet article en remerciant Benjamin de m’avoir fait découvrir l’effet par son article qui raconte l’histoire merveilleuse de riverains d’antennes de téléphonie mobile qui se sont plaints de maux de tête et autres désagréments provoqués par ces antennes… avant qu’elles ne soient branchées !

Webographie


Sur le web.

  1. Shang A, Huwiler K. Nartey L, Jüni P, Dörig S, Stern J, Pewsner D, Egger M. « Are the clinical effects of homoeopathy placebo effects? Comparative study of placebo-controlled trials of homoeopathy and allopathy », The Lancet 2005; 366:726-732.
  2. Chamayou G, « L’essai ‘contre placebo’ et le charlatanisme », Les génies de la science, février-avril 2009, p14-17.
  3. Predrag Petrovic et al. « Placebo and Opioid Analgesia – Imaging a Shared Neuronal Network »,Science 1 March 2002, Vol. 295. no. 5560, pp. 1737-1740.
  4. Herbert Benson et al., « Study of the Therapeutic Effects of Intercessory Prayer (STEP) in cardiac bypass patients: A multicenter randomized trial of uncertainty and certainty of receiving intercessory prayer », American Heart Journal, Volume 151, No 4, 934-42 (2006).