La BNP, complice du génocide au Darfour

Les dirigeants de la BNP n’ont pas seulement violé une loi étrangère. Ils ont sacrifié toute morale.

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La BNP, complice du génocide au Darfour

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 15 juillet 2014
- A +

Par Guy Sorman

BNP CC King BrianL’amende que la banque française BNP a accepté de payer au Département de la réglementation financière de New York – 9,7 milliards de $ – n’a rien d’exceptionnel. Cette somme qui représente un peu plus d’un an de profit est relativement inférieure à celles qu’ont versé Chase et Citibank à la suite de fraudes comparables. Il est donc inexact que la BNP soit particulièrement mal traitée parce que française, ce que déclarent des dirigeants de la BNP et des hommes politiques français (l’ancien ministre socialiste Michel Rocard en particulier).

Pareillement, les faits reprochés à la BNP ne sont pas contestables : les dirigeants de la banque plaident coupables pour avoir violé l’embargo américain contre l’Iran, le Soudan et Cuba. La fraude a duré dix ans, a énormément rapporté à la BNP et n’a cessé qu’en 2012 à la demande de son Président Baudouin Prot. Les autorités américaines se sont montrées particulièrement sévères contre les transactions avec le Soudan qui permettaient au gouvernement de Khartoum de vendre du pétrole pour acheter des armes utilisées contre les peuples du Darfour. Là encore les dirigeants de la BNP savaient ce qu’ils faisaient comme en témoignent de nombreux mails et la démission (à la veille de la retraite) du Directeur de la BNP en charge de ces transactions, Georges Chodron de Courcel. Celui-ci aura été complice d’un génocide et pourrait être poursuivi comme tel par d’autres tribunaux internationaux.

img contrepoints472 BNPLa culpabilité de la BNP ne fait aucun doute mais en quoi appartient-il à des autorités new-yorkaises de la sanctionner et d’encaisser l’amende ? De Michel Rocard à la revue libérale britannique The Economist, on s’indigne de ce pouvoir excessif (abus de pouvoir, écrit Rocard dans Le Monde). Parce que la plupart des transactions internationales s’effectuent en Dollars et que le circuit passe par New York, le Département de la réglementation financière y détient une autorité suprême de chef de gare et superflic. BNP a violé la loi américaine sur le sol américain parce qu’elle ne pouvait pas passer par un autre chemin. La BNP n’a pas violé de lois européennes ni françaises (par d’embargo en Europe contre ces pays) encore que des dirigeants de la Banque pourraient être inculpés en droit français pour faux en écritures privées : les messages internes à la Banque furent délibérément falsifiés pour dissimuler les bénéficiaires réels des transactions en Dollars.

La conclusion de cette sombre affaire n’est tout de même pas satisfaisante : elle révèle que le Dollar règne toujours au dépens de l’Euro, qu’une banque française a été complice d’un génocide et que les dirigeants de cette banque ne sont pas poursuivis. L’amende sera payée, de fait, par les actionnaires privés de dividendes et par la masse des salariés : la direction de la BNP vient de supprimer des primes aux plus modestes d’entre eux pour compenser la perte de profits. Ces dirigeants de la BNP n’ont pas seulement violé une loi étrangère ; ils ont sacrifié toute morale, toute décence.


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  • « Il est donc inexact que la BNP soit particulièrement mal traitée parce que française, ce que déclarent des dirigeants de la BNP et des hommes politiques français »

    Et notamment Pierre Lellouche, qu’on considérait comme atlantiste et américanophile!

  • les dirigeants de cette banque ne seront pas poursuivis….dans notre monde , on ne met pas les sérials killers en prison , surtout quand ils font parti du monde d’en haut ;

  • J’espere qu’ils seront poursuivi pour « crime de bureau »…

  • BNP est tenue d’accepter le deal des USA, sinon perdre ses licences et disparaitre du territoire des états unis, dès lors le chantage décrédibilise une première fois les USA, le droit n’est alors plus qu’un prétexte.

    Par ailleurs, dire que la BNP serait complice des génocides du Darfour relève du plus haut comique et de l’effet de manches.

    Les USA, avant de jouer les pères la vertu, seraient bien inspirés de balayer devant leur porte, un regard rapide en arrière sur ces 20 dernières années fait apparaitre que des centaines de milliers de civils de par le monde ont perdu la vie uniquement du fait de l’interventionnisme américain.

    Un embargo est une mesure imbécile et barbare, lorsque l’Irak, l’Iran, Cuba, etc, sont mit sous embargo, ce sont les peuples de ces pays qui sont sanctionnés 2 fois, de l’intérieur et de l’extérieur.
    – Qu’est ce qui justifie qu’une population soit privée de médicaments ?
    – les embargos décrétés sur certains pays à la seule initiative des USA ont-ils amélioré le sort des habitants desdits pays ? puisque c’est bien le but (soit disant) visé, non ?
    – les USA n’ont-elles pas intérêt à ses embargos ?

    Voulez vous que l’on parle de l’Irak ? qui a tué le plus de monde ? Sadam ou les USA ? Ce n’est pas parce que c’est emballé et étiqueté « démocratique » que cela ne s’appelle pas génocide pour autant.
    Partant de votre position, il faudrait alors accuser toutes les banques qui ont participé à la mascarade de la guerre contre l’Irak, puisqu’il est avéré que d’armes de destructions massives il n’y avait pas, que cette guerre ne fut qu’un prétexte pétrolier…

    • Hors-sujet.

      Il n’est pas question des Etats-Unis ici, il est question de la BNP. Aux dernières nouvelles, les juges qui ont condamné la banque ne sont pas parti en Irak tuer des civils. Il n’est pas non plus question du bien fondé d’un embargo, il est question de rappeler les faits qui sont : 1/ l’amende infligé à la BNP n’a rien d’exceptionnelle, 2/ la BNP a été condamné parce qu’elle a acheté du pétrole à des seigneurs de guerre, ce qui leur a permis de financer leurs exactions.

      • Désolé de ne pas aller dans votre sens, s’il n’est pas question des USA, il est question de quoi ?

        Lorsqu’on veut juger il faut être impartial, les USA dans cette affaire sont les juges, la BNP a été jugé via un simulacre qui se termine par un « arrangement » sous la pression d’un odieux chantage, il s’agit pour le tout du non respect d’un embargo décidé par les états unis.
        L’amende est exceptionnelle, ce n’est pas parce qu’on cite 2 cas, que cela fera bouger la moyenne qui se situe bien en deçà de l’amende infligée à la BNP.

        Par ailleurs, ce sujet aborde le droit, fatalement biaisé puisque encore une fois, la BNP a fait l’objet d’un odieux chantage. Il y avait un précédent avec les banques Suisses qui ont également cédé, si le chantage est votre conception du droit, ce n’est pas le mien.

        • les USA dans cette affaire sont les juges,NON

          DES juges américains, y compris une cour locale à new York, sont les juges, OUI

          • Les USA sont juges : oui

          • Vous arrivez à le dire sans rire qui plus est ?
            D’après vous ce sont des juges qui ont décidé d’un embargo ? d’après vous ce sont les mêmes juges qui se sont saisis de cette affaire ? Ne vous en déplaise ou pas, la BNP dans cette affaire est pour moi un élément secondaire, c’est le comportement des USA qui est hautement critiquable.

            • Ceux qui veulent pouvoir désapprouver la politique des USA doivent s’affranchir du dollar, et assumer pleinement leurs actes, vu qu’il ne suffit pas de refuser de se conformer aux directives US pour être un parangon de moralité. Les dirigeants de la BNP, si ils voulaient traiter avec les Iraniens, Soudanais ou Cubains, devaient le faire en euros, en roubles ou en bitcoins. Et ils le savaient…

        • @Salamanque : votre jugement est totalement biaisé par votre croyance dans le fait que les juges américains ne sont pas indépendants.

    • Ben oui, qu’est ce qui justifie qu’on menace de ne plus prêter à un état (peuple) qui devient un trop gros risque pour le prêteur…. Il y est pour rien le « peuple » ….il a bon dos le peuple responsable mais pas coupable…
      Y parait que les islamiste ont trouvé des stocks d’uranium dans le nord de l’Irak !

  • marrant tous ces gens qui défendent BNP paribas alors qu’en général, ce sont les premiers à critiquer et hair les banques. comme quoi la haine des usa est plus forte que la haine des banques

    • Il ne s’agit pas de défendre Paul ou Raymond, il s’agit d’objectivité. Ne réduisez pas le monde à votre vue.
      A part ça, vous avez un avis ?

      • je ne fait que constater. et je ne parles pas spécialement des gens ici mais je parle des gens de gauche, d’extreme gauche ou d’extreme droite qui en général, sont les premiers à haïr les banques et qui là soudainement, sont les plus ardents fervents défenseurs de BNP paribas. à les endre BNP paribas n’a jamais rien fait de mal, elle est juste une pauvre victime du méchant impérialisme américain. je trouve cela juste amusant. « il s’agit d’objectivité » les gens d’extreme gauche ou d’extreme droite n’ont rien d’objectf, c’est juste de l’anti américanisme primaire.

        • Non, vous ne faites pas que constatez, vous parlez des « gens de gauche » et autres en les accusant d’êtres des anti américains primaires. Il faut un jour sortir de tels clichés.

          Le sujet n’est pas de savoir si la BNP a été méchante ou gentille, c’est de constater que l’arrangement financier auquel elle a été contraint n’est pas recevable comme tel, sauf à faire une adoration primaire des USA…

          • « Il faut un jour sortir de tels clichés. »

            Il faudrait que la goche cesse d’être un cliché.

          • Cette façon de faire s’applique sur tout le territoire américain et même si elle est hautement contestable (plaider coupable) , elle ne d’applique pas qu’au banques étrangères ..BNP avait été prévenue de l’illégalité de ses actions et a continué. D’où la sanction un peu hors norme….
            C’est comme le parjure, chez eux c’est grave. Contrairement à chez nous, phare du monde

          • Salamanque demande une règle d’équité internationale. D’accord. Prétendre cependant qu’elle est déjà écrite, et que les USA, ou que leurs juges la transgresse demande des explications bien plus profonde que de l’indignation.

            La transaction qui fait l’objet de « chantage » est un crédit en dollar, plus exactement une ligne de crédit dont la BNP fait son business d’importation en Europe et ailleurs.

            Pourtant le principe du crédit international lui-même est tributaire de plusieurs idées qui ne font pas l’unanimité. Citons entre autre expansion de la masse monétaire, et rentabilité du capital. En l’absence d’un étalon de mesure du crédit, la gestion et l’autorisation de réserve fractionnaire est une affaire plus subjective que jamais, avec parfois un aspect politique. De prétendre qu’une « conscience objective » et apatride puisse en évaluer malgré tout la pertinence de tout crédit international n’est ni libéral, ni réaliste, ni souhaitable.

            On peut estimer que les USA profitent politiquement du statut de leur monnaie de réserve, largement fondé sur le système du pétrodollar, comme l’Angleterre profitait jadis du statut de garantie-or de la livre dans les colonies. Pourtant, ce statut reflète bien une garantie et un intérêt particulier pour les acteurs économiques étrangers qui s’y soumettent… telle la BNP

  • Du moment que les guerres ou les génocides sont financés par la dette, tout acteur financier impliqué dans l’obligataire d’Etat est complice.

    • C’est toujours bon à rappeler, effectivement. Et si ce n’est la guerre, ce sera à tout le moins le servage des citoyens auxquels leur état adosse sa dette…

  • Si les dirigeants de la BNP avaient un minimum d’amour propre, ils démissionneraient d’eux même. Mais non, ils préfèrent se serrer les coudes et se protéger mutuellement. Donc pas de sanctions individuelles, « c’est la faute à pasdechance ». Honte à eux.

  • BNP n’avait qu’ à vendre rapidement (et à perte ?) la dette américaine qu’elle détenait, en disant bien fort sur les marchés : Nous nous débarrassons des obligations américaines car nous avons la certitude que les USA ne peuvent plus honorer leurs dettes !!!
    Je suis sur que cela aurait fait beaucoup de bruit dans le monde de la dette souveraine !!!

    • Ca c’est une arme de destruction massive ! +1 !

      Bien vu, mais c’est très dangereux….

      • BNP détient peut-être 100 milliards de dollars d’obligation US… C’est moins de deux mois de QE3.
        Si un jour, la BNP décide de tout vendre, la FED rachètera tout instantanément.
        Et si cela ne suffit pas, je vois bien les banques US et européennes avec l’aide du FMI racheter le reste, en augmentant conjointement et ex tempore d’un pour cent leur capacité à emprunter.
        Après ca, ce sera le déluge, l’apocalypse, un cataclysme, l’armageddon pour la France

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