Le droit (et la bêtise) d’être égoïste (1/2)

La défense du « droit à être égoïste » est fondamentale, mais son exercice n’est pas le fondement d’une société libre.

Le libéralisme repose sur l’idée que nul n’a le droit d’initier l’usage de la violence à l’égard de son prochain. La paix permet l’échange et la coopération volontaire, la division (donc le choix) du travail, et les hommes sont récompensés par les fruits de leur travail.

Initier la violence, c’est attenter aussi bien à l’intégrité physique qu’à la propriété de son prochain ; si la violence est bannie, chacun peut vivre selon ses propres principes et valeurs sans nuire à autrui.

Le droit libéral est donc le droit d’être égoïste : ne pouvant être contraint à agir contre sa volonté, chacun fait, dans sa situation et avec ses objectifs, ses propres choix.

Pour autant, il faudrait avoir la vue bien courte pour considérer que le libéralisme est une défense de l’égoïsme. Qu’on ne puisse forcer personne à se montrer généreux ne veut pas dire que personne ne se montrera généreux – au contraire. Entre autres facteurs, la liberté favorise la charité, la prospérité bénéficie à tous (notamment parce que les prix baissent), et les individus expriment comme bon leur semble leur préoccupation et leur sensibilité pour le sort de leur prochain.

L’égoïsme que revendiquent certains libéraux (notamment Ayn Rand, auteur entre autres de « La vertu d’égoïsme »)) a une définition différente de l’image nombriliste que beaucoup s’en font. Il ne s’agit pas de n’œuvrer que pour soi, mais d’œuvrer à son propre bonheur, et rares sont ceux dont le bonheur est le plus grand quand ils sont isolés du monde ou entourés de proches et inconnus en détresse. Au contraire, se montrer généreux et soutenir les personnes, idées et causes qui nous sont chères contribue au bonheur.

Rien n’empêche, en théorie, que personne ne donne, ou que certaines causes soient délaissées. Comme rien n’empêche en théorie que l’écran ou le papier sur lesquels vous lisez cet article se désintègrent en un instant. Mais, compte tenu de la fréquence avec laquelle les détracteurs du libéralisme expriment leurs craintes et préoccupations pour autrui, sa santé, son éducation, son accès à la culture et bien d’autres pans de la vie, il semble très improbable que la générosité n’apparaisse jamais quand la redistribution forcée disparait – à moins qu’ils ne fassent tous partie de ces gens qui ne sont généreux qu’avec les ressources des autres.

C’est l’étroitesse de l’esprit humain qui, dans un monde n’offrant jamais aucunes certitudes, cherche à en créer artificiellement, mettant en place des chimères complexes pour assurer la redistribution en considérant qu’il est plus juste de partager de force que de partager par générosité. Rien n’assure en théorie qu’assez sera produit pour tous, et nombreux sont ceux qui, dans l’histoire de l’homme (et de toute espèce vivante) se sont éteints par manque de ressources ou dans des luttes pour se les approprier.

Si vous voulez une garantie, achetez-vous un grille-pain. – Clint Eastwood

Tenter de créer des certitudes par nature impossibles n’arrange rien. Au contraire. La contrainte détruit automatiquement de la valeur et éloigne d’autant l’optimum. C’est en laissant faire les hommes et grandir leurs projets qu’ils avancent.