Valeurs de l’Occident, de quoi parle-t-on au juste ?

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Valeurs de l’Occident, de quoi parle-t-on au juste ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 11 juillet 2014
- A +

Par Guy Sorman

Statue de la liberté (Crédits : benonrtherun, licence Creative Commons)

Les valeurs occidentales, on s’en gargarise, on les vante, on les maudit, on les oppose aux valeurs asiatiques, mais on ne s’aventure pas trop à les définir. L’entente ou la mésentente sur ces valeurs sera d’autant plus soudée que l’on ne sait pas de quoi on parle. Il se trouve que la FAES, Fondation pour l’analyse et études sociales, un Centre de réflexion hispanique présidé par José Maria Aznar, réunie pour son congrès annuel à Guadarrama, près de Madrid, le 5 juillet, m’a mis au défi de donner un contenu à ces fameuses et insaisissables valeurs. Après m’être torturé les esprits pendant des semaines, je suis parvenu non pas à un résultat final mais à une hypothèse : il me paraît, par comparaison avec les visions du monde rencontrées dans d’autres grandes civilisations, que la nôtre se distingue par un caractère unique, assez introuvable ailleurs, la capacité de critique et d’autocritique.

L’esprit critique, me semble-t-il, explique comment l’Occident est devenu le foyer historique de l’innovation et du progrès. Ainsi que l’expliquait le philosophe britannique Karl Popper, la science progresse avant tout en Occident parce que toute hypothèse scientifique est immédiatement soumise à un feu critique qui la confortera ou lui substituera une hypothèse plus persuasive. Dans la sphère islamique en revanche ou confucianiste, chacun est prié, voire contraint de se conformer à un modèle initial supposé parfait, d’origine coranique pour les Musulmans ou proto-historique chez Confucius. Dans ces deux cas, l’âge d’or est situé dans le passé tandis qu’en Occident l’âge d’or appartient au futur. Ces grands, trop grands principes, ne s’embarrassent pas ici de détails historiques et contradictions: ce sont, me semble-t-il, des tendances de fonds.

En admettant cette singularité occidentale comme à peu près fondée, on peut en repérer les origines – j’avance à pas comptés comme on marche sur des œufs – dans deux sources emblématiques, la Bible et la tragédie grecque. Dans le livre de Job, le lecteur assiste à une controverse – inconcevable dans toute autre religion révélée – entre Job, simple mortel et son Dieu. Parce que Dieu lui inflige des châtiments qu’il estime infondés, Job proteste, il critique Dieu. Dieu finalement cédera, il restaurera la bonne fortune de Job mais tout en arguant qu’étant Dieu, il n’a pas à se justifier. Job lui répond « Je me soumets », mais ce faisant il a tout de même le dernier mot ; rappelons que Dieu, après cet échange critique ultime, ne réapparaîtra plus jamais dans les livres suivants de la Bible. Adhérer à la théologie juive puis chrétienne, conduit donc à discuter de tout y compris de ce qui, a priori, est révélé d’en Haut. Si Jérusalem est la source première des valeurs occidentales, Athènes est la seconde, ou concomitante. On ne rappellera ici, dans un souci de simplicité, que la dispute entre Antigone et Créon, son souverain. Antigone (il s’agit des funérailles de son frère) s’oppose à l’autorité monarchique au nom de lois supérieures qui selon elles, s’imposeraient au Roi : l’autorité politique ne saurait donc être absolue, jamais, ce qui fait d’Antigone l’ancêtre de tous les militants de la démocratie et des Droits de l’homme.

Job et Antigone fondent la pensée occidentale mais en même temps, ne sèment-ils pas un certain désordre ? La critique de l’autorité portée à l’incandescence, critique de Dieu et du Roi, fera longtemps vaciller l’Occident entre anarchie et despotisme. L’équilibre sera trouvé au temps des Lumières par l’introduction de l’état de droit, une sorte de synthèse entre l’ordre social et la vitalité critique. L’essor de l’Occident, théologique, philosophique et politique d’abord, se métamorphosant en un progrès scientifique, technique, économique: le tout chaotique souvent, mais ininterrompu.

On m’objectera le « déclin de l’Occident » – une chanson aussi ancienne que l’Occident lui-même – et la montée en puissance des valeurs asiatiques qui l’emporteraient à terme, celles-ci étant fondées essentiellement sur le despotisme. Mais ce pessimisme historique propre à l’occident, une forme de l’autocritique, est contredit par les faits : si nous admettons que l’avenir appartient aux innovateurs, il apparaît qu’aujourd’hui, les deux tiers des brevets déposés dans le monde, une photographie de l’économie à venir, sont d’origine occidentale, États-Unis et Union européenne. Si on ajoute le Japon, partiellement rallié aux valeurs occidentales, voire la Corée du Sud, 80% des brevets sont d’origine occidentale, le solde revenant à la Chine et à l’Inde.

Enfin, ce que nous avons défini comme valeurs occidentales parce que nées en Occident ne seraient-elles pas tout bonnement universelles ? Par exemple, non négligeable, Liu Xiaobo, le leader démocrate et incarcéré, de la Chine, se réclame de la philosophie des Lumières occidentales : il les considère comme universelles, tout en restant complètement chinois. Si Liu Xiaobo, de sa prison, dit juste, il ne faudrait plus parler de valeurs occidentales mais considérer que l’esprit critique est universel, mais plus ou moins réprimé. Partout où l’oppression politique ou religieuse ou ethnique recule, il est avéré que l’esprit critique l’emporte et que le progrès des sociétés en résulte: les occidentaux s’étant en quelque sorte libérés les premiers, il leur appartient de rester libres, critiques et auto-critiques, fidèles à eux-même, et de soutenir ailleurs, tous ceux qui adhèrent à ce même désir de liberté.


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  • L’esprit critique est LE capital occidental. Il prodigue un rendement pour les individus ou les sociétés qui le portent en eux. C’est grâce à lui que nous pourrons nous sortir des crises profonde qui nous traverse.

    Pourvu que le socialisme, capable de tout détruire sur son passage, ne nous ôte pas ce qu’il nous reste de capital !

  • La capacité de critique et d’autocritique ? C’est une blague ?

    Certains sujets ne peuvent pas être critiquer, même sur contrepoints.

  • La valeur fondamentale de l occident c est la LIBERTE ! (y compris des femmes) Cela aurait dû être le sujet de cet article. Ensuite en effet vient par exemple la liberté de critiquer chère à Beaumarchais : « sans liberté de blâmer il n’est point d éloge flatteur » Mais cette liberté n est qu’une des très nombreuses libertés fondamentales et nécessaires pour une société prospère.

    • +1000
      Extrêmement surpris que cela ne figure pas dans l’article. La Liberté et l’individualisme sont par essence les valeurs occidentales

  • Le rationalisme anti-scientifique et l’humanisme anti-intellectuel.

  • J’encourage fortement les lecteurs de Contrepoints à lire le nouveau livre de Alexandre del Valle: http://www.amazon.fr/Le-complexe-occidental-trait%C3%A9-d%C3%A9culpabilisation/dp/2810005745

    • J’ai reçu un mail d’Amazon… Les frais de port des livres vont être facturés… 0,01 €, c’est beaucoup !

  • Les valeurs occidentales se résument ainsi : le respet des droits fondamentaux de l’individu, cad la liberté individuelle, mère de tout progrès humain …

  • Ne devrait-on pas dire plutot que le problème de la culture asiatique (en particulier) est la soumission ?

    Cela revient à priori au même (et la formulation de Sorman est bien sur plus politiquement correcte).

    • « Ne devrait-on pas dire plutot que le problème de la culture asiatique (en particulier) est la soumission ? »

      Pas du tout ! Les cultures asiatiques (et non pas « la ») ne sont pas marquées par une quelconque « soumission » pleine et entière. Elles sont plutôt caractérisées par le fait qu’on reconnait qu’on ne peut pas tout contrôler, qu’un certain nombre de choses échappent à notre volonté: partant de ce constat réaliste, elles posent qu’il faut apprendre à agir en s’adaptant à ce que la situation implique. Ce n’est pas de la soumission, c’est du réalisme, trop souvent comparé à de la passivité par des occidentaux pleins de préjugés.

      Et expliquer l’écart de proportion des innovations entre l’Asie et l’Occident par ce seul fait ne tient pas la route.

      Pour l’orient et les cultures inflencées par l’islamisme, c’est peut être un peu le cas. L’islam n’a pourtant pas empêché que se développe l’astronomie, les mathématiques, la littérature, la médecine à une époque donnée, alors le seul argument de « soumission » ne tient pas, et il faut chercher d’autres raisons.

      Peut être que ces cultures n’éprouvent pas le même appétit généralisé pour l’assouvissement de besoins matérialistes? Je ne sais pas , mais il faut creuser le sujet.

      Et déclarer que « … la montée en puissance des valeurs asiatiques qui l’emporteraient à terme, celles-ci étant fondées essentiellement sur le despotisme », c’est un raccourci, ou encore un préjugé plein d’amalgames, ou alors c’est mal expliqué. Les valeurs asiatiques sont fondées sur le despotisme, n’importe quoi : l’auteur considère que définir le mode de gouvernement d’un pays revient à définir ses valeurs?

      • bouffeur de tapioca
        30 juillet 2014 at 17 h 26 min

        qui plus est, l’auteur prétend que le japon serait plus occidental que la chine par exemple ( mème s’il ne la cite pas ). ça reste encore à prouver… le japon a été le premier des pays asiatique à comprendre qu’il fallait utiliser les méthodes occidentales pour arrivé à notre niveau, et … mieux nous combattre, ce qui fut fait dés 1905 à la bataille de tsushima.
        la chine fut plus longue à la réaction, notamment à cause d’une carence gouvernemntale grave durant tout le 19ième siècle. mais lorsque la république est proclamé, en 1912, les révolutionnaire, tel sun yat sen, cherche véritablement à adapter des idées occidentales à leur immense pays, y compris les plus mauvaises, comme le socialisme, mais c’étaient les idées du siècles … lorsque les communistes prennent le pouvoir en 1949, la encore, la doctrine est essentiellement occidentale, mème s’il y eu des précédent asiatique ( le partage des terres à l’époque des zhou, et la catastrophique rebellion tai ping entre 1850 et 1864 ). mème aujourd’hui, aprés les évolutions rapides des 30 dernières années, on ne peut s’empècher de penser que la doctrine, s’il y en a une est occidentale : système laique et rationnaliste, porteur de progrés et d’émancipation économique du peuple. toutes les valeurs de l’occident depuis 2 siècles. mème si comme disait jacque reclus, reste le confucianisme… tu obéira à tes parents , une sacrée affaire !

  • Désolé, mais c’est quand-même un peu plus compliqué que cela. D’accord avec l’idée de critique du sacré (Antigone, les philosophies antiques etc…), mais il faut éviter le piège du passé prestigieux. Une des grandes erreurs de bcp d’intellectuels (mais aussi de pseudo-intellectuels/scientifiques) occidentaux a consisté à voir un continuum entre le passé antique et, disons, les temps modernes, le meilleur exemple étant « la Démocratie est née à Athènes ». L’Occident, si tant est que ce soit un concept pertinent, c’est la fin du Moyen-Age, début de la Renaissance. La valeur fondamentale est la désacralisation de tout, d’abord Dieu, ensuite la nature, et maintenant l’Homme. Son expression est la technoscience. L’Occident, ce n’est pas la science, c’est la science appliquée, c’est l’ingénieur. Sa première figure, ce n’est pas Job ou Socrate, c’est Galilée. Derrière le Galilée physicien et astronome, se cache en fait l’ingénieur en balistique, celui qui veut calculer exactement comment envoyer un boulet de canon à l’adversaire.

    • Socrate n’est-il pas père du doute que Gallilée met en œuvre dans ses convictions ?
      De même, la désacralisation vient du doute permis par l’esprit critique. Ca en découle…

      • La réponse est dans votre réaction: « ….met en œuvre… » C’est cela le véritable Occident, « mettre en œuvre, appliquer, implémenter…expérimenter, le but étant le contrôle ». Le doute n’appartient pas à Socrate, ce n’est pas son invention ou plutôt il n’est qu’une personne parmi tant d’autres à avoir exprimer et théoriser le doute. Le doute a été développé de tout âge, dans toutes les cultures, par les sages justement, tout simplement parce que le doute est inhérent à la nature humaine. Attribuer à Socrate le doute, c’est faire l’erreur que j’indique, à savoir vouloir coute que coute rattacher le présent à un passé prestigieux (Grèce antique) pour mieux se l’approprier. C’est une attitude compréhensible, mais ce n’est pas rigoureux.

    •  » Derrière le Galilée physicien et astronome, se cache en fait l’ingénieur en balistique, celui qui veut calculer exactement comment envoyer un boulet de canon à l’adversaire. »
      Euh, je peux me tromper, mais il me semble que ce serait plutôt Newton…

      • Certes, mais Galilée (avec Torricelli) a été le premier à enclencher la réflexion scientifique dans le domaine de l’artillerie et de la composante balistique.
        Ce qu’il faut retenir dans le contexte du présent article, c’est que Galilée inaugure une nouvelle ère à savoir l’application de la science, c’est en ce sens que je le qualifie d’ingénieur. La sciences antique avait pour but la connaissance et la compréhension du monde (cosmos), contrairement à la science moderne (ou appliquée) qui vise elle à mettre en oeuvre la connaissance. C’est cette dernière démarche qui constitue à mes yeux la valeur fondamentale du concept Occident car elle ouvre la voie à la technoscience, à la recherche de puissance.

  • L’esprit critique comme valeur de l’Occident, oui, cela est cohérent : qu’on pense à toutes ses déclinaisons (française avec le doute cartésien, l’ironie, l’understatement britannique, la satire du bouffon, l’insolence du valet / de la servante chez Molière et Beaumarchais, etc.). Peut-être la créativité nous vient-elle de cet empêcheur de tourner en rond.

    Par contre, les commentaires soutenant la liberté et les droits de l’homme… Dans l’histoire de l’Occident, c’est une blague. L’aspiration à la Liberté, oui ; un régime effectif de liberté, ça a été rare. On s’en gargarise actuellement certes, mais au niveau politique, des régimes authentiquement respectueux des libertés publiques font figure d’exceptions historiques.

  • l’Auteur a bien identifié la force de l’occident : l’esprit critique, et ses sources : Jérusalem et Athènes.

    Pour être plus précis, l’esprit critique, donc un réel progrès humain, n’est possible que par l’existence d’un décentrement de soi-même. Ce décentrement de soi-même n’est possible que lorsque l’homme n’est pas sa propre source de justification, c’est à dire dans des sociétés de culture chrétienne.

    Le Christ nous apprend à nous débarrasser de notre orgueil, source d’erreurs et d’errements. Dieu sait ce qui est juste, vrai et bon, pour l’homme. Rarement l’homme lui-même, qui s’aveugle aisément, en tombant dans l’auto-référencement.
    En partageant cette sagesse qui vise à aimer son prochain comme soi-même, nous facilitons le progrès humain (ce qui est bon pour moi l’est aussi pour mon prochain) et le respect des droits naturels de l’homme (liberté, intégrité, propriété…).
    Ce décentrement signifie que l’on peut prendre du recul à l’égard de ce que l’on pense, fait et est. Il est la source du progrès scientifique, technique.

    Les deux aspects sont liés : en cherchant ce qui est bon et juste pour soi et son prochain, et en cherchant à l’appliquer dans la vie courante, on engendre ce progrès endogène, qui a été observé tout spécialement dans les nations chrétiennes, et se traduit par le développement de l’économie, des arts et des sciences, des systèmes politiques plus respectueux de l’homme, etc.

    • Le Christianisme est la seule religion faisant ouvertement appel au libre arbitre, cad la liberté.

      Sur le message du christianisme, il s’agit surtout d’une philosophie personnelle (comment être heureux : en aimant) qui en peut expliquer pourquoi le développemetnt économique de l’occident et ses valeurs.

      • Il faut quand même savoir , avant de parler du christianisme comme idéologie de liberté ( …aide toi , le Ciel t’aidera ???) que les projections européennes militaires industrielles , économiques , humanistes n’ont pu se faire que , par exemple , quand les rois de France ont commencé à renvoyer l’église au temporel et ont accélèré la naissance d’une société civile indépendante du religieux !!!

    • « Dieu sait ce qui est juste, vrai et bon, pour l’homme. Rarement l’homme lui-même, qui s’aveugle aisément, en tombant dans l’auto-référencement. »

      Attention au risque d’abstraction qui débouche sur le déracinement des hommes à eux-mêmes, à leurs lieux, pour une sainteté, une pureté immaculée : le désert dans le désert…

  • Vous avez entierement raison et votre analyse a l’immense merite d’etre parfaitement documentee.

    A la fin, on croit ou on voit.

    chez nous comme ailleurs dans votre conclusion,
    il s’agit de choisir entre Lucrecius et Platon,
    les marxistes et leurs ouailles ont choisi le second…

  • jesuisunhommelibre
    11 juillet 2014 at 15 h 33 min

    En occident, on défini un individu d’abord par son PREnom (first name), puis par son nom. En chine, c’est d’abord le nom de famille, puis le prénom.

    La valeur fondamental de l’occident c’est de construire la société à partir et autour de l’individu.

    • bouffeur de tapioca
      30 juillet 2014 at 17 h 30 min

      faux : c’est surtout le prénom qui est utilisé pour désigner quelqu’un, pour une raison trés pragmatique, un trés grand nombre d’homonymie:

      n’guyen est porté par 60ù des vietnamiens. est li, ou lee en anglais est porté par des dizaines de millions de chinois …

  • L’opposition occident-liberté contre orient-despotisme est d’un simplisme affligeant. La Corée du Nord, le pire exemple de despotisme asiatique, est fidèle à un ensemble de valeurs issues de l’occident : le marxisme.

    • +1
      On aurait de la peine à trouver des régimes politiques libres ou despotiques, oligarchiques comme démocratiques qui ne puisent pas leurs fondements dans les idéologies occidentales. Les « valeurs occidentales » c’est de la littérature pour journalistes et politiciens (tout comme les « valeurs de la république » ânonnées par El Blanco et ses camarades). On y trouvera la défense de la propriété privée, comme sa condamnation radicale, la mystique du progrès comme le maintien des traditions, le nationalisme contre l’internationalisme, la primauté de l’individu comme celle de la communauté, humilité vis à vis du processus social comme la tabula rasa. Tout cela fait partie des édifications occidentales.
      L’universalisme autoproclamé de l’idéologie dominante parce que dominante n’est finalement que le triomphalisme de la loi du plus fort, mais à un temps donné et limité.

      • L’air ni le sol de l’Europe, ni les gènes des Européens, ne leur transmettent aucune valeur.

        Si donc il est question de valeurs occidentales, je suppose, il s’agit de cerner celles qui ont présidé au phénoménal essor des peuples de cette région du monde depuis l’insignifiance de l’an mil à la domination écrasante de l’an 1900, juste avant leur suicide.
        Il ne s’agit pas non plus de nier la pluralité, mais de discerner parmi les valeurs dominantes celles qui ont compté dans les faits et qui ont distingué l’Occident.

        Je pense que la piste du totalitarisme est la plus intéressante – sinon je ne serais pas libéral !
        C’est l’absence du totalitarisme qui a caractérisé l’Occident, même s’il y a fait un retour fracassant depuis la Révolution française et surtout au 20e siècle – justement dans une rupture radicale et extraordinairement violente avec la tradition préexistante (ne me dites pas que le communisme est dans la continuité des valeurs préexistantes en Occident, ou qu’il a contribué à son essor !)

        Et ce retrait du totalitarisme, cette parenthèse millénaire en Europe, coïncide avec la chrétienté, qui a limité l’État à cause des Évangiles.
        Tout simplement parce que les régimes étaient censément chrétiens, donc tenus à un minimum de respect formel de l’enseignement du Christ.
        C’est ce qui les empêchait d’être totalitaires.

        En effet, le Christ revendique une autorité absolue mais repousse le pouvoir (tenté par Satan puis par les hommes) pour lui-même. Cohérent, il ne contraint personne, et a grand soin de toujours rester à un degré d’abstraction impropre à servir de base pour légiférer.

        La distinction entre son domaine d’autorité et celui de l’État est donc applicable, ce qui est capital.
        Même si sa mise en oeuvre est complexe sujette à d’infinis débats, ce que les partisans du totalitarisme ont tôt fait de mettre en avant pour la rejeter comme absurde …
        Et pourtant: C’est bien là le « secret » de l’Occident, sa spécificité et la raison de son essor incomparable.

        De cela il résulte non seulement que l’État est limité, mais encore que ce qui est absolu est aussi étroitement borné. Nous avons donc un champ réduit de certitudes, et toute latitude en dehors, ce qui est sans doute la configuration la plus propice au progrès.
        L’absence totale de certitude, ou relativisme, n’est pas plus propice au progrès, comme le montre notre enlisement dans l’obscurantisme socialiste au fur et à mesure de la déchristianisation.

    • +1000
      C’est un peu ce que je dis plus haut, à propos de l’affirmation que « les valeurs asiatiques sont fondées sur le despotisme ». Comme si connaitre la nature du régime politique d’un pays suffisait pour en définir les valeurs!
      Et vous soulignez à juste tire que les régimes politiques de certains pays sont fondés sur des valeurs importées d’occident…

      Sans compter le fait que nombre de pays d’Asie ont été nourris par une intense vie philosophique et spirituelle, avec différents courants de pensées qui s’opposaient. Pour l’exemple, la culture chinoise ne se limite pas à Confucius. Il y avait des zigotos sacrément libertariens pendant la période la Chine impériale!

  •  » chacun est prié, voire contraint de se conformer à un modèle initial supposé parfait »

    Job est intéressant, mais j’invoquerais aussi et surtout les Évangiles: Jésus le Christ y porte la parole de Dieu (on n’est jamais mieux servi que par soi-même) et la nature n’est pas abordée.

    Ce n’est pas que les paroles d ‘évangiles soient plus discutables pour un chrétien que le coran pour un musulman. C’est encore mieux: La nature ne fait pas partie des sujets « fixés ».
    Elle fait donc partie des sujets dont on peut discuter.
    La mésaventure de Galilée ne fait que prouver cela: Même devant une révolution intellectuelle aussi importante que l’héliocentrisme (ou système copernicien, du nom du chanoine Copernic), même avec les maladresses et les erreurs évidentes de Galilée, les arguments bibliques sont trop faibles pour que l’obscurantisme l’emporte vraiment (comme ce fut certainement le cas chez les musulmans ou les chinois, qui n’ont pas eu de Copernic alors qu’ils ne sont pas plus bêtes que nous).

    Le judéo-christianisme fut donc notre bénédiction, qui nous protégea du totalitarisme auquel il semble hélas que l’homme aspire naturellement, comme le montre la dérive socialiste à la faveur de la déchristianisation.

    Alors pourtant que la liberté seule lui apporte la prospérité à laquelle il aspire: Paradoxale nature humaine !

    • Tout en etant parfaitement confortable avec la certitude que l’ethique occidentale (lorsque celle-ci est bonne et ne se concentre pas bornement a une application, contemporaine, aveugle, d’une interpretation bavarde des lois, ce qui est quand-meme devenu le cas ces dernieres decennies – « the law is an ass » disait Churchill – ou on trouve plus souvent la loi que la justice dans les tribunaux, dans des jeux de pots de terre contre des pots de fer) est a trouver dans une culture commune qu’on pourrait sans aucun doute appeler postchretienne, et que celle-ci est quelque chose de tout a fait positif, je ne voudrais pas faire de l’antiamericanisme primaire, et ce n’est pas la mon intention, mais il faut souligner quand meme qu’aux Etats Unis, la ou plus de 76% des habitants sont chretiens et une immense majorite pratiquants, une moitie de la population totale des etats sont (activement ou mollement) adeptes du creationisme et pensent, tres serieusement, que le monde a ete cree il y a a peu pres 10000 ans, par le bon dieu, en une seule journee. Certains en sont meme a demander au gouvernement que le sujet tel qu’ils l’entendent soit introduit, en classe scolaire (en remplacement sans doute d’une version plus darwinienne), au curriculum.

      Ca me rappelle Andre Malraux qui avait dit un jour « le siecle prochain sera religieux ou ne sera pas ». Hors contexte, je sais, mais quand-meme… C’est le genre de choses qui me donne le vertige. Je suis loin d’etre un fanatique de l’Islam mais essayons de ne pas oublier qu’en meme temps nous possedons aussi nos propres idiosyncratismes.

      • Bof, je ne suis pas convaincu que plus d’américain adhère totalement au créationisme. Je veux dire, décrivez la théorie de l’évolution à bien des gens en disant que c’est du créationisme et ils vont vous dire que c’est de la foutaise, parce que c’est une idée reçu davantage que parce qu’ils se sont vraiment intéressé à la question.
        On peut aussi ne pas croire à la théorie de l’évolution sans être créationiste.

  • Lire Philippe Nemo : Qu’est-ce que l’Occident

    excellent pour les passionnées d’Histoire et libéraux

    • Oui , bon, pour le livre de Nemo, c’est une bien belle histoire qu’il nous raconte la, et qui flatte son lecteur occidental dans le sens du poil, j’aimerais bien y croire dans sa totalite et quant au message essentiel delivre, seulement mettre 3000 ans d’histoire dans un petit livre, meme s’il est immensement bien ecrit, c’est forcement faire une interpretation unilaterale et directionnelle. Avec des morceaux bien choisis dedans. Et des morceaux bien affreux de notre histoire volontairement passes sous silence. Est-ce de la philosophie ou est-ce un joli conte ?

  • Il est clair que la liberté découle de la critique insufflée par le religieux et le penseurs et non l’inverse.

  • « si nous admettons que l’avenir appartient aux innovateurs » Justement non ! les novateurs ne sont que de pales copistes. La création étant tout autre chose.

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