Non, il n’y a pas un déclin de l’Occident !

Autumn leef by C Schwedhelm(CC BY-ND 2.0)

Peut-on parler d’un déclin de l’Occident alors que c’est le monde qui s’occidentalise ?

Par Yves Montenay.

Non, il n'y a pas un déclin de l'Occident !
Autumn leef by C Schwedhelm(CC BY-ND 2.0)

Les échecs américains au Moyen-Orient, succédant aux considérations sur le poids de la Chine dans le monde, ont relancé l’idée d’un déclin occidental. À tort, car cette formule cache l’évolution réelle du monde.

Précisons d’abord que l’Occident est un ensemble intellectuel, économique et militaire rassemblant l’Europe occidentale et centrale, la plus grande partie des deux Amériques, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et Israël. Et maintenant le Japon.

Discutons les arguments démographiques, économiques et culturels qui sont en général avancés.

La démographie

Certes, la proportion de la population occidentale dans le monde décroît. Mais c’est également le cas pour la Chine et la Russie. Ce sera après-demain le cas de l’Inde, où s’étendent les zones de faible fécondité.

Donc, démographiquement, l’Occident n’est pas remplacé par l’Asie, mais l’Asie et l’Occident sont bousculés par l’Afrique. Or cette dernière n’est pas un rival économique, militaire ou culturel de l’Occident. Sa poussée démographique n’est en rien un déclin de l’Occident.

L’économique et le militaire

Le déclin occidental serait-il économique ? Après s’être inquiété de la croissance, maintenant terminée, du Japon et autres tigres asiatiques, on craint maintenant celle de la Chine. Or son rattrapage, très réel mais facile, se termine et l’étape suivante sera lente et difficile. Son régime autoritaire freinera inévitablement les innovations au bénéfice de grands travaux permettant de bonnes affaires entre relations politiques, d’où la masse des infrastructures et industries en partie inutiles. Rajoutons qu’avec 22 % de la population mondiale, il est normal que la Chine retrouve une certaine place dans l’économie mondiale : ce n’est pas non plus, au contraire, une cause de déclin économique pour l’Occident.

N’oublions pas que tous les pays copient systématiquement l’Occident pour se développer. Pas seulement en lui prenant, voire en lui volant, des recettes techniques, mais aussi des formes d’organisation juridiques, managériales et éducatives. Ce n’est pas un signe de déclin.

Alors l’Inde ? Elle est profondément paralysée ethniquement, religieusement, socialement et bureaucratiquement. La retraite des vaches y est mieux assurée que celle des paysans, les frontières fiscales entre États fédérés compliquent le commerce, les routes et l’électricité manquent… Elle va enfin mieux, sera probablement un client prenant de l’importance, mais est très loin d’être une nouvelle Chine.

L’Afrique ? Ce futur géant démographique a un poids économique extrêmement faible, malgré quelques signes encourageants.

En face, l’Occident reste très créatif et économiquement attirant pour les investisseurs et les entrepreneurs du reste du monde. Son niveau de vie est de très loin le plus élevé. Les États-Unis y puisent les ressources d’un budget militaire qui est 4 fois celui de la Chine et 10 fois celui de la Russie. Les erreurs de gestion économique ou de stratégie militaire le font parfois oublier.

Le culturel

Reste le domaine culturel, qui nous paraît déterminant, y compris économiquement, par la liberté individuelle, politique et religieuse qu’il permet, l’effervescence intellectuelle qui en découle, et notamment son autocritique permanente qui est une grande force.

Il ne s’agit pas seulement des industries culturelles des médias et du divertissement. C’est certes important, notamment pour les États-Unis et leurs champions (Hollywood, Facebook, Amazon …) à qui cela apporte une influence certaine. Pas de déclin occidental dans ce domaine.

Il s’agit de bien davantage : l’Occident est un produit unique et complexe. Philippe Nemo l’a bien décrit dans son ouvrage Qu’est-ce que l’Occident ? : la combinaison de la Grèce classique, du juridisme romain, d’une vision du monde bouleversée par le christianisme des premiers temps, puis par la révolution papale, la Renaissance, le protestantisme et les Lumières, tout cela menant à la démocratie libérale, cadre permettant une vie intellectuelle libre et innovante. L’Occident n’aurait pas eu besoin du colonialisme pour s’implanter, il est choisi par les populations dès lors que le contact avec l’étranger est possible. Il est symétriquement honni par les dictateurs ou les traditionalistes, et notamment les islamistes. Les accusations d’impérialisme et de décadence leur sont commodes pour tenter de contrer cette influence.

Le Japon a rejoint l’Occident car c’est une démocratie libérale où les individus, et pas seulement les techniques s’y sont occidentalisés. En Chine, régime autoritaire, le pouvoir fait tout pour éviter l’occidentalisation des individus, notamment en filtrant Internet, et en envoyant les « contaminés » en prison.

Les langues contribuent à diffuser l’Occident : l’anglais, le français, l’espagnol, le portugais sont pratiqués dans une très grande partie du monde, tandis que le mandarin et le hindi, malgré leur grand nombre de locuteurs, restent des langues régionales. Et rappelons que si l’Afrique prend un poids démographique croissant, ses capitales culturelles sont Paris, Londres ou New York. Ce n’est pas du néocolonialisme, ce sont des opportunités que nous apportons à ce continent.

Bref, peut-on parler d’un déclin de l’Occident alors que c’est le monde qui s’occidentalise ?

Sur le web