Et si nous passions à l’ACT ?

Médecin consultation ordonnance (Crédits : Life Mental Health, licence CC BY 2.0)

Comment pourrions-nous aboutir à une philosophie centrée sur la libération ? Et pourquoi pas l’ACT, une nouvelle forme de thérapie pratiquée depuis une dizaine d’années aux États-Unis ?

Par Bénédicte Cart

Médecin consultation ordonnance (Crédits Life Mental Health, licence Creative Commons)Il n’est pas rare, en tant que lectrice, de trouver certains articles de Contrepoints défaitistes et tristes. La situation des libéraux semble désespérée : ils sont incompris, parfois pas écoutés et les querelles semblent régulières avec les libertariens. Mais alors que faire ?

Quand un individu perd son chemin, souffre psychiquement, vit un moment difficile, il peut se tourner vers un psychologue, censé lui apporter une écoute neutre et un cadre propice – c’est-à-dire bienveillant – pour rétablir un équilibre psychique. Oui mais alors, vers lequel des « psy » se tourner ? Et de quoi souffre la société ? Comment pourrions-nous aboutir à une philosophie centrée sur la libération ?

Et pourquoi pas l’ACT ? Une nouvelle forme de thérapie pratiquée depuis une dizaine d’années aux États-Unis, s’inscrivant dans le courant de la troisième vague des thérapies cognitives et comportementales (TCC).

Bref récapitulatif sur les TCC

En TCC, il y a un partage de la théorie avec le client. Car avoir du contrôle est un très bon modérateur du stress : cela permet de comprendre son problème. Le but de la thérapie est de désapprendre ou réduire la fréquence du comportement source de souffrance. Connaître et comprendre l’apparition de ce comportement n’est pas primordial mais la composante éducative prend de plus en plus d’importance au sein de la thérapie.

Nous apprenons de nouveaux comportements qui remplaceront en acte les anciens par de plus larges bénéfices, (vague comportementale).

On retrouve trois principes de bases :

  • Les comportements sont appris. Une pensée, une émotion, un comportement peuvent être observables. Nous apprenons les comportements adaptatifs la plupart du temps (par imitation ou conditionnement) et ils se maintiennent grâce à la présence de renforçateurs. Les schémas et comportements qui en découlent, auparavant opérants, peuvent devenir inadaptés.
  • Les TCC sont issues de la psychologie expérimentale : on quantifie, mesure et évalue. On part des travaux effectués en laboratoire et on retrouve cette démarche scientifique tout au long de la thérapie, il faut un accord entre patient et thérapeute sur le travail à effectuer.
  • Elles sont centrées sur l’ici et maintenant. Qu’est-ce qui fait que le Sujet est toujours là ? La construction passée des schémas et comportements permet de comprendre le présent, dans le but d’améliorer l’état actuel du patient.

L’évolution perpétuelle aboutit sur une troisième vague, dans les années 90, avec pour principes centraux la pleine conscience et l’acceptation. Ainsi, au lieu de lutter contre nos pensées ou sentiments de détresse, elle préconise l’acceptation neutre de tout une gamme d’expériences rencontrées.

Ce principe est issu de la philosophie ancestrale asiatique et peut être expliqué ainsi : tout élément source de plaisir temporel est aussi source de souffrance. La pleine conscience se différencie de l’auto-acception (en psychanalyse ou chez Carl Rogers) qui est l’acceptation de soi, de son passé. La pleine conscience est l’acception subjective de l’expérience présente (indépendamment de sa valeur émotionnelle).

Cette 3ème vague dépend de deux principes :

  • L’autorégulation attentionnelle : c’est-à-dire que nous décidons de fixer notre réseau attentionnel sur un stimulus et si notre attention est captée par un second stimulus (qui se trouve dans notre champ perceptif) alors nous l’engageons pour le déterminer. L’individu doit être capable de désengager son attention du « stimulus perturbateur » pour la réengager dans le premier stimulus.
  • La pleine conscience qui a pour but de modifier notre appréhension de nos émotions et cognitions. C’est l’activation sensorielle qui permet d’être pleinement connecté à l’expérience que nous sommes en train de vivre.

Cette nouvelle forme de thérapie est axée autour des schémas (structures cognitives stockées dans notre mémoire à long terme). C’est notre mémoire tant émotionnelle, comportementale que cognitive, et nos souvenirs. Ces schémas orientent la manière dont nous traitons l’information et nous guident ainsi quotidiennement.

Le travail en thérapie se concrétise par :

  • Une exposition en pleine conscience de ses émotions, c’est-à-dire être en rapport direct avec celles-ci, les accepter comme une pensée « ce qui est, est » pour s’en détacher. Le but n’est pas d’y répondre systématiquement (ne pas dramatiser une émotion mais l’accepter en tant que telle).
  • Une identification du schéma, et des hypothèses sur son histoire. La recherche d’attribution ou de causalité et d’hypothèses dans l’histoire du sujet pouvant expliquer le comportement actuel. L’objectif est aussi une distanciation de l’expérience, une évaluation des avantages/inconvénients de le conserver ou modifier.
  • Puis un jugement éclairé, c’est-à-dire la possibilité de voir différemment la situation. À cet instant, l’individu peut juger acceptable des hypothèses alternatives. Il formule un schéma plus souple et des règles de vie alternatives dans lesquels il se sent à l’aise et adaptés à sa vie.
  • Et enfin l’action juste. L’individu peut s’engager dans l’action indépendamment de ce qu’il ressent en fonction de la réalité, de ses besoins et valeurs personnelles (il est important de travailler en amont ce dernier point, pour être au plus près des valeurs de l’individu).

Cette approche est l’aboutissement des travaux pratiques et questionnements autour des thérapies cognitives et comportementales. Elle intègre l’approche analytique dans la connaissance de l’histoire de l’individu. La TCC classique remet au centre l’attention à l’expérience, son observation et description. Alors que la troisième vague ajoute la dimension émotionnelle, avec le concept de pleine conscience et l’action, car il s’agit d’agir avec conscience et de réduire « l’évitement expérientiel ». Ces deux approches sont compatibles, l’analyse cognitive en amont de l’acceptation émotionnelle et de l’action et vice versa.

Si chacun d’entre nous prenait quelques secondes pour se connecter à son expérience immédiate, celle de son environnement, agréable ou non, que se passerait-il ?

Et la France, pourquoi n’irait-elle pas consulter, il est peut-être temps d’assouplir ses schémas ? ACT ou pas Cap ?

Pour aller plus loin :