Conversations sur l’oreiller

La communication à l’intérieur du couple est prépondérante pour maintenir une intimité sexuelle

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Oreillers (Crédits Luc De Leeuw licence Creative Commons)

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Conversations sur l’oreiller

Publié le 3 juillet 2014
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Par Jacques Henry

Oreillers (Crédits Luc De Leeuw licence Creative Commons)De plus en plus de couples déclarent n’avoir pratiquement plus de relations sexuelles ou seulement à de très rares occasions, quand ils ont bien picolé à l’issue d’une soirée entre amis. S’il existe de nombreuses raisons pour expliquer ce comportement, il est évident que la communication à l’intérieur du couple est prépondérante pour maintenir une intimité sexuelle. Et c’est cette communication « sur l’oreiller » qui est justement importante pour maintenir le désir sexuel dans un couple.

Plusieurs études récentes classées dans le domaine gris de la « science postcoïtale » – comme c’est romantique ( ! ) – ont reconsidéré l’importance des conversations sur l’oreiller après un orgasme. On s’est rendu compte par exemple que les femmes qui avaient fait l’expérience d’un orgasme réussi étaient plus enclines à une communication relationnelle positive que les hommes, bien qu’ayant également atteint l’orgasme sexuel, ce qui est beaucoup plus aisé pour eux, et naturellement beaucoup plus que les femmes restées non satisfaites. De plus il est apparu que l’orgasme libère la communication relationnelle positive. Le Docteur Amanda Denes de l’Université du Connecticut, principal auteur d’une étude parue dans Communication Monograph n’emploie pas la langue de bois en déclarant : « la conversation sur l’oreiller après une relation sexuelle réussie joue un rôle primordial dans le maintien de l’intimité du couple ». Les médecins ont caractérisé la période suivant directement un rapport sexuel réussi comme étant un état mental altéré durant lequel les processus cognitifs sont profondément modifiés et favorisent la communication et la reconsidération des mécanismes de prise de décision et durant cette période particulière l’évaluation des risques et des bénéfices de se confier à son (sa) partenaire « sur l’oreiller » à ce moment précis est également altérée.

Et pourquoi se trouve-t-on dans cet état second, tout simplement parce que notre cerveau est littéralement inondé d’oxytocine, l’hormone dite du plaisir mais aussi celle qui favorise la lactation et encore la construction de la relation intime mère-enfant. L’oxytocine a aussi un rôle prépondérant dans le comportement car elle inhibe l’agressivité et la perception du danger et donc aussi le développement de la peur. De plus l’oxytocine réduit la production du cortisol qui est l’un des éléments de déclenchement du stress. La conversation post-orgasmique sur l’oreiller est donc sous le contrôle de l’oxytocine et on n’y peut rien, on plane, on se confie, l’intimité du couple trouve là un moment privilégié pour s’affermir et se construire.

L’étude conduite par le Docteur Denes a aussi considéré les effets de l’alcool sur les « conversations sur l’oreiller » car bien souvent les relations sexuelles sont également vécues sous l’emprise de l’alcool, des statistiques montrant qu’au moins 40% des relations sexuelles ont lieu après une consommation de boissons alcoolisées malgré le fait que l’alcool a tendance a diminuer les performances sexuelles conduisant à un orgasme réussi, au moins chez l’homme, selon une étude parue en 1993 et réalisée par B.C. Leigh et parue dans le Journal of Abnormal Psychology.

L’étude récente a porté sur des interrogatoires strictement contrôlés de 253 personnes âgées de 18 à 45 ans, sexuellement actives et pour la plupart hétérosexuelles, à 7 exceptions près, réparties en 78% de femmes et 22% d’hommes. Toutes ces personnes ont déclaré avoir une activité sexuelle incluant pénétration vaginale, cunnilingus ou fellation et stimulations manuelles. Elles devaient rendre compte quotidiennement pendant deux semaines par internet à l’aide d’un questionnaire approprié dans les deux heures suivant leur rapport sexuel si elles avaient fait l’expérience d’un orgasme, si elles avaient consommé de l’alcool et enfin de décrire quelle avait été qualitativement leur conversation sur l’oreiller avec leur partenaire en tentant de classer l’intensité de cette conversation qui a ensuite été analysée à l’aide d’algorithmes statistiques. Les questions étaient du genre : « je ne voulais pas lui dire ce que je lui ai finalement dit » ou encore « j’ai dit à mon (ma) partenaire des choses que peu de personnes connaissent » ou enfin « après un orgasme je me confie plus facilement que dans la vie courante ». Ce genre de questionnaire est facile à intégrer car de toutes les façons on n’a plus vraiment le contrôle de nos comportements conscients quand nous sommes soumis à ces effets massifs de l’oxytocine sur l’ensemble du cerveau.

Ce qui ressort de cette étude, certes entachée d’approximations puisque la majorité des sujets étudiés étaient des femmes hétérosexuelles qui vivaient au moins trois rapports sexuels réussis par semaine pour 57% d’entre elles, consommation d’alcool ou pas, est que la consommation d’alcool avant un rapport sexuel, que ce soit au sein d’un couple établi ou au cours d’une relation occasionnelle n’a que très peu d’incidence, selon cette étude, sur la libération de la parole, ou dit d’une autre manière, c’est le taux extravagant d’oxytocine qui éblouit ou obscurcit le cerveau, selon le côté où on se place, et une bonne partie de jambes en l’air libère la parole et l’ensemble de l’organisme pour son plus grand bien.

Enfin, l’étude mentionne que les « conversations sur l’oreiller » après un bel orgasme partagé, ce qui reste malgré tout exceptionnel pour les couples non entrainés pour ce genre d’exercice, constituent une excellente thérapie pour l’équilibre du couple et les interactions physiologiques dont on ne mesure pas l’importance quand on se couche pour faire l’amour, la banalité de ce comportement étant souvent considérée comme une simple formalité alors que dans cet acte peut-être banal pour beaucoup d’entre nous, réside le secret de l’équilibre du couple, qu’on le veuille ou non, l’amour et faire l’amour n’étant finalement que le résultat de processus chimiques et hormonaux triviaux sur lesquels nous n’avons aucun pouvoir.

Source : Communication Monograph


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    • C’est un sujet comme un autre, traité d’une certaine manière. Moi je compare cela à la course à pieds: préférez-vous qd vous vous arrêtez et que vous avez bien couru ou le chemin parcouru, les variantes empruntées et les personnes qui vous accompagnent?alors orgasme ou pas orgasme, moi j’attends pas l’orgasme pour me confier, en plus je plane souvent, mais chacun voit midi à sa porte…!

  • Oui, c’est aussi pour cela que lorsque l’on se trouve face à une femme chiante, pénible, acariâtre, voir féministe, l’on peut en déduire à 99% qu’elle est en réalité mal baisée. La science est magnifique ! Mon instrument quant à lui est fiable à 100%, avec ou sans alcool. Et ça, c’est finalement le plus important pour une lecture plus précise du résultat.

  • Contrepoints entame la phase finale de transformation en Rue 89

  • Ocytocine ou oxytocin!

  • Mon cas est différent, en effet, lorsque je fais l’amour à ma femme elle dort, pendant et après… c’est pas bon hein ?

    • Ben essayez ce soir un truc différent, elle sera surprise et peut être qu’elle restera éveillée, sinon elle est peut être fatiguée ou vous vous y prenez mal, ou elle est malade?

      • Oh, vous savez, comme le gorille de Brassens, aux jeux de l’amour je vaut mon prix, mais ma femme me dit qu’en revanche je ne brille ni par le goût, ni par l’esprit…

        • De toute facon selon Brassens:
          95 fois sur cent, la femme s’emmerde en baisant. etc…

          • N’importe quoi!
            Salamanque changeait de femme, et Mitch c’est complètement faux, mais comme je ne connais Brassens qu’à travers ses chansons, je ne lui tiendrais pas rigueur de ce pourcentage, quand à vous, je vous proposerais de vérifier, une petite expérimentation à nous proposer…? 😉

  • Ah, l’amour! L’amour moi l’noeud…

    Pour une découverte, c’en est une! Ca a du ramoner sec pour en arriver à cette évidence! Même les indigènes dans leur forêt tropicale savent cela de bon sens. A t’on à ce point besoin que la science valident ce qui est connu de sagesse populaire?

    Notez bien, je ne prétends par pour autant que cela soit aisé de réaliser l’harmonie conjugale. Surtout avec une française… Allez, pour la route:

    Si par hasard devant chez moi(rr),
    Vous passez, faites le sourd,
    Je suis en train de remplir la baignoire,
    Et elle vous appelle au secours.
    Cette fille ouais on peut dire,
    Que c’est un cas,
    J’aimerais la noyer dans le Titicaca.
    Enfin toute façon c’est pas grave
    J’en ai tiré une bonne leçon,
    Prendre les filles pour ce qu’elles ne sont pas(vv),
    Et les laisser pour ce qu’elles sont.
    Allo, Popocatepeltan 22,
    Y’a un cadavre à embarquer…

    • C’est drôle, les hommes que je rencontre veulent soit me sauter ( voire me violer) soit me tuer, vos quelques vers me font penser à cela…
      Article qui met la pression et stigmatise les couples harmonieux qui ne font pas l’amour, dommage!

      • Faut pas le prendre comme ça, c’était juste une chanson de feu Gainsbarre, pour se rire des misères amoureuses qu’on peut vivre!
        Moi je trouve que cet article ne met aucunement la pression, il rappelle juste une chose qui me paraît simple et juste: se donner de l’attention mutuelle, y compris dans les relations sexuelles, se parler, toujours, et surtout après l’amour! S’ouvrir à l’autre sur l’oreiller, c’est du baume pour le coeur, et ça resserre les liens.
        Tous les hommes ne veulent pas violer les femmes, sans blague!

        • Oui je sais. Je ne le prends pas mal ou bien, ça m’a fait penser à ça. Bien sur que tous les hommes ne veulent pas violer des femmes…

          • « C’est drôle, les hommes que je rencontre veulent soit me sauter ( voire me violer) soit me tuer. » Sérieux? Il n’y en a aucun qui vous parle juste pour le plaisir de la conversation? Non parce que on peut trouver une fille jolie, et même très jolie et très aimable, sans nécessairement vouloir la sauter quand même… Surtout si on est maqué. La fidélité peut exister aussi.
            A moins que vous parliez que de rencontre au sens de la rencontre amoureuse, auquel cas il est NORMAL qu’ils veulent vous sauter. Non?
            Bon c’est pas primordial comme question, mais j’avoue que l’idée d’un harcèlement sexuel permanent me pousse à l’interrogation.

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