Comment sortir de la prison institutionnelle ?

La France a d’énormes atouts et ressources mais elle doit s’affranchir de son boulet institutionnel pour les valoriser enfin.

Par Ludovic Mallot.

Liberté PrisonUn système monétaire honnête et dans l’intérêt public doit s’appuyer sur un système de gouvernance qui s’articule du bas (la population) vers le haut (l’exécutif, le législatif) et non l’inverse. L’actualité et l’histoire en matière de gouvernance montrent que la concentration du pouvoir est la porte ouverte à toutes les dérives à tel point que le système institutionnel français est déconnecté de la réalité et, disons le sans détour, divorcé de l’intérêt public. Dans ce contexte la France devrait s’inspirer des systèmes politiques qui fonctionnent et qui sont générateurs de prospérité économique.

Nous pensons que le problème de la France n’est pas une question de personnes mais d’institutions centralisées qui conduisent le pays invariablement dans une impasse, qui couve à terme une insurrection inévitable, un soulèvement social de grande envergure.

En comparaison du modèle suisse de gouvernance (pour rappel 3% de chômage en Mai 2014), nous avons répertorié les principaux obstacles actuels qui empêchent la France de sortir de son bourbier politique, institutionnel et économique :

  • Le suffrage majoritaire empêche une juste représentation de l’ensemble des sensibilités de la population au parlement (faible légitimité, instabilité politique et conflits sociaux, concurrence des idées et innovation considérablement limitées).
  • Le pouvoir exécutif devrait s’articuler sur un collège de 6/7 personnes, soit les représentants des principaux partis (se répartissant les ministères) avec une présidence tournante chaque année (désacraliser l’exécutif, le culte de la personnalité, l’apparat qui sont des marques pathologiques du système politique français).
  • Le système politique français est géré et verrouillé par une élite (énarques et hauts fonctionnaires), des privilégiés déconnectés de la vie quotidienne et de la population (ouvrir le champ politique à la population, favoriser les idées et non le cursus académique, émasculer les ambitions égocentriques et démesurées par un système électif à 50% et par tirage au sort à 50%). Une part de personnes qui ne souhaitent pas particulièrement accéder à des mandats politiques est le meilleur rempart pour limiter le trafic d’influence, la corruption et la gangrène des intérêts particuliers.
  • Le système de gouvernance doit s’appuyer sur un système politique de milice comme en Suisse avec uniquement quatre sessions parlementaires par an – avec des rémunérations qui ne suffisent pas pour vivre ce qui oblige ceux qui veulent exercer des mandats politiques d’exercer une activité professionnelle les contraignant de cette façon à être proches de la population et de ses préoccupations.
  • La France doit fondamentalement basculer sur un modèle fédéral et redonner aux départements les bases de leur auto-détermination comme des États en tant que tels avec leur propre constitution et domaines de compétences (économie, fiscalité, éducation, justice et police). Les discussions actuelles sur la fusion de régions et la possible disparition des départements pour officiellement faire des économies – ce qui va centraliser encore plus les décisions – est une grave erreur et amplifiera l’inadéquation des collectivités territoriales existantes.
  • La France doit se doter d’un système de formation professionnelle de grande qualité en mettant en place le pendant suisse du Certificat Fédéral de Capacité (CFC) par le biais de l’apprentissage généralisé dans les PME et les grandes entreprises. Vouloir 80% d’une classe d’âge au baccalauréat est un choix dogmatique et digne d’un planisme le plus rétrograde, c’est le meilleur moyen de fabriquer des chômeurs en masse et d’entraver les libertés individuelles, la libre formation des talents.
  • Le paternalisme et le dirigisme à la française fabriquent une armée de fonctionnaires et crée une mentalité d’assistanat. Aujourd’hui l’ensemble de la fonction publique représente plus de 5 millions de fonctionnaires soit 20% de l’emploi total en France (seulement 10% en Suisse).
  • L’Éducation nationale quasi monopolistique (83% des élèves de la maternelle au lycée) est dangereuse : elle empêche la libre détermination des vocations, l’indépendance professionnelle, le goût de l’entrepreneuriat et l’enseignement de la prise de risques qui ne sont pas dans la culture académique délivrée par l’État. Cette éducation étatique est par ailleurs déconnectée du marché de l’emploi. Les programmes éducatifs ne doivent pas être réalisés uniquement par des universitaires mais avec le concours des parents, des professionnels du recrutement, des entrepreneurs et des entreprises.
  • Le principe de subsidiarité doit primer dans la prise de décision – maxime politique et sociale selon laquelle la responsabilité d’une action publique, lorsqu’elle est nécessaire, doit être allouée à la plus petite entité capable de résoudre le problème d’elle-même – soit au niveau départemental, communal.
  • La concurrence fiscale entre les départements-États est indispensable afin de garantir une utilisation adéquate de l’argent du contribuable : elle encourage les solutions innovantes et le développement des ressources de chaque région et oblige à maintenir des budgets publics équilibrés. Cela contraint aussi les représentants politiques à rendre des comptes et être jugés sur leurs résultats. Ceux qui ne veulent pas être évalués sur la qualité de leur travail n’ont certainement aucune bonne intention de convoiter des mandats politiques.
  • Les petites unités administratives seront nécessairement plus proches de la population, offrant des produits et services de bien meilleure qualité et adaptés aux particularités et traditions locales : progression de la qualité de vie, responsabilisation, motivation citoyenne.
  • Un État fédéral recréera mécaniquement des emplois et obligera les grandes structures de produits et services à atomiser leur offre ce qui améliorera la qualité, la proximité et élargira les possibilités de concurrence.
  • Les politiciens doivent être au service de l’intérêt public et pas de leur carrière, le modèle institutionnel est seul à même de garantir ce principe.
  • Le nouveau modèle de gouvernance français doit libérer les frustrations et maintenir l’exécutif dans une médiocrité de puissance en introduisant le référendum et l’initiative populaire. Chaque sujet d’intérêt public doit être débattu, tout en s’assurant que des problèmes individuels ne deviennent pas des problèmes collectifs.
  • Le contrôle indirect et le subventionnement des médias doit être interdit au niveau constitutionnel.
  • Le vote par correspondance et en ligne doit être possible en parallèle d’une trace papier qui puisse permettre un recomptage des votes en cas de suspicion de fraude.
  • L’État doit se désengager dans tous les domaines qui ne relèvent pas de ses prérogatives essentielles, comme dans l’industrie, l’agriculture, l’éducation et doit naturellement mettre fin au subventionnement de secteurs en particulier. Une monnaie saine et forte élimine le besoin de subventions et la spirale des prestations sociales.
  • La France doit récupérer sa souveraineté en sortant du cartel bureaucratique européen en signant des accords bilatéraux de commerce et d’intérêts mutuels avec ses voisins et partenaires.

La France a d’énormes atouts et ressources par sa position géographique, son potentiel historique et ses talents. La France doit cependant s’affranchir de sa prison monétaire imposée de manière coercitive par l’euro et le Fonds Monétaire International ; elle doit aussi se libérer de son héritage napoléonien qui est aujourd’hui sa plus grande névrose.


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