Comment sortir de la prison monétaire ?

Enceinte de prison (Crédits : x1klima, Creative Commons)

La France a d’énormes atouts et ressources mais elle doit s’affranchir de sa prison monétaire et de gouvernance pour les valoriser enfin.

Par Ludovic Mallot.

Enceinte de prison (Crédits : x1klima, Creative Commons)Depuis des décennies, la France est un navire en perdition, elle se fait mener au gré des vagues dans une mer agitée, la tempête nargue à l’horizon, les voiles sont usées et déchirées, la cale prend l’eau, les matelots sont fatigués et désabusés et bien sûr les capitaines se succèdent à la barre sans pour autant être capables de redresser la situation. Accuser le capitaine d’incompétence comme on l’entend souvent dans les médias hexagonaux n’est pas très constructif car disons-le sans ambages : ce qui empêche aujourd’hui la France – comme bien d’autres pays d’ailleurs – d’être prospère, dynamique, innovante, compétitive, riche, respectée et enviée d’une part et ce qui empêche les Français de bénéficier d’un fort pouvoir d’achat, d’un capital, d’un niveau de vie élevé, enfin d’être optimistes d’autre part sont deux boulets. Le premier est le Système Monétaire, le deuxième est le Système de Gouvernance.

Dans notre article précédent, « Fausse monnaie et réserves fractionnaires: la descente en enfer » nous mentionnions la perversion subtile et déguisée de la monnaie – du système monétaire international – à travers l’inflation monétaire et la mise à l’écart de l’étalon or (ce à quoi De Gaulle avait d’ailleurs vainement essayé de s’opposer) au bénéfice de privilégiés et de leurs intérêts particuliers comme la cause des cycles économiques et ainsi offrant une voie royale de contrôle et de manipulation de l’économie par les banques centrales et leurs politiques interventionnistes usurpatoires. Les politiciens démagogues s’accommodant sans difficulté des actions menées par les banquiers centraux agissant comme les complices de l’argent dette et de déficits publics illimités. C’est en s’affranchissant de la contrainte essentielle et incontournable de l’équilibre budgétaire que ces mêmes politiciens peuvent se poser en marchands d’illusions auprès de leur clientèle électorale étant nécessairement plus préoccupés dans un tel système par leur réélection que par l’intérêt public.

À l’instar de l’école Autrichienne d’économie, nous contestons le monopole étatique de la monnaie et des banques centrales et préconisons une abrogation des lois illégitimes imposant la monnaie légale (legal tender laws) une monnaie à cours forcé et sans aucune valeur intrinsèque, c’est-à-dire non couverte par un actif réel comme l’or métallique. Nous affirmons que toute monnaie émise sans contrepartie productive (fiat currency) et utilisée par coercition n’est pas – par définition – une vraie monnaie mais un suppôt de confiscation qui à terme est vouée à s’effondrer sur elle-même. C’est aussi l’instrument suprême du contrôle et de la manipulation qui conduit invariablement à la suppression progressive des libertés individuelles, à des prélèvements et impôts toujours plus exorbitants pour payer les intérêts d’une dette irremboursable et l’instauration lente mais certaine d’une gouvernance collectiviste et orwellienne au garde à vous d’un droit international toujours plus invasif et sans légitimité (les budgets quasi illimités du renseignement notamment américain sont financés par l’inflation monétaire, la monétisation de la dette et ce faisant échappent à tout contrôle populaire).

Les évolutions liberticides comme l’échange automatique d’information fiscales au nom d’une  « transparence » de façade, la chasse aux sorcières des fonds non déclarés et la surveillance digitale de masse ne sont qu’un hors d’œuvre. Selon l’ancien employé du renseignement américain Edward Snowden la « NSA a construit une infrastructure qui lui permet d’intercepter presque tout, ils sont résolus à connaître chaque conversation et chaque type de comportement dans le monde. La NSA dira que… à cause de la crise, des dangers auxquels nous devons faire face dans le monde, d’une nouvelle menace imprévisible elle a besoin de plus de pouvoirs, et à ce moment-là personne ne pourra rien faire pour s’y opposer. Et ce sera une tyrannie clé-en-main. »

L’émission de fausse monnaie (politiquement correct lire « assouplissement quantitatif ») via les banques centrales et les réserves fractionnaires des banques commerciales a été dénoncée par l’économiste Maurice Allais comme des pratiques allant à l’encontre de l’intérêt public et bien d’autres avant lui notamment le brillant théoricien économique et monétaire Ludwig Von Mises. Malheureusement l’histoire ne cesse de se répéter, les Français en ont fait l’amère expérience avec John Law, « Conseiller économique » du régent, le Duc Philippe d’Orléans. Law introduit en 1716 le papier-monnaie qui était au début couvert par les dépôts métalliques puis massivement émis au-delà de l’encaisse par la suite et ruina le peuple – ce qui en fit le personnage le plus haï de France après sa fuite en Italie.

Le système identique de papier-monnaie que nous subissons aujourd’hui s’est complètement internationalisé suite à la création de la Fed en 1913, pierre angulaire du système monétaire actuel. Le dollar américain s’est totalement affranchi d’une couverture métallique or depuis 1971 suite à la décision du président américain Nixon. Par sa suprématie illégitime et son privilège exorbitant, le dollar américain tient maintenant captif l’ensemble des pays du monde, l’araignée ayant tissé sa toile avec plus de 1000 sites militaires répartis dans le monde exerçant pressions et opérations clandestines en tout genre. Divers procédés notamment la monétisation de la dette, la liquidation forcée de l’or par le FMI (le Pr Antal Fekete décrit cette organisation comme en réalité le rabatteur des États-Unis dans son livre Le retour au standard or) et le monopole du dollar dans les échanges de matières premières permettent à ce système de confisquer de la valeur à très grande échelle, de maintenir artificiellement à flot les États-Unis, un État depuis longtemps en faillite et d’empêcher les autres pays d’exercer leurs droits souverains1.

Pourtant dans un marché libre, ce sont les agents économiques, les utilisateurs qui doivent déterminer eux-mêmes ce qui a valeur de monnaie. Depuis la nuit des temps, les hommes ont choisi comme monnaie l’or et l’argent métal ; ce choix n’est pas anodin : l’or présente toute les caractéristiques d’une monnaie idéale car comme le disait Aristote il est durable, portable, rare, divisible et reconnu universellement comme ayant de la valeur. L’injection de fausse monnaie et les réserves fractionnaires des banques commerciales expliquent l’augmentation continue et spectaculaire depuis les années 70 du prix de l’once d’or passant de $35 en 1971 à $1300 en 2014 – l’or étant le révélateur d’inflation monétaire par excellence – et ce malgré toutes les manipulations des banques centrales, la Fed principalement pour maintenir son cours le plus bas possible (seul moyen d’apporter un semblant de crédibilité à la monnaie discrétionnaire que sont aujourd’hui toutes les devises mondiales).

La démonétisation de l’or a été possible parce ce que le public est maintenu dans l’obscurité sur les principes de la monnaie tant au niveau académique que médiatique. Beaucoup d’économistes refusent de se poser les bonnes questions, bon nombre d’entre eux ont vendu leur intégrité et vivent de mandats gouvernementaux confortables – donc n’ont aucune motivation de préconiser des mesures qui vont à l’encontre des intérêts de ceux qui les emploient. L’inflation monétaire a par ailleurs été progressive et dissimulée (effet Cantillon). Le débat est constamment orienté sur les symptômes des problèmes économiques, de la finance – une soi-disant dérégulation des marchés et d’un libéralisme outrancier – plutôt que sur la cause primordiale : la monnaie inflationnaire et monopolistique. La diabolisation de la déflation par les banques centrales, l’establishment et les médias (pourtant une correction naturelle et nécessaire d’un excès de monnaie en circulation) un objectif d’inflation de quelques points et l’obsession d’un injustifiable contrôle des prix (politiquement correct lire « stabilité des prix ») relayés inlassablement dans les médias par les banques centrales et les pseudo experts et économistes sont ni plus ni moins les leviers et paravents qui permettent de maintenir ce système de fausse monnaie et d’argent dette, de spéculation généralisée et de manipulations encore à flots. Mais pour combien de temps encore ?

À ce stade nous anticipons une brutale correction de l’or à la hausse lors de la prochaine crise de la dette, de l’éclatement de la bulle spéculative des produits dérivés et du crédit dette qui sont repartis de plus belle depuis 2008, confirmant son statut de monnaie universelle et intemporelle. Seuls les détenteurs d’actifs réels (immobilier, foncier et métaux précieux) seront en mesure de préserver leur capital d’un effondrement du marché obligataire et finalement d’un krach monétaire. La base de l’or négative (backwardation) c’est-à-dire un prix supérieur au comptant du prix à terme est un signe que très bientôt il ne sera tout simplement plus possible d’acquérir de l’or avec de la monnaie papier ou scripturale car celles-ci auront atteint leur valeur intrinsèque c’est-à-dire zéro et que de facto il n’y aura plus de vendeurs d’or physique sur le marché.

Dans ce contexte, nous préconisons une sortie de la France de la zone euro, seule à même de préserver les intérêts, la prospérité résiduelle et future du pays. Mais certainement pas pour retourner à un franc français manipulé par les autorités sur le modèle antérieur à l’euro et procéder à une dévaluation comme le préconisent beaucoup. Cela ne ferait que poursuivre la spoliation à grande échelle qui a déjà été opérée depuis un siècle avec ce système de création monétaire ex-nihilo et inflationnaire, source de tous les déséquilibres économiques et financiers2.

Une réforme monétaire saine et honnête dans le strict intérêt du public impliquerait :

  1. Briser le monopole étatique de la monnaie (la concurrence monétaire tout comme économique est absolument indispensable pour préserver les libertés individuelles).
  2. Abroger de la monnaie légale (legal tender laws) et restaurer la liberté de choix de la monnaie (comme tout produit ou service dans un marché libre, la ou les bonnes monnaies qui ont gagné la confiance des utilisateurs chassent les mauvaises).
  3. Fin du monopole de la dette (compétition entre les bons du trésor et l’or métallique).
  4. L’état organiserait le retour à un franc or (couverture à 100% des dépôts).
  5. Ce franc or serait mis en place en parallèle avec l’euro (si vraiment l’euro est une monnaie digne de confiance elle devrait subsister, libre à ceux qui veulent continuer à l’utiliser).
  6. Le rôle de l’État serait confiné au contrôle de la qualité de l’or (poids et pureté) et la fabrication de monnaie fiduciaire (pièces) à des fonderies privées (garantir l’approvisionnement, la qualité et empêcher toute forme de manipulation monopolistique).
  7. Supprimer la banque de France car elle n’a plus aucune utilité dans un système d’étalon or et dans un contexte de concurrence monétaire (la création des banques centrales est d’ailleurs assez récente, c’est une invention de l’élite bancaire pour s’octroyer le privilège exorbitant de l’émission monétaire et mettre en place un  système de fiat currency3).
  8. Les banques organiseraient comme par le passé le stockage et l’émission de billets strictement gagés sur l’encaisse d’or métallique.
  9. Il y aurait une séparation entre banques de prêts et banques de dépôts.
  10. Il y aurait deux solutions pour se débarrasser de la dette : soit un défaut de paiement ou une annulation pure et simple. En effet, nous n’envisageons pas un seul instant le remboursement d’une dette publique ou privée qui par définition repose sur des prémices frauduleux, sur une création monétaire illégitime (réserves fractionnaires des banques commerciales et création ex-nihilo de la BCE).

Seul un retour à une couverture d’or métallique à 100%, le respect du droit de propriété, des lois contractuelles et la fin des réserves fractionnaires sont à même de relancer l’économie de manière durable, de préserver les épargnants et leur permettre de constituer un capital et d’éradiquer l’argent dette une fois pour toutes. Cela empêcherait toute intervention étatique débridée et le développement de l’inflation monétaire, mère de toutes les récessions, dépressions et bulles spéculatives.

À suivre : « Comment sortir de la prison institutionnelle ? » Dans cet article nous traiterons du deuxième boulet : le Système de Gouvernance.


Sur le web

  1. Voir le TF Metal Report du 12 mai 2014 et son update qui suspectent la Banque Nationale Suisse (BNS) d’avoir vendu son or en septembre 2011 pour soutenir le dollar américain, imposer son taux plancher avec l’euro et forcer le cours du métal jaune à la baisse.
  2. Voir les effets dévastateurs et pervers de l’inflation dans notre article ultérieur  (expansion artificielle de la masse monétaire en circulation au bénéfice de privilégiés).
  3. Voir « Les Secrets de la Réserve Fédérale » de Eustace Mullins.