Grèves SNCF : au moins 4 milliards d’euros de coûts en 10 jours

L’étude la plus poussée chiffre à 3-400 millions € de coûts chaque jour de grève dans les transports collectifs. Cette estimation est encore sensiblement conservatrice.

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Caricature Grèves SNCF (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints, licence Creative Commons)

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Grèves SNCF : au moins 4 milliards d’euros de coûts en 10 jours

Publié le 21 juin 2014
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Par le professeur Frédéric Gonand (*)
Tribune parue initialement dans L’Opinion & Trop Libre.

img contrepoints417 grève sncf

Alors que l’activité économique est au point mort, la grève dans les transports publics ferroviaires se prolonge. Il est possible d’évaluer quelques ordres de grandeur de ses effets économiques. Sans surprise, ils sont assez importants dans la mesure où une grève des transports publics affecte un grand nombre de secteurs d’activité.

La première méthode d’évaluation consiste à estimer l’effet d’une grève sur le PIB (produit intérieur brut) de la France. L’Insee a estimé que les grèves massives dans les transports de 1995, qui avaient concerné 16 jours normalement ouvrés, ont pesé sur la croissance trimestrielle du 4ème trimestre 1995 à hauteur de -0,2 % à -0,3 % de PIB. Il est donc possible de considérer qu’une semaine de grève dans les transports publics fait perdre approximativement 0,1% de croissance de PIB sur le trimestre concerné. Cela dit, le PIB ne constitue qu’une mesure imparfaite des coûts socio-économiques d’une grève. Par exemple, il compte positivement le surplus de dépenses de consommation de carburants automobiles – surplus de dépenses qui augmente le PIB pendant la période de grève mais certainement pas le bien-être.

Une autre méthode de calcul de l’effet économique des grèves conduit à évaluer les coûts liés notamment à la perte de temps associée à l’allongement des temps de déplacement (qui se répercute sur le temps de travail soit sous forme de retard à l’arrivée ou de départ anticipé du bureau) et au surcoût de transport lié à l’usage de moyens de transport de substitution (voiture particulière au lieu des transports en commun). Ce type de travail nécessite d’évaluer d’assez nombreux paramètres techniques. L’enquête de référence en la matière est celle de J.-P. Coindet relative aux grandes grèves de 1995 en France, parue en octobre 1998 dans le Journal of transportation and statistics. Il est possible, à partir de ces données, de considérer qu’une journée de grève dans les transports publics en France métropolitaine coûterait environ 300 millions d’euros à 400 millions d’euros par jour de grève en lien avec les deux facteurs évoqués. Ce coût est nettement plus élevé que la seule perte d’exploitation enregistrée par les entreprises publiques de transport durant la période de grève.

Ces évaluations sont prudentes. Elles ne tiennent pas compte par exemple de l’effet de fragilisation des PME induite par la grève dans les transports – PME qui ne parviennent plus toujours à livrer leurs marchandises alors que leur trésorerie est généralement déjà tendue. De surcroît, l’image de la France à l’étranger et son attractivité pour les investisseurs peuvent être altérées par les grèves dans les transports.

Pour mémoire, le système ferroviaire dans sa globalité n’est à ce jour pas entièrement financé. Il dégage une perte annuelle communément évaluée à près de 2 milliards d’euros par an – un chiffre qui pourrait être revu à la baisse si les agents de la SNCF et leurs familles payaient les billets de train au même prix que les autres citoyens.

(*) Frédéric Gonand est professeur d’économie associé à l’Université Paris-Dauphine

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  • A quand la liquidation de la SNCF ? (avec récupération des « bons » élements 🙂 ? )

  • « Grèves dans les transports »…rails! Route j en ai vu et vu aussi ce camion fracassé lors de son enlèvement par un amx30 ou ce chauffeur SPL avec un manhurin f1 357 magnum sous le nez l invitant a quitter son camion. ..pas le même tarif que vous soyez privé ou public.
    Requisition en cas de grève ou faire appel a du personnel de l armée pour remplacer le gréviste et bien sur licenciement d icelui sans aucunes indemnités.

  • Frédéric, permettez-moi de contester votre argumentation :
    1. Mr Pepy (l’amant de feu Richard Descoing) chiffre les pertes de la SNCF à 300M€ qui pourraient être réduits si le salaire des grévistes n’est pas versé … mais c’est une autre question !
    2. Pour l’essentiel les retards des travailleurs pèseront sur la fatigue plutôt que sur les résultats des entreprises qui les emploient car la flexibilité de ces dernières permet d’absorber de tels chocs
    (vous voyez que l’entrainement qu’elles ont subi a du bon).
    3. concernant les difficultés induites par certaines PME, remarquez que
    a) là aussi l’entrainement joue et
    b) elles ont depuis longtemps abandonné les services de la SNCF.

    • Subject: Le monde merveilleux du comité d’entreprise des cheminots
      Détournements de subventions, abus de confiance, favoritisme, fausses factures, opacité : bienvenue dans le monde merveilleux du comité d’entreprise des cheminots.
      La SNCF est noyautée par la CGT
      A la SNCF, la CGT se porte bien, merci pour elle. Doté d’une subvention de 93 millions d’euros par an (pour 155 000 salariés), le comité d’entreprise de l’établissement public ne connaît pas la crise. Cette manne est versée par la SNCF à ses 27 comités d’établissements (CE), qui restituent 33% de cette dotation au tout-puissant Comité central d’entreprise (CCE). Les comités d’établissement correspondent aux régions SNCF et à ses directions centrales. Sur ces 27 CE, 25 sont dirigés par la CGT ! L’expression « place forte » ou « bastion imprenable » pour exprimer l’emprise du syndicat sur la SNCF n’est en rien exagérée… Les comités sont gérés dans la plus grande opacité par la CGT, qui n’oublie pas de s’arroser copieusement au passage. Et, quand un individu un peu trop regardant entend tirer au clair certaines affaires, on lui réplique que « ce n’est pas le moment de parler de ça » ou on le sermonne sur le mode « camarade, ce sont des enjeux qui te dépassent. »

      • Zelectron, je connais bien le monde que décrit votre commentaire.
        Je rajouterai un point (que j’ai développé ailleurs) :
        Dans le commentaire ci-dessus, j’écrivais
        « si le salaire des grévistes n’est pas versé … mais c’est une autre question ! » car en effet, la Cgt a une technique qui favorise la « combativité des troupes »; elle se résume à « reprise du travail contre paiement des jours de grève » et j’ai parié que ça allait marcher.
        Aujourd’hui j’en suis moins sûr car de nombreux dépôts ont voté la reprise (dont Toulouse et Nîmes qui sont très combatifs); il sera donc difficile aux Parisiens (les débutants) de faire jouer cette règle.
        Affaire à suivre.
        Salut, zelectron.

        • René, c’est vrai vous avez raison la CGT risque pour cette fois d’être gros-jean comme devant et je n’en pleurerais pas
          En aparté le CE d’EDF-GDF est aussi le fromage de ces gens là, à leur profit quasi-exclusif: ceux qui ont leur carte et les autres …

  • Il faut compter aussi le geste commercial que la sncf va faire en juillet envers ses usagers (lol) qui détiennent un abonnements. Je ne sais plus à combien de dizaines de millions d’euros cela représente mais c’est aussi le contribuable (relol) qui va éponger l’ardoise

  • J’en ai lu des articles qui disaient des conneries depuis le début de la grève, mais celui-ci décroche largement la palme d’or. Déjà, se baser sur une grève d’il y a presque 20 ans pour analyser celle de ces jours-ci c’est du grand n’importe quoi, surtout qu’à l’époque, rien ne roulait du tout, et seule la sncf avait le marché ferroviaire à l’époque. Le contexte était complètement différent, et lui ne devait pas être encore pseudo-prof. Il ferait mieux d’avancer des chiffres au niveau circulation des trains marchandise (que ce soit pour la sncf, euro-cargo ou autre) avant d’affirmer quel impact il y a pu avoir et là il se rendrait vite compte des cracks qu’il peut raconter. Après, vouloir chiffrer une grève au sein de l’entreprise en ne comptant que la perte sèche est une chose facile, car si ce type, comme la plupart des moutons qui gobent ce que disent les journalistes arrêtait de penser que les grévistes sont payés les jours de grève, il ferait vite son calcul d’économiste pour se rendre compte que cela ne coûte pas si cher à l’entreprise. Et dans ce cas-là tant bien ce serait de la perte sèche, crois-moi qu’avec la loi qui vient de passer, la productivité que va faire la SNCF va rembourser cette perte en quelques mois, si ce n’est en quelques semaines. Je ne vais pas commenter le dernier paragraphe de cet article, car là aussi il n’y a d’analyse que la haine que ressent ce type pour la SNCF car probablement le jour où il a pondu cet article, il a cru bon prendre le train et arriver en retard, et c’est tout ce qu’il a trouvé pour se venger. Avec ce genre de prof, on sait pourquoi notre pays va droit dans le mur avec nos économistes de demain. Ah, j’ai oublié de dire: concernant l’image de la France à l’étranger et son attractivité pour les investisseurs peuvent être altérées par les grèves dans les transports, il ferait mieux de se pencher sur la médiatisation qui a été faite, et non sur le fond de cette grève dont il ne doit même pas en connaitre une phrase

    • A quand l’abrogation du statut « ad vital aeternam » des personnels de la SNCF y compris héréditaire et la division par deux de ses effectifs ? le monopole du rail a assez duré (ainsi que l’interdiction du cabotage des autocars privés)

      • si tu divises par deux le personnel sncf va y avoir un sacré problème vu qu’avec seulement 12% en moins c’est le bordel ! renseignes toi mieux pour les privilèges des agents sncf ! ce n’est pas une monarchie qui se file un héritage de père en fils ! et à part ça tu penses quoi des avantages des gens qui bossent dans le privé ? vrai treizième mois, vraie prime d’interressement, voiture de fonction, et gna gna gna ?

  • Pour compléter le commentaire de Noodles, et en réponse à ceci : « un chiffre qui pourrait être revu à la baisse si les agents de la SNCF et leurs familles payaient les billets de train au même prix que les autres citoyens. »

    Cher monsieur, sachez que cela est déjà le cas !!! Car si vous vous seriez un temps soit peu renseigné avant de pondre votre article à 2 balles, on vous aurez dit qu’il existe a ce jour un carte de réduction qui donne 90% de réduction sur les billets régionaux, soit le même taux que pour les familles de cheminots. Ces personnes qui possèdent cette carte ont en plus de nombreux autres avantages (caf, anpe, impôts 0€, etc…) alors que moi je bosse mais je n’ai droit à rien. Et au final je m’en tire moins bien et pleure en fin de mois.

    Vous parlez des familles de cheminots, mais vous oubliez tout les politiques et leur entourage qui bénéficie de la gratuité en 1ere classe, des amis des dirigeants de la sncf, etc…

    Qu’ils commencent par s’enlever tous leurs avantages qu’ils arrêtent leur magouilles, et que les français arrêtent de voter pour des voleurs (voir juppe condamné puis revenir tout sourire) et des gens le voient comme président.

    Et apres vous osez faire la morale aux cheminots ? Messieurs les professeurs faites le ménage devant votre porte avant de nous critiquer.

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