Sujet corrigé du bac de philo 2013 : « Que devons-nous à l’État ? »

Publié Par Damien Theillier, le dans École & éducation

Damien Theillier, professeur de Philosophie et président de l’Institut Coppet propose aux lecteurs de Contrepoints un corrigé de l’épreuve du bac de Philosophie de la série ES : « Que devons-nous à l’État ? »

Par Damien Theillier.

L’État a-t-il des droits et avons-nous des devoirs envers lui ? Tel est le sens de la question qui nous est posée dans le sujet : Que devons-nous à l’État ? Car si, par hypothèse, nous avons des devoirs vis-à-vis de lui, c’est qu’il nous offre quelque chose et que par un juste retour des choses, nous aurions des obligations morales à son égard.  Si l’État nous protège, par exemple, nous lui devons en retour obéissance. « Protecto ergo obligo », je protège donc j’oblige, tel serait le cogito de l’État. Si l’État construit des infrastructures, des routes, des ponts, des feux de signalisations, des services de police, de secours et de défense nationale, nous lui sommes redevables moralement. Sans lui, pas de développement économique et culturel. À l’inverse, il faut immédiatement remarquer ce paradoxe que l’État serait bien incapable de faire tout cela sans le travail et l’épargne des citoyens eux-mêmes, en particulier des plus productifs. Car l’État ne produit pas de richesse, il dépense. Tout cela est payé avec l’argent des contribuables. Dès lors, n’est-ce pas l’État qui nous doit tout ? Le problème qui se pose est d’abord de savoir quelle est la nature de notre relation à l’État.  De même que nous avons une dette envers nos parents, avons-nous également une dette envers l’État, qui justifierait que nous lui donnions une part de nous-mêmes, de notre liberté, de nos moyens d’existence ? D’où la nécessité de nous poser la question suivante : que faut-il attendre de l’État ? C’est seulement à condition de préciser la nature de la relation qui nous lie à l’État, que nous serons en mesure de déterminer ce qu’on lui doit.

1° L’État est garant de la solidarité entre les générations : nous lui devons notre vie sociale et une obéissance inconditionnelle

Nous avons une dette envers les autres, car nous leur devons une part de nos capacités et de notre bien-être. Parents, professeurs, artisans, inventeurs, écrivains, savants, etc., sans eux nous serions impuissants. « L’homme proprement dit n’existe pas, écrivait Auguste Comte, il ne peut exister que l’Humanité, puisque tout notre développement est dû à la société sous quelque rapport qu’on l’envisage » (Discours sur l’esprit positif, 1842). Selon Comte, la société est un grand tout dont les parties sont liées par une solidarité organique. Par rapport à cette totalité sociale organique, l’individu n’est qu’une abstraction qui cependant lui doit tout aux deux sens de l’expression — il reçoit d’elle tout son être et il a l’obligation de s’y dévouer totalement : « Le positivisme n’admet jamais que des devoirs, chez tous envers tous. Car son point de vue toujours social ne peut comporter aucune notion de droit, constamment fondée sur l’individualité. Nous naissons chargés d’obligations de toute espèce, envers nos prédécesseurs, nos successeurs, et nos contemporains. Elles ne font ensuite que se développer ou s’accumuler avant que nous puissions rendre aucun service. » (Catéchisme positiviste, 1852).

Chaque homme doit donc « payer sa dette » par solidarité envers la société. La solidarité n’est pas seulement un droit, elle est un devoir auquel l’État doit obliger légalement chacun à contribuer.  « L’homme vivant dans la société, et ne pouvant vivre sans elle, est à toute heure un débiteur envers elle. Là est la base de ses devoirs, la charge de sa liberté ». (Léon Bourgeois, Solidarité,  1896).

Ainsi, pour Hegel, l’État est la plus haute réalisation de l’idée divine sur terre et le principal moyen utilisé par l’Absolu pour se manifester dans l’histoire. Il est la forme suprême de l’existence sociale et le produit final de l’évolution de l’humanité. En effet, l’État hégélien n’est pas un simple pouvoir institutionnel, c’est une réalité spirituelle. Pour Hegel, l’Esprit s’incarne dans l’État, rejoignant ainsi l’idée du « Léviathan » de Hobbes, qui identifie le divin et l’État. « Il faut donc vénérer l’État comme un être divin-terrestre », écrit-il dans les Principes de la philosophie du droit. Dans cette perspective, l’État n’est pas un simple instrument qui permettrait à la société civile de mieux se gérer elle-même, il est ce par quoi l’individu se réalise, moralement et spirituellement.

2° L’État de droit est un État limité, on ne lui doit qu’un respect limité et conditionnel 

Posons-nous la question suivante : L’État est-il une assemblée de citoyens choisis pour s’occuper des affaires communes ou bien une institution séparée et autonome, qui s’élève au-dessus de la population pour la dominer ? Il est certain que l’État peut rendre des services, comme nous prémunir contre certains maux : la violence entre les personnes, l’agression, l’invasion, la prédation. Ce service a un coût et ce coût doit être payé en retour. Telle est l’obligation contractuelle qui nous lie à l’État selon un principe de réciprocité. Mais si l’État devient lui-même prédateur, s’il exploite et violente les libertés individuelles, comme tout acte juridique, le contrat qui nous lie à lui peut et doit être rompu. Comme prestataire de services, il est juste que les individus contribuent à son financement. S’il s’écarte de ce rôle pour devenir prédateur et spoliateur, nous devons nous protéger contre lui et lui refuser toute obéissance.

Ainsi, dit Locke, « l’État, selon mes idées, est une société d’hommes instituée dans la seule vue de l’établissement, de la conservation et de l’avancement de leurs intérêts civils. J’appelle intérêts civils, la vie, la liberté, la santé du corps ; la possession des biens extérieurs, tels que sont l’argent, les terres, les maisons, les meubles, et autres choses de cette nature ». Ainsi l’État ne fonde pas la propriété, il est seulement le détenteur de la force qui est mise en œuvre pour la protéger. La propriété privée est d’après Locke un droit naturel, c’est-à-dire institué non par l’État mais par les individus eux-mêmes, lesquels ont institué l’État et s’y soumettent parce qu’ils attendent de lui qu’il les protège. C’est pourquoi, écrit-il, « le peuple est le juge suprême de la façon dont les gouvernants remplissent leur mission puisqu’il est la personne qui leur a donné le pouvoir et qui garde à ce titre, la faculté de les révoquer ».

Et Locke ajoute : « La loi ne consiste pas tant à limiter un agent libre et intelligent qu’à le guider vers ses propres intérêts, et elle ne prescrit pas au-delà de ce qui conduit au bien général de ceux qui sont assujettis à cette loi. S’ils pouvaient être plus heureux sans elle, la loi s’évanouirait comme une chose inutile ; et ce qui nous empêche seulement de tomber dans les marais et les précipices mérite mal le nom de contrainte » (Traité du gouvernement civil, 1690).

Car l’État n’a que les droits qui correspondent à ses devoirs. Si ses devoirs sont la protection des personnes et des biens des citoyens, il peut employer les moyens propres à l’accomplissement de cette fonction. Mais dès que l’État abuse de sa force et se retourne contre la personne et les biens des citoyens, il devient despotique, dès lors nous ne lui devons plus rien.  D’où le fameux « droit de résistance à l’oppression », proclamé par Locke et invoqué par la Déclaration d’indépendance américaine. Celle-ci pose le principe selon lequel les individus possèdent des « droits inaliénables à la vie, la liberté et la poursuite du bonheur ». Elle garantit le droit à la poursuite du bonheur mais non le bonheur lui-même. Le bonheur relève de notre responsabilité à nous ; tout ce qu’il peut garantir, c’est la liberté de rechercher celui-ci.

3° Ne pas tout attendre de l’État : pour une éthique de la responsabilité

Un État de droit est un État limité qui fait appel à la liberté réfléchie et raisonnable de l’individu et lui fait, en principe, confiance. Dans cette perspective, la relation de l’individu à l’État est à repenser selon une éthique de la responsabilité qui invite chacun à prendre le risque d’assumer ses choix  dans le respect de l’intégrité physique et de la propriété des autres individus. Une éthique qui considère l’État seulement comme un moyen et lui confère des pouvoirs limités et déterminés en vue de la réussite de sa mission, dont le meilleur développement possible des individus est la fin.

Partant de là, Pascal a clairement défini de ce que l’on doit ou non au pouvoir de l’État. Le prince ne doit pas exiger des hommes ce qui ne lui est pas dû, c’est-à-dire l’estime morale et spirituelle, qui n’est due qu’au mérite. L’auteur des Pensées nous rappelle que le pouvoir politique, bien que légitime, ne saurait s’étendre à tous les domaines et doit rester conscient de sa relativité. Le politique est situé dans l’ordre le plus bas qui est celui de la chair. La véritable fin du politique n’est pas d’instaurer la justice parfaite, ni la vérité, ni la charité, qui relèvent d’un autre ordre, mais de garantir la paix civile.

Les hommes, nous dit Pascal, se distinguent entre eux de deux manières : selon les qualités réelles de l’esprit ou du corps (ordre naturel) ; selon l’institution de rangs sociaux, de titres et de préséances (ordre institué). Pascal les nomme « grandeurs naturelles » d’une part, « grandeurs d’établissement » d’autre part.

– Les grandeurs naturelles sont des qualités comme la science, la vertu ou la force. Les respects naturels qui s’y rapportent consistent dans l’estime ;

– Les grandeurs d’établissement dépendent des conventions, elles sont arbitraires et variables : ce sont les dignités attachées au rang ou à la fonction.

La justice consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû. Ainsi il est juste de respecter les grandeurs naturelles, selon leur ordre : en leur accordant l’estime qu’elles méritent. Il est juste également de respecter les secondes, selon leur ordre : en leur accordant la simple « cérémonie extérieure » qu’exige l’ordre social, mais pas plus. Et Pascal de mettre en garde les Princes : « Si vous agissez extérieurement avec les hommes selon votre rang, vous devez reconnaître, par une pensée plus cachée mais plus véritable, que vous n’avez rien naturellement au-dessus d’eux. Si la pensée publique vous élève au-dessus du commun des hommes, que l’autre vous abaisse et vous tienne dans une parfaite égalité avec tous les hommes ; car c’est votre état naturel » (Trois discours sur la condition des grands).

On trouvera chez le philosophe Alain, des formules qui font écho à Pascal : « Lorsque j’obéis, je ne dois plus rien. En quoi l’on dira que je donnerais un mauvais exemple, le peuple n’étant disposé à obéir que s’il respecte. Mais je crois au contraire que c’est un très bon exemple qu’il faut donner, que d’obéir sans adorer ; c’est la République même. Toute tyrannie vient, il me semble, de ce que les hommes ne savent pas obéir sans respecter. Car la nécessité d’un pouvoir qui décide, et ainsi assure l’ordre, n’est pas difficile à comprendre ; mais la plupart de ceux qui ont compris la nécessité de l’obéissance concluent, et très mal, que celui à qui ils obéissent a raison. » (Les Propos, 1er mai 1914).

Conclusion : Si chaque individu est intégralement le produit de la société dans laquelle il apparaît, c’est à la tête pensante de la société, à l’État, qu’il appartient d’assurer la liberté et même le bonheur des individus. Aux individus, il appartient seulement d’être de bons citoyens, respectueux des lois et redevables de tout à l’État. En revanche si l’homme est libre et responsable, il peut rechercher le bonheur selon ses préférences. Il s’engage à ne pas porter atteinte à l’espace d’autonomie des autres et en retour ils doivent tenir le même engagement auprès de lui. Nous devons alors à l’État l’obéissance pour son rôle d’arbitre dans les conflits et de garant du bon respect des contrats. Mais n’attendons pas de l’État ce qu’il ne peut nous donner : le bonheur, la vérité, l’amour, l’estime.

  1. La première partie développe l’idée que l’homme doit tout à la société car tout son être est le fruit de l’évolution de la société humaine.
    Mais l’état n’est pas toute la société ; seulement une partie, un instrument au service de la société humaine. Ainsi, c’est plutôt l’état qui doit protection et justice à l’homme, lequel ne lui doit que le paiement de ses services. On peut penser aussi que l’homme doit le respect à l’état et à ceux qui représentent l’état mais le respect, ça se mérite. Si l’état – à travers lui, les hommes qui travaillent pour assurer les fonctions de l’état – assume correctement ses missions fondamentales, alors il obtiendra naturellement le respect de ses citoyens.

    1. C’est précisément ce que j’ai développé dans la seconde partie. Une bonne dissertation n’est pas unilatérale, elle se doit d’exposer divers points de vue. Question de méthode.

      1. Socialist Vampires Killer

        @ Theillier

        Oui, une disserte doit éviter d’être unilatérale, c’est le but du jeu; et félicitations pour avoir évité le piège d’un libéralisme trop accentué ou mis en évidence dans la conclusion, on ne sent pas trop tes positions politiques, c’est vraiment du bon boulot! J’espère que tu n’y as pas passé toute la nuit, au moins!

        1. Merci Killer, c’est tout à fait ça, tu voisbien la difficulté que comporte un tel exercice, sur un tel sujet. Pas la peine de sortir ses gros sabots avec une pancarte « JE SUIS LIBERAL » ça énerve les gens plus qu’autre chose. Il faut faire en finesse, même si c’est parfois frustrant.

    1. Ayant passé un Bac F3 en 1981, je n’ai jamais eu de cours de philo ni passé d’épreuve de philo car il n’y en avait pas dans les bacs techniques à l’époque.
      Je trouve que la conclusion est juste un résumé et manque de prise de position.
      La dissertation philosophique doit-elle se contenter de retranscrire des idées sans les peser et sans opter pour la thèse ou l’antithèse développées ?

      1. Vous avez raison Philippe, il faut prendre position sans toutefois prétendre apporter une solution définitive et incontestable. Le doute est un aliment de la pensée rationnelle, il ne faut pas l’exclure et tomber dans le dogmatisme. Mais ma conclusion est perfectible, je vous l’accorde.

        1. Je suis d’accord avec Philippe. Mais c’est probablement parce que je n’utilise pas la philo comme au bac. J’ai toujours vu la philo comme un outil : quelques définitions pour savoir de quoi on parle, quelques principes de raisonnements comme la logique pour enchainer correctement ses idées, une méthode pour la présentation. A partir de là, on cherche des réponses.

          Sinon, je suis d’accord que le doute est important. Mais il ne doit pas accompagner le raisonnement. Le doute est l’initiateur, l’aiguillon qui déclenche la question. Doute, question, raisonnement, réponse. L’objectif de la réponse est de lever le doute, pas de se retrouver dans la même purée intellectuelle qu’au début. Qu’on puisse se tromper n’est pas exclut. Mais ne pas prendre position parce qu’il faut laisser une place au doute, non. Revisiter ses positions, les nuancer par des approches nouvelles est nécessaire. Ne pas prendre position, non. J’irai même jusqu’à faire remarquer l’inanité d’un raisonnement sans conclusion, à part dans une commission réunie par un politique et payée avec l’argent gratuit, mais je dévie.

  2. 1/ Un sujet mal posé

    La société humaine à laquelle nous sommes liés, qui s’impose à nous indépendamment de notre volonté et de nos compétences telle une loi physique fondamentale, ne doit pas être confondue avec l’Etat. L’institution étatique n’est pas le pays, ni la nation, encore moins la société humaine. On en veut pour preuve la continuité de la société humaine en France, indépendamment des systèmes et régimes politiques qui s’évanouissent inexorablement dans les oubliettes de l’histoire (Monarchie, République, Empire, Etat français de Pétain, Social-Démocratie obèse actuelle…)

    2/ La solution au sujet correctement posé

    Notre devoir vis-à-vis de la société humaine, d’abord envers notre famille, envers nos parents et nos enfants, est naturellement satisfaite par notre apport intellectuel et industrieux à la collectivité, en rendant service à autrui grâce à notre participation au marché libre. C’est en participant librement au marché que nous remplissons nos obligations envers la collectivité. Travailler librement, véritable expression de la solidarité humaine, est le prix nécessaire et suffisant pour rembourser notre dette à l’humanité. Dès lors, quand bien même serait-elle impérative parce que l’homme est imparfait, on comprend que l’institution étatique est temporaire et accessoire, contrairement à la famille notamment.

    3/ Conclusion

    Parce que l’Etat n’est pas la société, parce qu’il est accessoire, nous ne lui devons rien. Nous ne devons pas le respect à l’Etat ; à lui d’être respectable. Parce qu’il ne dispose d’aucun droit naturel, tout « droit » reconnu à l’Etat qui pèserait sur les citoyens procède nécessairement d’un abus de pouvoir.

    4/ Conséquences

    Pour réduire les risques d’abus de pouvoir, l’Etat doit être réduit et fermement maintenu au plus faible étiage possible. Pour s’en assurer, on doit admettre et défendre que l’institution étatique supporte vis-à-vis des citoyens le devoir impératif de se conformer à la morale humaine, c’est-à-dire le devoir de respecter la vie, la liberté et la propriété privée. C’est à cette condition impérative que l’Etat devient respectable et gagne sa légitimité à disposer du monopole de la violence. S’il déborde de ses obligations régaliennes, l’Etat est nécessairement despotique et immoral. Peu importe le système ou le régime politique de façade, toute institution illibérale, donc immorale, est une institution inhumaine. Dès lors, lutter contre l’institution inhumaine est un impératif catégorique pour l’honnête homme, un devoir moral pour tout citoyen éclairé et éduqué.

    1. @Cavaignac :

      Depuis quand une société humaine nous est imposée indépendamment de notre volonté et est liée à nous ???

      L’être humain dispose du libre arbitre pour information.

      Les USA (mais aussi les huguenots sous louis 14, ou les milliers de français qui quittent la France en ce moment) se sont batis justement sur cet état de fait qu’une société ne s’impose pas à l’individu indépendamment de sa volonté.

      Et c’est pour cela que nous n’avons aucun droit ou devoir envers la société, autre que celui du respect des droits fondamentaux de tous les individus qui la compose.

      Conception de l’état et de la société erronées.

    2. +1

      C’est dommage qu’on voit toujours dans l’état un mal nécessaire (ce qui est déjà très bien).

      Je suppose qu’il importe plus de s’interroger sur la concurrence entre états, régions autonomes, villes libres, ou familles, etc. que de persister dans l’analyse de ce qui définit le « moindre mal » à l’intérieur d’un état.

      On sait que ce sont les échanges entre les hommes et femmes qui les poussent à produire des solutions plus innovantes et civilisées.

  3. Joli! Tu es vraiment un bon prof! Ce sujet est dangereux, car il incite à énumérer ce que nous sommes supposés devoir à l’Etat. Il est dangereux dans les deux sens, que l’on soit complètement étatiste ou anarcho-capitaliste. Il ne faut surtout pas plonger dans la polémique. L’exposé de la problématique en introduction en devient crucial.
    Je doute qu’un élève soit capable en terminale ES d’un tel devoir tout en subtilité. Commencer par exposer les arguments en faveur d’un état absolu, pour s’interroger ensuite avec les contre-arguments est très habile. Je retiens la méthode. Réussir à placer les acteurs économiques dans la copie est génial aussi.
    Tes élèves ont de la chance.

    1. Oui, c’est toute la difficulté. Ne pas tomber dans le pamphlet moralisateur et inquisiteur (les correcteurs détestent) et en même temps sortir des autoroutes de la pensée correcte… Merci Vladimir pour ton com.

    2. Et bien que ce soit dangereux, car pas si simple, il conviendrait de définir l’Etat, avec sa majuscule en France. Et peut-être mettre en avant les deux antagonismes, l’individu projection, ou Etat projection. L’Etat peut être une projection des individus en remplacement d’un Dieu protecteur. C’est la question qu’on voudrait poser à Comte, si l’individu est une projection, alors qu’est l’Etat? S’il est un tout, de quoi est-il la somme?

  4. Il y a vraiment eu ce sujet pour le bac ?
    Et dire que je croyais que l’éducation n’avait pas pour mission d’endoctriner les élèves.

    1. Les complexes, c’était avant.
      Aujourd’hui, l’endoctrinement est parfaitement assumé sans que ca ne gène personne.

      1. Non, on endoctrine que les esprits non lucides, et encore, pas avec un flot de réponses divergentes ❗
        😉

  5. Cet article illustre assez bien la vanité de l’exercice de la dissert de philo : beaucoup de citations, un plan convenu, une conclusion tiède. Même parfaitement exécuté (et je trouve que c’est le cas), ça ne mène à rien. Ce n’est pas de votre faute, mais comme pour répondre à la question il est nécessaire de définir proprement les termes « nous », « devoir » et « Etat », et impossible de le faire, l’exercice est juste débile.
    Essayons quand même

    Examinons la forme. Formellement la question « que devons nous à l’Etat » est posée entre guillemets par une feuille de papier dans le cadre d’un examen organisé par l’Etat auquel les élèves se soumettent contraints et forcés mais dans une apparence de liberté (vous êtes libre de ne pas passer le bac, mais si vous ne le faites pas …). En outre l’examen est organisé dans un principe d’indépendance convenu : l’état proclame lui-même que « le jury est souverain ». L’organisateur de l’examen, qui a fixé toutes les règles, qui a formé puis choisit tous les protagonistes (eux même issus du même examen), proclame que le résultat ne dépend pas de lui. Dès le départ, on est en présence d’une contradiction fondamentale, une injonction paradoxale du type « soit libre », un ordre que l’état donne à la fois au jury et à ceux qui passent l’épreuve.
    Nous sommes au cœur de la folie. Une question de fou, posé par un fou. Un fou dangereux qui a votre destin entre les mains : son appréciation, sous forme de note, conditionnera votre futur.
    Des dizaines de milliers de jeunes, d’enseignant et examniateurs sont convoqués par l’état. Chacun gère cette folie comme il le peut.
    Bien peu verront quel est leur devoir, moins auront une idée de comment le remplir, et bien moins encore auront le courage de le faire sans craindre les réactions du fou, qui peuvent être violente (mais qui ne le sont pas nécessairement non plus : comme tous les fous, il est imprévisible). Leur devoir à l’égard de l’état, mais aussi des autres citoyens.
    Leur devoir n’est pas de répondre aux attente du fou et de faire un gentil « devoir », une gentille « correction ».
    Que devons nous à l’état ? Le soigner, ou le faire soigner. Le rendre moins fou.
    Je ne suis pas psychiatre. Je ne connais pas la nature de cette folie, et encore moins si, et comment, on peut la soigner. Confronter à cette folie, je choisis la simplicité : la vérité.
    L’état est fou, il faut le soigner.
    J’ai fait mon devoir. A vous, jury, de faire le vôtre. Nous ne sommes pas, nous ne sommes plus, dans le cadre d’un examen. L’état exige de vous que vous le soigniez. Et cela passe par l’utilisation effective de la souveraineté dont vous disposez pour sortir du cadre fixé par sa folie, pour le faire sortir de sa folie. Vous devez distinguer mes propos, quelque soit leurs défauts, par une note exceptionnelle, et qui en fera parler.

      1. « droit et devoir », c’est une matière?

        et bien oui! mais avec des S quand même!
        au collège, éducation civique, droits et devoirs……du citoyen!
        Avant même d’être citoyen, c’est-à-dire homme/femme et on a les mêmes droits et devoirs, mais il faut l’oublier! C’est de l’endoctrinement.
        On a vraiment l’impression de vivre en République Socialiste française.
        Là encore c’est A. Comte, l’individu disparaît au profit du citoyen, lui-même instrument de la société.

  6. Le modèle proposé par M.Theillier est celui du professeur, il est bon (forcément); un autre professeur traiterait, sans doute, le sujet différemment; c’est d’ailleurs ce qui ressort des commentaires.
    Ce qui serait intéressant, voire très intéressant: tirer au hasard dix copies des élèves de l’examen et les publier.

    1. Je suis quand même surprise que personne ne mentionne le sujet des S, qui est super choquant : « Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique ».

      Ils instrumentalisent de plus en plus la discipline.

      1. Oui j’avoue que ce sujet-là m’a bien choqué aussi..

        Et jetez un oeil à ceux d’Histoire-Géo c’est pas mal non plus..

    2. Ce serait assez rigolo de faire disserter les correcteurs et de mettre leurs copie dans le tas général des copies.

    1. ah non, je ne suis pas d’accord pour dire qu’on les lui doit.
      Accessoirement la dette publique est au moins de 5 ou 6 milliards une fois inclus le hors bilan, on est donc plus près des 100 000 € que des 26 300

    2. Je ne dois rien à une institution qui a décidé de dépenser de l’argent qu’elle n’avait pas. Et certainement pas de l’argent.
      Après, cette institution a un pouvoir de coercition et peut me prendre de l’argent. Mais je ne lui doit pas et cette « saisie » d’argent est un vol.

  7. Merci Damien pour cette proposition subtile que je partage pour l’exercice (je n’aurais certainement pas fait mieux).

    En même temps, j’aurais tellement aimé lire une proposition qui fasse voler en éclat la pensée unique de l’Etat relayée par ses agents, son éducation nationale (la grande majorité de ses professeurs), ses élites, son bac et sa question manipulatrice du cerveau des lycéens.

    Que devons-nous à l’Etat ?

    L’enjeu n’est pas de répondre à la question (nous lui devons la vie… nous lui devons l’oppression, nous lui devons sa morale…), mais plutôt de débattre de la question elle-même.

    Cette question prend pour acquis la légitimité de l’Etat et ne permet pas d’en discuter.

    Pire que sa légitimité, cette question expose qu’au-delà de l’existence de l’Etat (indiscutable, et surtout incontestable), l’asservissement des individus à l’Etat est acquis : nous lui « devons »… Nous sommes ses larves !

    Cette question nous ferait presque oublier qu’en réalité l’Etat n’est qu’une fiction.

  8. 2bis L’état est une manifestation social du besoin de domination.

    Depuis la nuit des temps des rapports de violence opposent les être humain entre eux. En effet si la plupart de individus vaquent à leur occupation et concentre leur énergie à développer leur propres existence et de celle de leur proche d’autre essais de réaliser leurs objectifs en utilisant l’énergie d’autre individus et ainsi obtenir plus facilement ce qu’il désire ou plus que ce que seul il n’aurait jamais obtenu. . Longtemps ces individus se sont imposer uniquement par la force mais au fur et à mesure que l’homme développait ses capacités intellectuelle certain de ces individus ont comprit qu’ils pouvait obtenir davantage encore créant une « institution », une construction sociale capable de donné un justification « morale » à l’utilisation de la force. L’état était née. En définitive l’état n’est que ce la. Toutes l’énorme machinerie technocratique et institutionnelle ne sers en définitive qu’a camoufler de mieux en mieux, de plus en plus profondément le fait que l’état n’est qu’un moyen de spoliation.

  9. Belle oeuvre de parfait manche à balle, fierté de ses profs !

    En ait, le citoyen ne doit rien du tout à l’Etat, pas plus qu’un locataire à son syndic. Au contraire, l’Etat ne doit jamais perdre de vue que tout ce qu’il entreprend ne l’est que par délégation tacite, et que pas un cent n’y est dépensé qui ne sorte de la poche du contribuable.

    Le citoyen, dont, doit se comporter comme un propriétaire sérieux : éviter de causer des frais inutiles : doubler une année scolaire sans motif sérieux, commettre des faits délictueux, faire des grèves idiotes, oblige l’Etat à dépenser d’avantage, et donc appauvrit les copropriétaires.

    Tout le reste ne sont que fariboles …

  10. Voyant le sujet de l’épreuve, et connaissant l’état d’esprit des jeunes gens d’aujourd’hui – même de bonne volonté, j’étais vraiment inquiet de ce que l’on ait imposé ce piège.
    Très bon corrigé cependant! Réponse parfaitement satisfaisante. Piège évité.

  11. @ Damien Theillier.

    Sujet intéressant.
    Comment définissez-vous l’état, actuellement et pas au sens de Aristote ou Hegel? Une personne morale symbolisant la nation? Une constitution et une hiérarchie qui la fait appliquer? Tout le monde parle d’état qu’il faut renvoyer à ses fonctions régaliennes. D’accord. Mais ce mot n’est jamais définit. Pourriez-vous me donner votre avis?

  12. Bonjour, je voulais savoir si nous pouvions faire un plan plutôt comme cela :
    I/ ce qu’on lui doit (notre bonheur, épanouissement, la sécurité,…)
    II/ ce qu’on lui doit pas (la fiabilité, l’égalité,…)
    III/ c’est plus fort qu’une dette, c’est une fatalité (matrix – la matrice, nous sommes dépendants du système)
    Je vous remercie par avance.

  13. Je sais que c’est un exercice de style, mais je suis en tel désaccord avec le point 1 que je me permets de réagir dessus.

     » L’homme proprement dit n’existe pas, écrivait Auguste Comte »

    Ce raisonnement ne tient pas face à Descartes et son fameux: « je pense donc je suis ».

    « L’homme vivant dans la société, et ne pouvant vivre sans elle, est à toute heure un débiteur envers elle. »

    A partir du moment où l’on considère que l’individu existe, il devient évident que c’est la société qui ne peut exister sans l’individu et non l’inverse. D’autre part, si l’individu est effectivement débiteur de la société, pour tout le côté positif que celle-ci lui a apporté, la société est débiteuse de l’individu pour tout le côté négatif que celle-ci lui a infligé.

    Et c’est pour cela que le principe de solidarité ne peut être appliqué. Car s’il exige que toute dette non contractée doit être payée, ce n’est pas seulement à l’individu de payer sa dette à la société, mais également à la société de payer sa dette à l’individu. Or, si l’on exige l’un sans l’autre, la solidarité n’est plus appliquée.

      1. @ français :

        expliquez nous en quoi l’individu est une abstraction ?

        la société, l’état, l’entreprise, oui, ce sont des abstractions, elles correspondent à des regroupements d’individus, mais l’individu en lui-même ?

        1. En ce qui me concerne, « l’individu est une abstraction » est totalement aberrant, c’est une énormité perverse.
          il me semble, en toute logique, que des individus par besoins de contingence se sont organisés petits à petit de tribus en petite sociétés, puis en grande, puis à l’aide de plus de compétences et de compréhension du monde en société.
          Il me semble que la société ou l’entreprise, en tant que groupements volontaires, ne sont pas des abstractions, mais que l’Etat, en revanche, en est une.
          D’ailleurs, même le droit français ne le qualifie pas en tant qu’entité a un statut, ce n’est pas une personne morale ou quelque chose que l’on peut poursuivre. Seuls ses services ou délégués sont poursuivis.
          C’est quand on veut imposer que l’état précède l’individu que la liberté disparaît.
          et l’individu devient abstraction.
          C’est L’Auguste Comte qui assure cela sans d’ailleurs que sa démonstration ne soit pour moi convaincante ; pervertir la logique semble être un préalable socialiste.

          Du reste, c’est un peu cette logique qui domine dans les lourdes déductions socialistes sociétales comme les stéréotypes genrés, dans lesquels la société(qui n’est pas définie clairement) forme les individus
          et leur impose des codes. Tout cela cache très mal le vide entre les planches; le conformisme et l’uniformisation sont juste là!
          Ou encore les délires de M. Peillon qui veut débarrasser les enfants dès le plus jeune âge de leurs particularités, pour en faire des citoyens modèles.
          C’est reprendre A. Comte et faire disparaître l’individu au profit de la société: « c’est la société qui pense » A.Comte.
          L’individu n’existe pas en tant que tel, mais existe au travers de la société.
          C’est tout ce que je déteste 100% XIXème, industrieux, positiviste et destructeur. (enfin c’est ce que je pense). Par exemple, pour A. Comte, la vie est une notion vide et purement verbale….ça me tue! :-)

          1. C’est même cette aberration qui est à la base de toute la doctrine présentée dans le point 1 et qui finit par conclure que l’Etat « est ce par quoi l’individu se réalise, moralement et spirituellement. »!

            Bref, si l’Etat choisit de trucider l’individu, déjà ce n’est certainement pas grave, puisque l’individu n’existe pas, en plus cela permet à l’individu (qui n’existe pas) de se réaliser, et cela est forcément très moral, et sous l’adhésion totale de tous les dieux de l’Olympe… 

            Il suffit de montrer que cette aberration ne tient pas, et tout le reste s’effondre, devenant immoral au possible…

  14. Très bon travail.

    J’y vois un bémol, une confusion entre l’état et la société qu’il serait possible de développer.

    – l’état n’est pas la société. En effet comment faisaient les anciens alors que l’état n’était autant envahissant qu’aujourd’hui ? Eh, bien, les gens, donc la société, s’organisaient sans l’aide de l’état, et s’entraidaient naturellement. On pourrait ajouter que ces habitudes ont été mises a mal quand l’état est devenu obèse au détriment de la société, rendant délicat, voire empêchant l’aide directe entre personnes.

    – nous ne devons pas tout à l’état, loin de là. Nous devons à ceux qui font des efforts pour s’élever, à ceux qui nous ont appris à réfléchir, nos parents, amis, connaissances. Si cela était possible autrefois sans l’aide de l’état, pourquoi ne serait pas le cas aujourd’hui ? Nous devons à ceux qui font des efforts pour entreprendre, parfois au détriment de leur santé et presque toujours au détriment de leur temps libre, nous procurant ainsi emploi et confort.
    On pourrait donc dire qu’aujourd’hui, l’état nous nuit, et dans ces domaines, nous ne lui devons rien. Nous pourrions devoir à l’état s’il ne faisait pas obstruction dans ces domaines, mais en attendant nous le lui devons rien. Nous devons à la société, et non à l’état.

    – nous devons à l’état pour un service rendu comme la sécurité que l’état nous doit en échange. Et il existe d’autres services (justice, éducation de base, grandes infrastructures …) . mais on peut se poser la question de savoir quels sont les domaines ou l’état est indispensable, et en particulier, le plus efficace pour la société, car nous ne vivons pas dans l’état mais dans une société. Dans bien des domaines, l’état n’est pas le plus efficace. Or, l’état cherche aujourd’hui à se mêler de tout et à se rendre indispensable et cela frise parfois le ridicule. Et se mêler de tout, ce n’est pas être efficace, voire être nuisible à la société. dans ce cadre là, nous ne devons rien à l’état, mais devrons à la société, donc des groupes politiques, qui nous débarrassera de ces excès dans le calme et sans violence. Car rien de solide ne se construit sur la base de la violence.

    Pour le reste, bien entendu, il faut respecter les lois quand elles sont raisonnables…

    Il conviendrait donc de remettre l’état à sa place, un strapontin, et la société à celle qui devrait lui revenir de plein droit.
    Distinguer plus finement état et société. Ce sont des aspects qui pourraient être développés dans l’introduction et au long de la dissertation.

    1. @ MichelC

      « mais on peut se poser la question de savoir quels sont les domaines ou l’état est indispensable »

      Les libéraux ne se la posent pas, ils y répondent: armée, justice et police. Tout le reste est immoral.

  15. Oui une question piège @ shiren et vicelarde
    C’ est quoi l’ Etat dans un pays dictatorial ? , en Suisse ?
    en France les gens ont un droit de vote donc notre Etat actuel existe par la volonté des gens qui ont placé LEURS politiques au pouvoir
    Pour ce qui est des gens qui n’ ont pas voté soit pour ces politiques ou les abstentionistes ou les votes blancs ils sont contraints de toute façon à légitimer cet état au moins pour « gagner leur vie « 

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