Affaire BNP Paribas : la haine de l’Amérique plus forte que celle de la finance ?

L’affaire BNP Paribas a pris une tournure politique. On peut en rire.

Par le Parisien libéral

Obama-Hollande

Rappelons tout d’abord que BNP Paribas est une entreprise non pas française mais européenne. En effet, BNP Paribas n’est pas uniquement une banque opérant en France avec des capitaux français, mais une banque à la fois italienne, belge, luxembourgeoise et française, avec des activités à l’international. Dans l’affaire actuelle qui agite la classe politique, permettons nous de rire ! Oui, il est risible de voir tous ces gens qui vouaient aux gémonies la finance et qui maintenant défendent BNP Paribas, alors qu’ils ne contestent même pas que cette banque fait commerce avec des pays sous embargo…

En effet, rappelons les principaux points de l’affaire BNP Paribas :

  • Un procureur de l’État de New York propose une amende contre BNP Paribas de 10 milliards de dollars, soit près de 10 fois le montant des actifs concernés.

Aussitôt connu le montant de l’amende proposée, les réactions ont commencé à pleuvoir en France, du Front National au Front de Gauche, en passant par le PS et même des centristes d’habitude modérés tel que le blogueur l’Hérétique, sur le mode :

  • Les États-Unis pratiquent une justice extra territoriale,
  • Les États-Unis en veulent à la France et rackettent BNP Paribas,
  • Les États-Unis protègent leurs banques et détruisent l’Europe,
  • BNP Paribas fait partie du patrimoine national,
  • Obama doit faire pression sur la justice américaine.

Ces critiques font rire. Quand les politiciens français font pression sur Crédit Suisse pour que cette dernière adopte la vision française du secret bancaire et de la fraude fiscale, c’est normal. Mais quand la justice US demande à BNP Paribas, une banque active aux États-Unis, de se conformer aux lois américaines, ce n’est pas normal ?

Quant à la demande qu’Obama fasse pression sur la justice américaine, elle est hallucinante.

D’une part, on peut quand même se féliciter du fait que l’exécutif américain et le judiciaire ne fonctionne pas main dans la main, surtout quand, comme nous, on est le ressortissant d’un pays qui a offert les travaux de Montesquieu au monde.

D’autre part, quand la justice française condamne les chefs d’États africains pour des biens mal acquis (avec de l’argent détourné chez eux) grâce à leurs biens immobiliers en France, ce n’est pas une justice extra territoriale menée en toute indépendance du monde politique français ?

Il est donc parfaitement heureux, à ce titre, que non seulement Obama a renvoyé Hollande à ses études mais qu’en plus la justice US ne se laisse pas influencer et propose au contraire d’augmenter le montant de l’amende. On a en effet trop tendance à penser que les pays et leurs administrations (au sens large), c’est la même chose. Pourtant, que penserait-on si un chef d’État africain demandait à Hollande de faire pression sur un juge pour qu’il laisse tomber une enquête ?

Imaginons qu’il y ait vraiment un complot américain pour détruire la finance française. Déjà, Hollande et ses amis de gauche et d’extrême-gauche devraient être contents. Ils avaient promis, un certain jour de 2012, de lutter contre cet ennemi sans visage. Mais surtout, qu’est-ce qui empêche des citoyens européens de porter plainte contre Citigroup, Goldman Sachs ou JP Morgan, si quelques faits peuvent leur être reprochés ? Que ces mêmes citoyens européens n’oublient pas d’inclure Laurent Fabius et François Hollande dans leur plainte car, sauf preuve du contraire, la France soutient les embargos contre Cuba, l’Iran et le Soudan.

Certes, l’affaire BNP Paribas montre que les politiciens des États-Unis jouent le même jeu que la France et les autres pratiquent, à savoir le droit du plus fort visant à étendre sa souveraineté au détriment des autres (voir les réflexions de Charles Gave à ce sujet sur le site de l’Institut des Libertés). Nos voisins et amis suisses s’en étaient déjà rendus compte, et on n’avait pas entendu Fabius ou Hollande défendre UBS, elle aussi menacée de retrait de licence à Wall Street.  Mais la convergence entre  la volonté politique d’un pays démocratique et une décision de justice montre que c’est surtout contre l’étatisme et le capitalisme de connivence, de part et d’autre de l’Atlantique, qu’il faut lutter !

Les choses sont en réalité très simples : une poignée de cadres de BNP Paribas, une banque qui est aussi américaine, ont pratiqué des transactions illégales. BNP Paribas a déjà commencé à prendre des sanctions, et la justice US s’en mêle.

Dès lors, plusieurs attitudes sont possibles : soit on admet que la classe politique française prenne la défense de BNP Paribas, ce qui implique que nous ne croyons pas à l’indépendance de la justice américaine et que nous rejetons aussi les choix diplomatiques de notre pays, la France, soit on laisse la justice américaine faire son boulot.

Mais, en France, manifestement, la haine de l’Amérique semble décidément plus forte que celle de la finance !


Sur le web.