« Jean-Martin Schulzer » ou la consternante para-démocratie européenne

Revenons un peu sur les actuels candidats à la présidence de la Commission Européenne…

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« Jean-Martin Schulzer » ou la consternante para-démocratie européenne

Publié le 13 juin 2014
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Par Alex Korbel

Malte doit être un pays exceptionnellement bien gouverné. Dans le dernier sondage Eurobaromètre, seuls 53% des Maltais affirment qu’ils n’ont pas confiance en leurs partis politiques.

L’aversion des citoyens envers leurs partis politiques est plus élevée partout ailleurs en Europe : 73% en Allemagne, 85% en Grande-Bretagne, 89% en France, 94% en Grèce. La moyenne au sein de l’Union européenne (UE) est de 82%.

Ces chiffres sont alarmants sur ​​l’état de la démocratie en Europe. Dans la même enquête, seuls 26% des européens estiment que l’UE va dans la bonne direction.

Pour la première fois, les partis politiques européens présentent des candidats pour la succession de José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne depuis 2004. Le nouveau chef de l’exécutif de l’UE doit maintenant être élu par le Parlement européen, sur recommandation du Conseil européen, tout en reflétant le résultat des élections européennes. Si cette procédure vous semble para-démocratique, c’est parce que tel est bien le cas.

Selon toute probabilité, seul le Parti populaire européen (PPE), qui réunit la plupart des partis de centre-droit européens, et les Sociaux et Démocrates (S&D), leur équivalent de centre-gauche, ont une chance de voir leur candidat devenir le prochain président de la Commission.

martin-schulz-links-und-jean-claude-juncker

Qui sont donc ces candidats ?

Martin Schulz

Les Sociaux et Démocrates ont désigné le président du Parlement européen, Martin Schulz, comme candidat. Ce député européen allemand doit sa relative célébrité à une insulte de l’ancien premier ministre italien Silvio Berlusconi. Il y a dix ans, il affirmait ainsi qu’il ferait un bon gardien de camp de concentration dans un film. Avant cet incident, seuls les initiés connaissaient le nom de M. Schulz.

Et pour cause. En dehors de ses mandats locaux dans la petite ville de Würselen, la carrière politique de M. Schulz s’est faite au Parlement européen dont il  député depuis 1994, défendant l’intégration européenne et l’euro, en particulier dans son Allemagne natale.

Son goût de l’Union européenne vient de son rejet des politiques économiques libérales. Il a, par exemple, critiqué l’idée d’un accord de libre-échange entre les États-Unis et l’Union européenne en affirmant que cela conduirait à l’affaiblissement de la science et de la culture européennes :

« Il est tout simplement impensable que des géants de l’Internet comme Amazon dictent les goûts mondiaux en terme de lecture. »

Il est peut-être utile de rappeler qu’avant de devenir un professionnel de la politique, Martin Schulz était un petit commerçant du livre.

Jean-Claude Juncker

Le Parti populaire européen a, quant à lui, désigné l’ancien premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker comme candidat au poste de président de la Commission. Ayant perdu son poste l’année dernière après 19 ans à la tête du Luxembourg, M. Juncker a bien besoin d’un nouvel emploi s’il ne veut pas rester chef de l’opposition d’un des plus petits pays d’Europe.

Quand il était encore au pouvoir, M. Juncker était au cœur du dispositif européen. Difficile d’être plus pro-intégrationniste et pro-euro que lui. Lors de la crise des dettes publiques de la zone euro, il dirigeait le groupe des pays membres de la zone monétaire.

Jean-Claude Juncker a également la réputation d’être l’un des leaders politiques les moins honnêtes de sa génération. Sa citation la plus célèbre remonte aux années 1990 : « Nous décidons quelque chose, nous laissons traîner en attendant de voir ce qui se passe. Si personne ne réagit – la plupart des gens ne comprenant pas ce qui a été décidé – nous  continuons étape par étape jusqu’à ce qu’il n’y ait pas de retour possible ».

Tout s’est bien passé pour M. Juncker jusqu’à ce qu’il démissionne suite à une étrange affaire impliquant les services secrets du Luxembourg. Depuis, Jean-Claude Juncker a essayé de trouver un moyen de revenir sur la grande scène européenne. Cela tombe bien : le parti populaire européen n’avait pas vraiment de candidat alternatif.

« Jean-Martin Schulzer »

Les citoyens européens sont donc devant le choix suivant. À leur gauche, le social-démocrate, pro-européen, pro-intégrationniste Martin Schulz. À leur droite, le chrétien-démocrate, pro-européen, pro-intégrationniste Jean-Claude Juncker. Tous deux veulent que l’UE puisse taxer les citoyens européens. Tous deux veulent une armée européenne. Politiquement, économiquement, un rien les sépare.

Peut-être devraient-ils être tous deux présidents ?

Ne souriez pas, ce scenario absurde est possible. Il se pourrait bien que les deux principaux blocs politiques en Europe s’entendent pour partager le pouvoir exécutif. M. Schulz pourrait devenir président de la Commission européenne, laissant à M. Juncker le poste de président du Conseil européen, l’institution regroupant les chefs d’État ​​et de gouvernement des membres de l’UE.

Pour les citoyens européens appelés aux urnes en ce mois de mai, ces manœuvres partisanes ne peuvent qu’augmenter leur défiance envers les institutions européennes, affaiblissant d’autant le capital politique des dirigeants européens.

Une Union européenne en train de perdre la confiance de ses peuples aura du mal à mettre en œuvre les mesures nécessaires à la gestion d’une crise économique et sociale en pleine évolution.

Article initialement paru sur 24HGold.fr

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  • Je pense que les chiffres ne sont pas si mauvais, c’est à dire qu’on peut y voir des opportunités. En l’occurrence le système de la représentation est jugé bon quand les Citoyens se pensent irresponsables. Ici on peut considérer que nous sommes à une courte distance d’un nouveau pas en matière de démocratie, où il n’y aura plus aucune macro-position qui puisse suffire à rassembler une majorité, c’est à dire que les positions seraient suffisamment fines pour qu’elles génèrent un grand nombre de clivages, empêchant à l’avenir toute bipolarité.
    Alors évidemment cela remet en question les organisations hiérarchiques de notre société et ça ne peut pas se faire en un claquement de doigt, et pendant ce temps là les appareils qui sont en place continuent leur travail de sape, mais finalement ça renforcerait plutôt la pertinence de nouvelles dynamiques. Hélas, à côté de ces dynamiques positives il y a aussi des réflexes, notamment identitaires, avec lesquels les Citoyens préfèrent durcir les anciennes postures pour conserver un ordre qui ne garantit même plus aucun ordre dans les faits, durcir le système de la représentation, des partis et de la personnalisation du pouvoir.
    En terme d’anti-libéralisme, je ne suis pas complètement l’actualité des personnes qui se mettent candidates en général, il me semble qu’il se rencontre bien plus sur le territoire des pays qui constituent l’Europe que dans les institutions européennes, mais je me trompe peut-être.

  • Juncker, également auteur du superbe « quand ça devient difficile, il faut mentir »

  • Ciel un homme politique qui avoue qu’il ment ❗
    Mais ou va-t-on ?
    Au moins, comme d’habitude, on peut prendre le contre-pied de ses propos.
    Heureusement, on est sauvés, il reste N-1 politiciens honnêtes … ou pas !

  • A divers degrés, il y a effectivement similitude entre ce qu’on observe en France, dans les pays européens et au niveau des institutions supranationales. Le consensus en faveur d’un collectivisme plus ou moins prononcé atteint l’ensemble des représentations nationales et il n’y a pas d’opposition visible, si ce n’est en GB mais c’est une exception à plus d’un titre. Or, une majorité d’Européens ne veut plus de ce collectivisme. Une majorité d’Européens veut de l’air et demande simplement qu’on lui foute la paix !

    Les politiciens européens feraient bien de s’approprier cette déclaration prémonitoire de Pompidou : « Mais arrêtez donc d’emmerder les Français ! Il y a trop de lois, trop de textes, trop de règlements dans ce pays ! On en crève ! Laissez-les vivre un peu et vous verrez que tout ira mieux ! Foutez-leur la paix ! Il faut libérer ce pays ! »

    L’Europe ne veut plus de ce capitalisme de connivence, dont la caricature apparaît dans la proximité coupable entre les banques et les pouvoirs, dans ces politiques de renforcement de champions nationaux ou européens, dans les montagnes de dettes publiques accumulées en dépit du bon sens ou encore dans ces politiques écologistes insensées. L’Europe ne veut plus de ces modèles sociaux ineptes et corrompus imposés à tous par la force qui nous entraînent collectivement vers la ruine. La défiance envers les partis durera tant qu’il n’y aura pas une offre politique opposée fermement à la logique collectiviste, proposant plus de liberté pour les populations, ce qui implique un recul du pouvoir des politiques, des fonctionnaires et des institutions conniventes.

    Si les démocraties européennes ne se dirigent pas rapidement vers une forme ou une autre d’Etat régalien minimal limitant explicitement, constitutionnellement, les pouvoirs des politiques et des administrations et sanctionnant lourdement les dérives, les abus de pouvoir, elles n’y survivront pas. L’apathie actuelle n’est que temporaire et constitue souvent le signe annonciateur de la révolte.

  • « l’un des leaders politiques les moins honnêtes de sa génération »
    « quand ça devient difficile, il faut mentir »

    Preuve d’une certaine franchise à défaut d’honnêteté ?

  • Les commentaires sont fermés.

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