Les quatre biais de l’électeur : (2) Le biais anti-étrangers

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Au travers d’une série d’articles, voici les quatre biais de l’électeur décrits par l’économiste Bryan Caplan.

Par Emmanuel Bourgerie

mondialisationDans son ouvrage The Myth of the Rational Voter, Bryan Caplan expose quatre biais que l’on retrouve systématiquement chez les électeurs. En tant qu’économiste, il s’est particulièrement attardé sur les points où les économistes et le grand public (et par extension les hommes politiques) sont systématiquement en opposition. Ces biais sont le biais anti-marché, le biais anti-étrangers, le biais pro-emploi et le biais pessimiste.

Je vous fais découvrir ces quatre biais au travers d’un série d’articles. Que vous soyez démocrate convaincu ou sceptique, il est important de combattre ces idées fausses qui nuisent au débat démocratique et poussent les politiques à prendre de mauvaises mesures sous les applaudissements de la population.

Le biais anti-étrangers s’applique tout autant sur la question des immigrés que sur la question du libre-échange.

L’immigration est un sujet sensible – mon article sur l’immigration me l’a prouvé en recevant une tonne de retours négatifs. Les lois anti-immigration violent pourtant les libertés les plus fondamentales de l’individu. Au nom de quoi empêcherait-on quelqu’un de se déplacer, de travailler ou de se loger simplement parce qu’il n’est pas né du bon côté de la frontière ? Du point de vue d’un libéral, n’est-ce pas légèrement contradictoire de s’opposer aux libertés d’un individu parce que notre État-providence est mal ficelé ?

De plus, comme Ben Powell l’explique, les immigrés ne sont pas un poids pour l’économie, ne font pas monter le chômage et ne font pas baisser les salaires des natifs. S’il y a un débat parmi les économistes sur les effets néfastes de l’immigration, c’est sur des questions sociales ou politiques, mais pas économiques.

Sur la question du libre-échange, Paul Krugman a un jour déclenché la colère de ses supporteurs en disant :

S’il devait y avoir un credo parmi les économistes, il contiendrait certainement les affirmations « Je comprends les avantages comparatifs » et « Je soutiens le libre-échange ».

Que sont les avantages comparatifs ? C’est une théorie de Ricardo qui explique que même si votre voisin est plus productif que vous sur tous les domaines, si chacun se spécialise dans ce qu’il fait de mieux alors les deux seront plus productifs et dégageront des ressources pour créer de nouvelles richesses. Les fameux « produits chinois » nous ont permis en réalité d’acquérir toute une série de biens à faible prix et ont donné aux Français un bien plus grand pouvoir d’achat.

Est-ce que pour autant le libre-échange ne signifie pas l’asservissement des pays pauvres ? On serait tenté de le penser au premier abord, mais ce serait fermer les yeux sur la réalité historique du pays. Est-ce qu’avant l’ouverture aux marchés mondiaux la Chine était un pays riche avec des travailleurs heureux, un bon niveau de vie et de bonnes conditions de travail ? Non, absolument pas. C’était un pays dans la misère et la famine. La différence de niveau de vie entre les jeunes générations de Chinois et leurs parents ne laisse aucun doute quant aux bienfaits du libre-échange.

Enfin, l’obsession (française ?) envers la balance commerciale est un autre aspect de ce biais. Comme l’explique Jean-Marc Daniel, un pays qui exporte plus qu’il n’importe est un pays qui préfère l’épargne à la consommation, et un pays qui importe plus qu’il n’exporte est un pays qui préfère la consommation à l’épargne. Ni l’un ni l’autre ne sont mauvais en soi.

Si les Français se tournent plus vers l’épargne, ils arrêteront d’acheter des frigos allemands et leur épargne servira à investir dans les entreprises françaises, ce qui les renforcera dans leur compétitivité à l’export. Quoiqu’il en soit, la balance commerciale entre deux pays n’est autre que le reflet du choix collectif de chaque population. Avoir une balance positive n’est pas une bonne chose en soi, pas plus qu’une balance négative n’est une mauvaise chose en soi.


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Lire aussi : Les quatre biais de l’électeur : (1) Le biais anti-marché