Une mobilité importante des revenus aux États-Unis

Les preuves montrent une mobilité importante des revenus aux États-Unis : 73% des Américains ont été pendant au moins un an dans le top 20% des revenus les plus élevés.

Par Mark J. Perry, depuis les États-Unis.

Dans un article du Sundays’NY Times intitulé « De la misère à la richesse à la misère », Le Professeur Mark Rank de l’Université de Washington souligne le grand nombre d’études sur la mobilité des revenus aux États-Unis. Les preuves empiriques montrant que les Américains montent et descendent dans l’échelle des revenus durant leur vies « jettent un sérieux doute sur la notion d’une structure de classe rigide aux États-Unis basée sur les revenus. »

Par exemple, Rank et son co-auteur Thomas Hirschl de l’Université Cornell ont suivi une cohorte d’adultes Américains âgés entre 25 et 60 ans sur une période de 44 ans pour voir quel pourcentage d’entre eux a atteint un certain niveau de revenus durant leurs vies. Leurs résultats « surprenants » sont disponibles dans le graphique ci-dessous :

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Selon le Professeur Rank :

« Il s’avère que 12% de la population va se trouver dans le 1% des revenus les plus élevés pendant au moins un an. De plus, 39% des américains vont passer un an dans le 5% des revenus les plus élevés, 56% vont se trouver dans le 10%, et un colossal 73% va passer un an dans le 20% des revenus les plus élevés.

Cependant, si beaucoup d’Américains vont atteindre ce niveau de richesse pendant leur vies durant un an, un bien plus petit pourcentage le fera sur une période plus étendue. Bien que 12% de la population va vivre un an pendant laquelle ils seront dans le 1% des revenus les plus élevés, seulement 0,6% le fera 10 années consécutives.

Une des raisons à une telle fluidité dans le haut des revenus, est que, sur des périodes suffisamment longues, la plupart des ménages américains passent à travers de nombreuses expériences économiques, à la fois positives et négatives. Les individus interrogés parlaient de rencontres avec des périodes particulièrement prospères quand ils ont reçu des primes, ou une épouse qui rentre sur le marché du travail, ou un changement d’emploi. Ce genre d’événements peut faire exploser les revenus d’un ménage, au-dessus des niveaux moyens.

Il est évident que l’image de la statistique des 1 et 99% est très largement incorrecte. La majorité des Américains expérimenteront au moins une année d’abondance à un certain moment de leurs carrières professionnelles (C’est également vrai à la fin de la répartition des revenus, où 54% des Américains vont vivre au seuil de pauvreté, ou presque, au moins une fois entre les âges de 25 et 60 ans)

Enfin, cette information suggère que les États-Unis sont effectivement une terre d’opportunité, que le rêve américain est toujours possible – mais que c’est aussi un pays avec une pauvreté généralisée. Et plutôt que d’être un lieu de revenus fixes, basés sur des revenus d’allocations sociales, les États-Unis sont l’endroit où une majorité de la population va vivre soit la pauvreté, soit la richesse, ou les deux, durant leurs vies.

Plutôt que de parler à propos des 1% et des 99% comme s’ils étaient gravés dans le marbre, il serait beaucoup plus intelligent de parler du fait que les Américains sont plus à même d’être exposés à la fois à une grande richesse et à une grande pauvreté pendant leurs vies, et à façonner nos politiques ainsi. De ce fait, nous aurions beaucoup plus en commun les uns les autres que ce que nous voulons reconnaître. »

Merci à Mark Rank d’apporter une attention nécessaire au fait qu’il s’agit d’un mouvement dynamique de haut en bas à travers les déciles des revenus tout au long de la vie des Américains, et contrairement à ce qui est communément admis, les 1%, 5% ou 10% de catégories avec les revenus les plus élevés ne sont pas un groupe fixe et statique, mais fluide. Ce sont des catégories abstraites à la composition en changement perpétuel de différents Américains. Il s’agit d’un point important que Thomas Sowell soulève depuis des années, par exemple avec son éditorial de 2000 intitulé « Sophismes économiques vivaces ».

« Les alarmistes ne parlent pas de vraies personnes faites de chair et d’os. Ils parlent de catégories abstraites comme le haut – ou le bas – des 10% ou 20% des revenus, ou n’importe quel autre pourcentage. Mais ces catégories abstraites ne contiennent pas les mêmes personnes au cours du temps. Derrière les statistiques mises en avant sur les inégalités et les statistiques sur le changement continu dans les revenus personnels se trouve le simple fait que les gens qui débutent leurs carrières sont souvent moins bien payés qu’à un âge plus avancé, après qu’ils aient acquis de l’expérience.

Qui serait surpris de savoir que quelqu’un de 60 ans a plus de revenus que quelqu’un de 30 ? De plus, ce fait était aussi vrai il y a 30 ans, les gens qui ont aujourd’hui 60 an avait juste 30 à l’époque. Mais il ne s’agit pas de catégories différentes de personnes. Ce sont les mêmes personnes à des niveaux différents de leurs vies. Dans certains endroits et à certains moments, il y a eu des catégories entières de personnes qui ont vécu en permanence dans la pauvreté ou dans la richesse. Mais, dans les États-Unis aujourd’hui, le pourcentage d’Américains correspondant à cette description n’atteint même pas 1% de la population. »

C’est une chose que d’être concerné par le sort d’êtres humains, c’en est une autre que de créer des alertes sur des relations statistiques entre des catégories abstraites.

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Sur le web. Traduction : Nicolas B. pour Contrepoints.

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