Est-ce le moment d’emprunter ?

L’endettement doit faire sens aussi bien dans une approche patrimoniale globale que dans ses aspects affectifs.

Par Charles Sannat.

Crédit-et-surendettement

Dans ce billet, je voudrais partager avec vous quelques idées au sujet du crédit et vous glisser au creux de l’oreille que les taux n’ont jamais été aussi bas. Un simple tour sur le site Internet du courtier Cafpi vous apprendra que, pour la première fois, les taux d’emprunt sont même passés sous la barre des 2% pour un crédit immobilier d’une durée de 10 ans. 1,99% pour être précis. Disons-le, ce n’est vraiment « pas cher » pour de l’argent que nous n’avons pas ! Sur 20 ans, il vous en coûtera 2,67% et sur 25 ans 2,87%. Il s’agit-là de taux hors assurance qui, elle, dépend de l’âge et de l’état de santé du « capitaine ».

Alors avec de tels taux, faut-il emprunter ? Est-ce le moment ?

À cette question, je répondrais intuitivement par deux autres questions. Emprunter pour quoi faire ? Acheter de l’immobilier locatif ? Une nouvelle voiture ? Vos prochaines vacances ? Ensuite, pourquoi les taux sont-ils aussi bas et qu’est-ce que cela nous apprend ? C’est cette question d’ailleurs qui me semble la plus importante.

Les taux sont bas depuis le début de la crise, ou plus précisément le début de l’intervention massive des banques centrales qui ont piloté aussi bien des injections massives de monnaie que des taux d’intérêt directeurs désormais proches de zéro à peu près partout dans le monde occidental.

Mais depuis quelques jours, les taux baissent de plus en plus car en réalité les marchés anticipent un risque de déflation et ça, ce n’est pas une bonne nouvelle de façon générale pour l’économie. Alors cela nous amène à une autre question.

Doit-on s’endetter en période de déflation ?

C’est là que la réponse va devenir largement plus compliquée. La déflation c’est la baisse généralisée du niveau des prix. Mais ce que nous vivons pour le moment est ce que j’ai qualifié « d’indéflation », un moment assez inédit dans nos économies où nous avons une coexistence d’un mouvement inflationniste sur certains actifs (la bourse, les obligations par exemple, ou encore les matières premières) et une baisse, donc un mouvement déflationniste, sur d’autres agrégats économiques comme les salaires et les retraites par exemple et c’est encore plus marqué dans les pays du sud de l’Europe comme la Grèce évidemment ou encore le Portugal sans oublier l’Espagne avec 12,5% de baisse moyenne des revenus en 2013.

De façon générale, on s’endette lorsque l’on a de la visibilité, or notre monde économique manque cruellement de visibilité. Difficile avec 6 millions de chômeurs de retrouver facilement du travail si l’on perd le sien. Mais il s’agit là d’une généralité d’ordre général et bien entendu, tout cela dépend de votre savoir-faire, de votre expérience, de votre niveau de revenu, bref… de ce qui caractérise votre situation personnelle.

Logiquement, je conseillerais à ceux qui ont de la visibilité et une certaine sécurité professionnelle de financer effectivement des projets en profitant de ces taux très bas. D’ailleurs, la déflation a cela de « génial » que lorsque l’on a un peu d’argent et que certaines choses baissent comme le prix des voitures, par exemple, de permettre d’acheter dans d’excellentes conditions.

On en revient donc à la question : s’endetter pour quoi faire ?

Étant de la vieille école paysanne, on ne s’endette que pour acheter un « actif ». Je sais que sur ce sujet-là je suis un peu « psycho-rigide » comme dit ma femme, mais le crédit ce n’est pas pour financer les prochaines vacances du mois d’août car le crédit à la consommation peut très vite devenir un piège. Avec les nouvelles lois Alur de Cécile Duflot, je déconseille l’investissement immobilier à vocation de placement locatif car vous pourriez vous retrouver coincés par des systèmes de blocage de loyer et des travaux d’amélioration de l’habitat forts coûteux. Reste donc, en matière d’investissement, l’actif l’immobilier de résidence principal et de résidence secondaire et là il y a des choses à faire.

Pour votre résidence principale, un achat immobilier n’est pas qu’un raisonnement purement financier, c’est aussi un projet de vie, un projet de couple ou familial et les couples et les familles ont besoin de projets partagés ! Donc ceux qui veulent se loger mieux, plus grand ou ce genre de chose peuvent le faire sans hésiter et profiter pleinement de ces taux historiquement bas. Encore une fois, on loge dans sa maison… pas dans son PEA ou son assurance vie.

Autre élément à garder en tête : avoir trop d’économies à la banque par les temps qui courent n’est pas l’idée la plus géniale, donc mieux vaut dépenser votre argent dans un appartement que d’attendre de vous le faire « chyprer » lors de la prochaine crise bancaire. Enfin, même si les créances seront a priori reprises par une autre banque en cas de faillite de votre banque, il n’en demeure pas moins que je préfère devoir de l’argent à la banque (du coup c’est la banque qui a un problème) plutôt que d’être dans une situation où la banque me doit de l’argent (mon épargne déposée) et dans ce cas, c’est moi qui ai un problème !

Revendre de l’immobilier en attendant une baisse éventuelle cela veut dire placer l’argent de la vente… mais où ? Le faire sur un contrat d’assurance vie fonds euros avec tous pleins de dettes d’États tous plus insolvables les uns que les autres pourrait ne pas être l’idée du siècle… En cas de défaut, vous vous retrouveriez sans la valeur « d’usage » de votre résidence principale (à savoir encore une fois que l’on vit dans sa maison, pas dans son assurance vie) et sans l’argent de la vente parti en fumée dans la faillite… bref, vous seriez ruiné !

Pour l’immobilier de résidence secondaire que l’on peut aussi appeler les « bad » pour base autonome durable avec potager, poulailler et… stock de boîtes de conserves (PEBC), vous avez actuellement d’excellentes affaires à réaliser car les prix dans les zones rurales ont considérablement baissé ! Alors trouver une maisonnette de campagnette à 70.000 euros c’est parfaitement possible et 70.000 euros sur 10 ans à 1,99 %… c’est une idée qui doit se travailler en matière patrimoniale et aussi en matière de plaisir. Avant d’être un refuge en cas de problèmes économiques majeurs, votre investissement dans une résidence secondaire sera tout d’’abord une maison de campagne, de vacances et de week-end ! Côté pile, si tout va mieux que bien, vous aurez une maison dont profiter en famille. Côté face, si tout part en vrille économiquement et socialement… vous aurez un lieu ou adopter la stratégie dite du « canard » à savoir « on se planque, on se met à l’abri et on attend que ça passe »…

N’oubliez pas de renégocier tous vos crédits !

C’est une évidence, cela va sans dire… mais qui va mieux encore en le disant ! N’oubliez pas de renégocier vos crédits en cours, cela peut vous faire une substantielle économie surtout si la durée de votre crédit est encore longue (supérieure à 10 ans généralement).

Alors pourquoi s’endetter ?

En réalité, le fond de ma pensée est que plus que jamais il est en fait indispensable de se désendetter de façon générale et d’être le plus autonome possible en anticipant des baisses significatives de vos revenus. Encore une fois, il s’agit là d’une « moyenne », tel ou tel cadre dans telle ou telle entreprise pourra même voir son salaire augmenter surtout s’il est banquier…

La seule dette que je pourrais accepter est celle consistant à se loger car le logement c’est aussi une part importante de votre résilience et de votre résistance à la crise. De la même façon que l’on n’achète pas un truc dont on n’a pas besoin uniquement pour faire une déduction fiscale et payer moins d’impôts, il est inutile de s’endetter sous prétexte que l’argent n’est pas cher… ce n’est pas une bonne raison, ni une raison suffisante.

L’endettement doit faire sens aussi bien dans une approche patrimoniale globale que dans ses aspects affectifs, c’est la raison essentielle pour laquelle ma conclusion est : pas de crédit par les temps qui courent, sauf pour votre résidence principale et/ou une maison à la campagne qui vous servira de refuge.

À mon sens, la meilleure répartition patrimoniale reste sa résidence principale dans une grande ville (cela retrouvera toujours une valeur donc c’est un bon élément de stockage de valeur), puis une maison à la campagne avec poêle à bois, potager et poulailler… et enfin, pour le cash, de l’or et de l’argent métal, en banque vous aurez le minimum nécessaire, minimum qui peut être très élevé dans certaines situations patrimoniales (type contrat d’assurance vie pour réduire les droits de succession en cas d’héritage très conséquent).


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