Pourquoi moi, 22 ans, étudiant en IEP, je veux une Europe libérale

drapeau européen (Crédits : jeunes-europensdotorg vx_lentz, licence Creative Commons)

Réponse à un article d’une jeune étudiante publié dans le Monde qui voit trop de libéralisme dans l’Union européenne.

Par Édouard H.

drapeau européen (Crédits : jeunes-europensdotorg vx_lentz, licence Creative Commons)Anne-Sophie Dupuis, étudiante en L3 économie à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne, a produit un article dans Le Monde intitulé « Pourquoi moi, 20 ans, étudiante en économie, je ne veux pas d’une Europe libérale ». Cet article est rempli de clichés et d’affirmations gratuites. Moi, Édouard, étudiant en M1 Économie et Entreprise à l’IEP de Strasbourg, je suis en parfait désaccord avec l’argumentation développée dans cet article. Je veux d’une Europe libérale.

Le premier point que je veux traiter est le thème récurrent de l’article. Tout au long de celui-ci, l’auteur semble avoir un ennemi juré : les inégalités. Selon l’auteur, les inégalités sont au plus haut : « les inégalités extrêmes de revenus et de patrimoine s’accentuent, se cumulant et se transmettant entre générations ». À aucun endroit de l’article l’auteur ne donne de chiffres ou de sources pour appuyer ce qu’elle avance, ce qui est bien pratique dans la mesure où il est donc impossible de le vérifier. Je pourrais donc simplement répondre que tout cela reste à prouver. Mais je vais concéder ce point : en effet, certaines inégalités ont bel et bien augmenté, mais les causes ne sont pas celles que l’auteur prétend.

Ce n’est pas le libéralisme de laissez-faire qui a produit ces inégalités, mais bien au contraire l’intervention toujours plus importante de l’État dans nos économies. Cette intervention profite en premier lieu à l’élite du monde des entreprises géantes qui ne connait que trop bien le monde politique. Elle se manifeste sous la forme de subventions, de monopoles ou d’oligopoles, de réglementations étouffantes dont le coût croît dégressivement avec la taille et qui créent donc une distorsion de la concurrence en faveur des grandes entreprises, de lois sur la propriété intellectuelle qui protègent les grands groupes contre l’innovation en leur permettant de déclencher des procès douteux pour violation de brevet afin d’écraser leurs petits concurrents sous le coût de leur défense avant la fin du procès… Si je devais faire la liste complète des injustices causées par le capitalisme de connivence, je pourrais écrire un livre. L’auteur dénonce les inégalités entre capital et travail et le pouvoir qu’ont les grandes entreprises en blâmant le capitalisme quand c’est justement l’emprise de l’État sur la société qui favorise ces distorsions massives. Le chômage de masse a de nombreuses causes, parmi lesquelles les lois sur le salaire minimum qui empêchent les personnes à faible productivité d’entrer sur le marché du travail, ou de manière générale les réglementations ultra-rigides des contrats de travail qui protègent les mauvais travailleurs aux dépens des chômeurs qui ne sont pas des fainéants mais des personnes qui aimeraient travailler si seulement on leur en donnait la possibilité.

L’auteur a le mérite de reconnaître cette collusion d’intérêts entre les grands capitalistes et le monde politique en citant l’analyse de Public Choice. Mais elle est bien naïve quand elle pense que l’on pourra lutter contre cela en donnant toujours plus de pouvoir à l’État. Les auteurs du Public Choice eux-mêmes concluent que le problème réside précisément dans le fait qu’il existe une structure qui concentre tant de pouvoir : tant que l’État pourra massivement faire plier l’économie sous sa volonté, il succombera à la tentation d’aider ses amis hauts placés. Les enjeux sont trop importants. L’État est fait d’humains, et cette avidité pour le profit que cette étudiante critique chez les capitalistes, elle semble en faire abstraction chez les bureaucrates. Les fonctionnaires et hommes politiques appartiennent-ils à une autre catégorie supérieure d’êtres humains ? Si on en croit la rétrospective sur l’actualité des 50 dernières années, il y a de bonnes raisons d’en douter. L’actualité récente ne me démentira pas.

Bref, l’État est un outil de domination que les capitalistes ont su, comme d’autres, manipuler à leur profit. Ce piètre état des affaires que l’on connaît n’est pas le résultat d’un capitalisme dérégulé mais bien d’un interventionnisme d’État qui ne paraît avoir aucune limite. Le résultat est une forme corrompue de capitalisme que l’on peut qualifier de « capitalisme de connivence », où les gagnants ne sont pas ceux qui offrent des biens et des services au meilleur rapport qualité/prix mais ceux qui savent jouer de la contrainte étatique à leur profit.

Car où se trouve ce « tournant libéral » quand la dépense publique ne cesse d’augmenter depuis des décennies ? L’auteur ne serait-elle pas en train de confondre les campagnes actuelles de fausse austérité en Europe avec le libéralisme, quand cette austérité ne consiste qu’en des hausses d’impôts et des coupes dans les dépenses publiques au mieux anecdotiques ? Où est ce « capitalisme non régulé », quand les Français vivent sous l’empire de près de onze mille lois – dont certaines dépassent les deux cents pages – et de cent trente mille décrets ? Où est cette « déréglementation du marché du travail » quand le Code du travail comptait quatorze pages en 1911 contre deux mille cinq cents en 2013 ? Cette crise de la dette publique, est-ce aussi une conséquence de l’ultra-libéralisme quand les libéraux sont ses plus ardents opposants ? Où est passé le bon sens de Mlle Dupuis quand une simple analyse des données vient remettre en cause l’ensemble de son argumentation ?

Cette Europe des structures étatiques toutes puissantes, moi, 22 ans, étudiant à l’IEP de Strasbourg, je n’en veux pas. Ces « solutions » que Mlle Dupuis met en avant, à base d’un keynésianisme toujours plus important, d’une redistribution des richesses par l’État, d’un taux d’intérêt plus faible des banques centrales (qui, rappelons-le, est une des sources de la crise de 2008), ces « solutions » ont été constamment essayées depuis des décennies avec les résultats qu’on connaît. Non, la réelle solution ne réside pas en toujours plus de contraintes d’État mais bien au contraire en plus de liberté. Une Europe qui refuserait l’interventionnisme tant militaire à l’étranger qu’économique sur nos propres sols, une Europe tolérante et ouverte sur cette mondialisation qui a sorti des millions de gens de la pauvreté, une Europe de libre-échange et de libre circulation des personnes et des idées c’est la seule réelle alternative aux replis nationalistes que semble décrier l’auteur. Ce sont ces solutions profondément humanistes et résolument libérales que j’appelle de mes vœux.