Européennes 2014 : Tempérons la violence

Européennes (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints, licence Creative Commons)

La violence des résultats aux élections européennes exprime un désamour démocratique. Comment retrouver l'amour de la démocratie ?

Par Sylvain Jutteau.

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En pratique, seuls 11% des Français déclarent qu’ils ont confiance dans les partis politiques (Sondage CEVIPOF, décembre 2013). Aux élections européennes de 2014, la conséquence de ce rejet en bloc des partis et de leur action est violente. Il y a un vote de rage en première position. Face à ce vote : la sidération et l’inaction.

Les faits sont pourtant là. Le temps des bavardages s’achève. L’action est requise.

D’abord, prenons acte de la faillite de confiance des partis. Minorons leur place excessive, comme le font les Suisses depuis le XVe siècle, en introduisant une part de démocratie directe. Ce rééquilibrage sera un bénéfice pour tous. Y compris pour les partis eux-mêmes. Y compris pour trouver sereinement la solution pour l’Europe. Pour une construction de l’Europe conforme aux intérêts de la France, il n’y a rien à craindre de la sagesse du peuple.

En effet, la majorité des Français est attachée à l’Euro. La majorité des Français est favorable à une armée européenne. Ces positions sont contraires à celles du parti vainqueur des élections européennes de 2014. Le vote européen était donc bien un vote de rage, et non un vote d’adhésion sur leur programme, au demeurant méconnu. Ce vote confirme la tension et le désamour manifeste contre la sphère politique, qui est accusée de surdité, de laxisme sécuritaire, et d’incompétence économique.

Pour réchauffer l’amour entre les Français et la politique, et tempérer les votes motivés par la rage, soumettons au référendum des points fondamentaux, en donnant une année pour débattre de ces sujets en toute sérénité.

Après le choc des européennes, reprenons en mains la chose publique. Cultivons la foi en l’avenir. Nous avons tant besoin d’espérance. Nous devons d’abord retrouver la paix en France et sur les sujets français pour reparler d’Europe une fois la tempête calmée.

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Sur la base de simples constats, proposons des questions référendaires pour remédier aux problèmes soulevés. Par des chemins simples, allons à la source des inquiétudes. Regardez par exemple un formulaire de déclaration de revenus : la France est devenue une usine à gaz fiscale. Regardez l’empilement territorial des administrations : communes, organisations intercommunales, métropoles, départements, régions, État. La France est devenue un mille-feuille administratif que l’on bricole sans plan d’ensemble. Regardez le nombre de lignes sur un bulletin de paie : la France est devenue un labyrinthe bureaucratique. Le bulletin de paie français est tellement compliqué qu’une loi du 22 mars 2012 a prévu de masquer les calculs et les lignes. Cacher plutôt que soigner !

En France, le droit de travailler, le droit d’enseigner, le droit à l’assurance santé, le droit d’entreprendre, le droit au logement, le droit à l’information, etc, sont englués dans le système bureaucratique. Pour fuir cette déraison et ses conséquences économiques, 23% des étudiants des grandes écoles veulent en priorité trouver un travail à l’étranger, et 68% se déclarent « ouverts à cette idée ». D’ailleurs, il y a déjà 150.000 Français au Québec, et 300.000 Français au Royaume-Uni. Le nombre de Français demandant la naturalisation belge a doublé en un an.

Le mal est connu. Mais le remède tarde. Où est la solution ? Comment retrouver ces droits qui nous ont été arrachés sous prétexte de donner la priorité à la contrainte légale sur la responsabilité personnelle ? Pourtant, n’est-ce pas la responsabilité personnelle qui fait la dignité de l’Homme ? Le cri poussé lors des élections européennes n’est-il pas « rendez-moi ma dignité » ? « Redonnez-moi le pouvoir que vous m’avez pris, vous, les bureaucrates et les politiques avec vos petits arrangements » ?

Dans son livre Que Faire ?, Lénine écrivait en 1907 : « Pas de révolution sans bain de sang ». En pratique, et pour éviter le bain de sang révolutionnaire, ces droits de base peuvent être rétablis par la voie référendaire. Comme indiqué plus haut, la Suisse utilise la démocratie directe depuis le XVe siècle. Elle connait la paix et la prospérité, malgré une géographie difficile et la pauvreté de ses ressources naturelles. Nous pouvons écouter la sagesse de nos voisins. C’est possible. C’est souhaitable.

Le référendum peut réhabiliter la France et lui offrir le chemin de l’apaisement. Nous verrons dans un article publié demain sur Contrepoints comment cela est possible à travers une première série de douze questions référendaires.

(À suivre)