Obama, président le moins dépensier du dernier demi siècle ?

La présidence de Barack Obama a-t-elle été dépensière ou économe ? Le bilan mérite d’être nuancé.

Par Dan Mitchell, depuis les États-Unis.

Il y a deux ans, le journaliste de MarketWatch Rex Nutting a déclenché une polémique en déclarant, après avoir analysé les dépenses publiques, que Barack Obama était le président le plus conservateur fiscalement (fiscally conservative) depuis au moins 1980.

J’ai analysé les données et j’y ai trouvé quelques erreurs comme l’omission de l’inflation mais ses conclusions tenaient à peu près la route.

Croissance des dépenses publiques américaines

Comme vous pouvez le voir de ces chiffres datant de 2012, si l’on regarde la croissance des dépenses publiques hors inflation, Barack Obama est le 3e président le plus économe.

Croissance des Dépenses courantesdu budget fédéral américain

Quand on regarde les dépenses hors charge de la dette (dépenses primaires), il passe même en tête du classement. Et l’indicateur fait sens, puisqu’il parait difficile d’attribuer à un président la charge de la dette accumulée par ses prédécesseurs.

Cela veut-il dire que Barack Obama est un conservateur qui ne s’assume pas, comme mon vieil ami Bruce Bartlett l’écrit ?

Pas vraiment en fait ? Quelques jours après ce billet initial, j’ai poussé plus loin l’analyse, avec quelques calculs supplémentaires. On y voit bien que Barack Obama est en fait simplement l’heureux bénéficiaire du mode de calcul des dépenses publiques, en particulier de la façon dont sont comptabilisés les bail-outs.

Il s’avère que la soi-disant frugalité de Barack Obama est surtout le résultat de la façon dont les bail-outs sont mesurés dans le budget fédéral. En termes simples, le soutien aux banques a poussé à la hausse les dépenses de la dernière année de l’administration Bush, tandis que les remboursements qui sont arrivés ensuite ont réduit artificiellement (dépense négative) les dépenses publiques des années suivantes.

Pour pallier ce problème, j’ai enlevé l’impact du Trouble Asset Relief Program (TARP), de l’assurance des dépôts et autres dépenses liées aux bail-outs, en partant du principe que ces éléments ponctuels faussent le véritable bilan des diverses administrations.

Dépenses courantes (hors bailout)

Cela m’a permis de construire un nouveau tableau (ci-dessus) des dépenses hors charge de la dette et hors bail-outs. Vu sous cet angle, le bilan de Barack Obama est loin d’être flatteur : au lieu d’être le plus économe des présidents, il devient le deuxième plus dépensier, battu uniquement par Lyndon Baines Johnson.

Cela explique pourquoi je l’accusais en 2012 d’être un président dépensier, exactement comme son prédécesseur. Toutefois, l’analyse que j’avais faite il y a deux ans ne couvrait que les 3 premières années fiscales de son mandat.

pres-spending-2013-primary-minus-bailouts

J’ai donc mis à jour les chiffres l’an dernier, pour obtenir son bilan sur ses cinq premières années. Son bilan s’améliore nettement puisque, de la 2e plus mauvaise place du classement, il remonte dans la moyenne, toujours en regardant la croissance annuelle des dépenses hors charge de la dette.

Est-ce à dire que Barack Obama s’est converti au conservatisme fiscal ? C’est une question d’opinion et, pour ce que ça vaut, je pense que son idéologie n’a pas évolué mais que le Tea Party et le blocage budgétaire sont la cause de cette amélioration.

Mais je me fiche de qui est responsable, tant que la dépense publique ne croît plus aussi vite.

Dépenses totales

J’ai enfin pu mettre à jour les chiffres avec l’année fiscale 2014. Sur les 5 premières années de la présidence Obama, il devient le plus économe si l’on regarde les dépenses totales (y compris charge de la dette). Une fois l’inflation déduite, on voit que la dépense publique n’a pas du tout augmenté. Un résultat remarquable.

Si l’on met de côté la charge de la dette, le tableau est même encore meilleur puisque la dépense a légèrement baissé :

Dépenses courantes (hors bailout) 2014

Il y a eu une légère baisse de la pression fiscale fédérale pendant les années Obama. Cela ne veut pas nécessairement dire que c’est Obama qui en mérite le crédit. Il est possible que la récente réduction de la dépense publique soit la conséquence des débats au Congrès.

En particulier, j’ai répété que la séquestration (NdT : coupes automatiques dans les dépenses pour ne pas dépasser un plafond fixe) était une grande victoire sur les intérêts particuliers. Et Barack Obama s’est opposé avec force à ces réductions budgétaires automatiques.

N’oublions toutefois pas que les dépenses de bail-out peuvent masquer la véritable évolution des dépenses. Regardons donc pour la fin les chiffres qui sont les plus importants :

Dépenses courantes (hors bailout) 2 2014

Voici la croissance des dépenses publiques, ajustées de l’inflation et hors bail-outs.

Comme vous pouvez le voir, Barack Obama perd la première place et prend la 3e place, une amélioration par rapport aux années précédentes et un meilleur classement que tous les républicains excepté Ronald Reagan. Étant donné que tous ces autres républicains étaient étatistes, cela ne surprendra personne, mais souligne que les étiquettes politiques ne veulent pas dire grand chose.

Mes amis républicains en seront sûrement irrités, je vais donc compléter cette analyse avec des derniers chiffres qui leur plairont davantage : si, en plus de l’inflation et des bail-outs on retire les dépenses militaires, donc que l’on ne regarde que les dépenses purement domestiques, on arrive au classement suivant :
Dépenses courantes (hors bailout et défense) 2014

Ronald Reagan est de loin le président qui a su le mieux maîtriser les dépenses publiques, en particulier sociales. Bill Clinton arrive en seconde position, ce qui souligne que les Démocrates peuvent eux aussi arriver à de bons résultats. À l’inverse, Richard Nixon, au bas du classement, montre que les Républicains aussi peuvent arriver à des résultats catastrophiques.

Barack Obama, lui, se retrouve dans le ventre mou du classement. Un résultat sûrement décevant pour celui qui voulait être un président de transformation, poussant l’Amérique à gauche, de la même manière que Ronald Reagan avait poussé l’Amérique à droite.

À la place, les deux principaux résultats de Barack Obama seront probablement une réforme ratée de la santé et un prix d’homme de l’année décerné par le parti libertarien pour avoir fait avancer la cause… libertarienne !


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