Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu : les recettes du succès

Affiche de Qu'est ce qu'on a fait au bon Dieu (Tous droits réservés)

Après 5 semaines d’exploitation, « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? » a déjà réuni 8 millions de spectateurs en France. Cela en fait-il un bon film ?

Après 5 semaines d’exploitation, Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? a déjà réuni 8 millions de spectateurs en France.

Par Victoria Melville.

474265Le film de Philippe de Chauveron, Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu ?, partait sur le marché avec une idée assez risquée, à l’heure du politiquement correct érigé en principe cinématographique. Les Verneuil, Christian Clavier et Chantal Lauby, sont un couple de grands bourgeois provinciaux vivant dans une splendide maison de maître à Chinon. Leurs quatre filles ont quitté le nid pour s’installer en région parisienne où les trois premières sont mariées au début du film, l’une à un algérien musulman, la seconde à un juif séfarade, la troisième à un chinois. Clairement déçus de ne pas avoir pu célébrer les mariages de leurs filles dans le cadre traditionnel de leur famille, c’est-à-dire à l’église et dans la discrétion, ils placent tous leurs espoirs dans la petite dernière qui leur annonce enfin s’être trouvé un fiancé catholique au joli petit nom de Charles. Le rêve prend fin pour les Verneuil lorsqu’ils s’aperçoivent que le fiancé est ivoirien.

Un film avant tout amusant

quest-ce-quon-a-fait-au-bon-dieu_5128891J’avoue avoir quelque peu traîné les pieds pour aller voir le film. Une énième palanquée de bons sentiments sur l’amitié entre les peuples ne me disait rien. Puis le nombre d’entrées grossissant, et certaines critiques défavorables m’amusant un peu, j’ai franchi le pas. Bien m’en a pris.

La première remarque à formuler ici est que ce film est drôle, véritablement et sincèrement drôle. On y rit de bon cœur et du début à la fin, parce que les particularismes régionaux ont toujours constitué une source d’humour efficace et que rien ne pourra jamais faire qu’il en soit autrement. Il est inutile de taxer les spectateurs de racistes, parce que ce qui est différent est comique et il vaudra toujours mieux que ce soit comique que tragique. On rigole aussi parce que les situations sont cocasses et parce que les personnages ne sont pas outrés, contrairement à ce qu’on aurait pu s’imaginer en voyant débarquer Christian Clavier sur un thème pareil. La caricature est très subtile, les traits sont à peine appuyés, le film bien écrit et les acteurs excellents, si bien que le réalisme est très fort.

Contrairement à ce qu’on aurait pu attendre sur un sujet pareil, point de leçon de morale ici. Le film n’entend pas « faire évoluer les mentalités », bien au contraire. Loin de prendre le spectateur à rebrousse-poil et de produire ce que Christian Clavier aurait pu qualifier de film « intellichiant », on a simplement ici un panorama de situations qui s’expliquent par des cultures et des histoires différentes sans porter de jugement sur les réactions des uns et des autres. Ce qui fait rire de si bon cœur est simplement la bienveillance portée sur des personnages dont ma foi, les réactions sont loin d’être étonnantes.

Un film populaire

quest-ce-quon-a-fait-au-bon-dieu_5128890La seconde remarque a trait au plan de communication au moment de la sortie du film. Mentionnons-le parce que les critiques négatives le font fréquemment et que ce n’est pas un point de détail. Ce film n’a connu aucune promotion préalable à la sortie. Les journalistes n’ont été invités à aucune projection de presse, ce qui les a empêchés de déverser leur fiel avant que les premiers spectateurs n’aient pu effectuer le travail prévu par la production : le bouche à oreille. La date de sortie du film a été minutieusement prévue, entre les vacances scolaires et les ponts du mois de mai, qui s’apparentent davantage à des viaducs cette année ; c’était la période idéale pour une comédie familiale. Le succès de ce film est avant tout populaire. Ce film n’était pas destiné aux critiques mais bien aux spectateurs, contrairement à la majeure partie du cinéma français. Pour s’en convaincre, il suffit d’entrer dans une salle aujourd’hui, 5 semaines après la sortie : c’est encore plein et tout le monde se marre.

On comprend facilement que la gauche antiraciste n’ait guère apprécié cette production française. Évidemment, tout cela n’est pas sérieux. Pas de sermon, pas de leçon. Comment peut-on prendre le problème du racisme en France de manière aussi détendue ? Finalement, le point de vue n’est pas si anodin que cela parce qu’en un peu plus d’une heure et demi, le film affirme que le racisme n’est finalement peut-être pas vraiment un problème en France, qu’il n’existe peut-être pas vraiment plus qu’ailleurs et que bien que les Français soient assez ronchons par moments, ils sont aussi capables de régler bien des différends par une bonne assiette et une bonne bouteille. On admettra que ce point puisse être contestable. En tout état de cause, il est fortement contesté par une certaine presse qu’on ne prend pas grand plaisir à lire.

On a donc ici un film sans grande prétention apparente mais certainement pas sans talent qui réussit le pari de traiter par-dessus la jambe et pour le plus grand bonheur des spectateurs des questions que d’aucuns considèrent comme extrêmement graves.

Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, comédie de Philippe de Chauveron, sortie le 16 avril 2014, avec Christian Clavier, Chantal Lauby, 1h37mn.