Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu : les recettes du succès

Après 5 semaines d’exploitation, « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? » a déjà réuni 8 millions de spectateurs en France. Cela en fait-il un bon film ?

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Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu : les recettes du succès

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 25 mai 2014
- A +

Après 5 semaines d’exploitation, Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? a déjà réuni 8 millions de spectateurs en France.

Par Victoria Melville.

474265Le film de Philippe de Chauveron, Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu ?, partait sur le marché avec une idée assez risquée, à l’heure du politiquement correct érigé en principe cinématographique. Les Verneuil, Christian Clavier et Chantal Lauby, sont un couple de grands bourgeois provinciaux vivant dans une splendide maison de maître à Chinon. Leurs quatre filles ont quitté le nid pour s’installer en région parisienne où les trois premières sont mariées au début du film, l’une à un algérien musulman, la seconde à un juif séfarade, la troisième à un chinois. Clairement déçus de ne pas avoir pu célébrer les mariages de leurs filles dans le cadre traditionnel de leur famille, c’est-à-dire à l’église et dans la discrétion, ils placent tous leurs espoirs dans la petite dernière qui leur annonce enfin s’être trouvé un fiancé catholique au joli petit nom de Charles. Le rêve prend fin pour les Verneuil lorsqu’ils s’aperçoivent que le fiancé est ivoirien.

Un film avant tout amusant

quest-ce-quon-a-fait-au-bon-dieu_5128891J’avoue avoir quelque peu traîné les pieds pour aller voir le film. Une énième palanquée de bons sentiments sur l’amitié entre les peuples ne me disait rien. Puis le nombre d’entrées grossissant, et certaines critiques défavorables m’amusant un peu, j’ai franchi le pas. Bien m’en a pris.

La première remarque à formuler ici est que ce film est drôle, véritablement et sincèrement drôle. On y rit de bon cœur et du début à la fin, parce que les particularismes régionaux ont toujours constitué une source d’humour efficace et que rien ne pourra jamais faire qu’il en soit autrement. Il est inutile de taxer les spectateurs de racistes, parce que ce qui est différent est comique et il vaudra toujours mieux que ce soit comique que tragique. On rigole aussi parce que les situations sont cocasses et parce que les personnages ne sont pas outrés, contrairement à ce qu’on aurait pu s’imaginer en voyant débarquer Christian Clavier sur un thème pareil. La caricature est très subtile, les traits sont à peine appuyés, le film bien écrit et les acteurs excellents, si bien que le réalisme est très fort.

Contrairement à ce qu’on aurait pu attendre sur un sujet pareil, point de leçon de morale ici. Le film n’entend pas « faire évoluer les mentalités », bien au contraire. Loin de prendre le spectateur à rebrousse-poil et de produire ce que Christian Clavier aurait pu qualifier de film « intellichiant », on a simplement ici un panorama de situations qui s’expliquent par des cultures et des histoires différentes sans porter de jugement sur les réactions des uns et des autres. Ce qui fait rire de si bon cœur est simplement la bienveillance portée sur des personnages dont ma foi, les réactions sont loin d’être étonnantes.

Un film populaire

quest-ce-quon-a-fait-au-bon-dieu_5128890La seconde remarque a trait au plan de communication au moment de la sortie du film. Mentionnons-le parce que les critiques négatives le font fréquemment et que ce n’est pas un point de détail. Ce film n’a connu aucune promotion préalable à la sortie. Les journalistes n’ont été invités à aucune projection de presse, ce qui les a empêchés de déverser leur fiel avant que les premiers spectateurs n’aient pu effectuer le travail prévu par la production : le bouche à oreille. La date de sortie du film a été minutieusement prévue, entre les vacances scolaires et les ponts du mois de mai, qui s’apparentent davantage à des viaducs cette année ; c’était la période idéale pour une comédie familiale. Le succès de ce film est avant tout populaire. Ce film n’était pas destiné aux critiques mais bien aux spectateurs, contrairement à la majeure partie du cinéma français. Pour s’en convaincre, il suffit d’entrer dans une salle aujourd’hui, 5 semaines après la sortie : c’est encore plein et tout le monde se marre.

On comprend facilement que la gauche antiraciste n’ait guère apprécié cette production française. Évidemment, tout cela n’est pas sérieux. Pas de sermon, pas de leçon. Comment peut-on prendre le problème du racisme en France de manière aussi détendue ? Finalement, le point de vue n’est pas si anodin que cela parce qu’en un peu plus d’une heure et demi, le film affirme que le racisme n’est finalement peut-être pas vraiment un problème en France, qu’il n’existe peut-être pas vraiment plus qu’ailleurs et que bien que les Français soient assez ronchons par moments, ils sont aussi capables de régler bien des différends par une bonne assiette et une bonne bouteille. On admettra que ce point puisse être contestable. En tout état de cause, il est fortement contesté par une certaine presse qu’on ne prend pas grand plaisir à lire.

On a donc ici un film sans grande prétention apparente mais certainement pas sans talent qui réussit le pari de traiter par-dessus la jambe et pour le plus grand bonheur des spectateurs des questions que d’aucuns considèrent comme extrêmement graves.

Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, comédie de Philippe de Chauveron, sortie le 16 avril 2014, avec Christian Clavier, Chantal Lauby, 1h37mn.

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  • Ce film est une comédie dont le principal intérêt est montrer que les préjugés ne sont pas l’apanage des français blancs et catholiques.
    C’est me semble-t-il ce qui explique son succès populaire et les pincements de nez de la gauche « intello » qui assène un discours inverse depuis des lustres.
    Ceci mis à part, la caricature n’est pas loin, je ne pense pas que les bourgeois cathos coincés représentent aujourd’hui la frange « raciste » en France mais le vrai tabou serait de montrer que ce sont les « petits blancs athées »qui ne se sentent plus chez eux.

  • Moi je suis allé la première semaine sans grande prétention non plus, et j’ai adoré, car oui c’est populaire et ça va contre les idées « bienpensante » d’une partie de la classe politique.
    et pour finir, au moins on peut rire de tout !

  • J’ai bien aimé et bien rit, tout ce que j’attendais de ce film. C’est ce que je me fais comme idée d’un film « populaire », comme Populaire d’ailleurs!
    Merci pour ce billet 🙂

  • on se marre et en plus, c’est quelque part une ode à la famille : cela fait du bien !

  • les français ont aussi aimé le diner de cons , camping , les ch’tis .. ils adorent voir sur l’écran leur beaufitude cela leur permet d’oublier leur servitude , ils ont sans doute moins d’aptitude pour chanter du gospel !

  • Tous mes chefs d’oeuvre du cinéma sont des films sans prétention – sauf peut etre Brazil, terry Gilliam.

    « point de leçon de morale ici. Le film n’entend pas « faire évoluer les mentalités », bien au contraire. »

    Ca semble être un prérequis presque; rien de plus efficace que de ne pas avoir de prétentions, si tant que que de ne pas en avoir n’en soit pas déjà une!… les films a prétention pédagogique se vautrent dans la lourdeur : lourdeur de l’intention, lourdeur du moyen pédagogique, et ne dénoncent finalement que la caricature de leur propos.

  • Le truc c’est que ce films est clairement anti-racistes en réalité : à chaque fois que les personnages ont des attitudes racistes (ou xénophobes) ils sont clairement ridiculisé.

    Seulement pour l’anti-racisme officiel il semble parfois que le comble du racisme soit la blague potache et déplacée prononcée devant la machine à café.

  • J’ai bien aimé le film, que j’ai vu deux fois, et beaucoup ri. Comme l’a dit récemment son réalisateur, le fait d’avoir été critiqué aussi bien par la gauche bien-pensante que par l’extrême droite, montre bien que le film n’est ni un brûlot antiraciste politiquement correct, ni une façon de faire passer en douce un certain racisme. C’est d’abord une très bonne comédie faite pour se marrer, ensuite, elle touche mine de rien à des choses qui nous remuent en profondeur, tous autant que nous sommes. Mais le rire d’abord.
    Il y a tout de même une chose qui me gêne, pas dans le film mais dans la postpromo médiatique générée par son succès : sur les plateaux télés ou dans la presse, on ne voit et ne parle jamais de Pascal N’zonzi !!! C’est tout de même lui qui porte avec Clavier la dernière partie du film et il est très bon en plus. Alors qu’est-ce qui se cache là-dessous, est-il snobé par les médias ou est-ce une discrétion voulue de sa part ?
    Tous les médias qui se sont faits l’écho du passage de l’équipe à Cannes ont répété à l’envie que « tout » le casting était là. « tout » le casting ? Et personne ne fait allusion à l’absence de N’zonzi qui n’a pas un rôle mineur dans cette comédie, contrairement à Salimata Kamate.
    Si quelqu’un a des infos sur l’invisibilité médiatique de N’zonzi qu’il les partage car je trouve ce boycot (du moins si c’en est un) de plus en plus gênant.

  • C’est le sketch de Murielle Robin transposé au cinéma (Le noir, Felix).

    Les critiques ne sont pas sur l’absence de morale, elles sont bien pire, elles reprochent au film de caricaturer les personnages, le noir est trop noir, tout comme l’asiatique, le séfarade ou l’arabe.
    La bienpensance tend à dire qu’aucune différence n’existe entre les êtres, qu’en présentant un noir trop noir avec de gros yeux blancs (la critique !) c’est fatalement caricatural.

    Tous ces bobos s’inventent un monde à leur image et refusent la réalité, pour ces gens, un noir est une sorte de blanc, un séfarade n’a aucune attache à sa religion ou sa culture sinon vu comme un folklore, un asiatique n’est pas un problème puisque très poli et cultivé, un arabe reste celui que l’on montre en exemple.
    Cette gauche boboisante est une caricature d’elle même, puisque toujours la ou on l’attend, sans surprise, sans saveur, raciste en diable.

  • La comédie de Chauveron. Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? et le mariage mixte contesté de Jérusalem procèdent de la même méprise sociétale. Ces évidences antiracistes masquent des problématiques qui gênent. Dans le film, la fille de famille subit la fatalité d’être la femme. Les prétendants sont toujours des hommes. Il n’y a pas de femmes sur ce marché. Selon Claude Lévi-Strauss, la femme est  » la première monnaie d’échange ». Depuis le néolithique, les tribus échangent leurs jeunes femmes pour assurer la paix tout en diversifiant les patrimoines génétiques. A Jérusalem, même logique mal perçue. Mais à Gaza, comme trop souvent en France, les jeunes musulmanes ont un voile. Comme pour dire :  » Désolée, je suis déjà réservée à ma communauté. » Ces « conquêtes » antiracistes sont un trompe-l’oeil. En bref, un film qui vous fera passer un bon moment, vous fera rire mais à prendre avec du recul.

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