Réglementation européenne : lever le voile sur la labellisation hallal

L’abattage rituel est une boîte de Pandore que personne ne veut vraiment ouvrir.

Par Richard North, depuis Bradford, Royaume Uni.

Guardian-009 Halal
Vers une labellisation de la viande selon la méthode d’abattage (en gras). Les habitudes européennes ont changé – avec le soutien des leaders religieux mais pas de David Cameron – afin d’apporter de la clarté dans l’industrie. Les supermarchés nient les consommateurs sur l’origine de leurs viandes, mais des appels se font entendre pour un étiquetage précis.

 

Au milieu de la controverse sur l’étiquetage de la viande halal, seul The Guardian semble avoir remarqué que « l’Europe » examine s’il convient que la viande soit étiquetée avec des informations sur la façon dont l’animal a été abattu.

L’étiquetage est devenu une question très médiatisée après qu’il a été révélé que Pizza Express, KFC et Subway vendaient de la viande halal sans le dire à leurs clients. Mais l’idée que la viande doit être labellisée de cette manière a été rejetée par les supermarchés, tandis que le Premier ministre a dit à l’industrie de se conformer, en précisant qu’il ordonnera une revue de la question, sauf si l’industrie offre une plus grande transparence.

Ce que personne ne semble avoir réalisé, cependant, est que l’étiquetage des aliments est une compétence exclusive de l’UE, contrôlée par le règlement (UE) n°1169/2011. Et, comme l’explique l’article 50, la Commission européenne a depuis quelque temps planifié une étude « sur l’opportunité de fournir aux consommateurs des informations pertinentes sur la mise à mort des animaux ». Ceci s’inscrit dans « le cadre d’une stratégie de l’Union visant la protection et le bien-être des animaux ».

En mai de l’année dernière, la Commission a reconnu l’existence prochaine d’une « étude » examinant la possibilité d’une « harmonisation de l’étiquetage sur l’abattage des animaux ». Cependant, jusqu’à présent, il n’y a pas eu de rapport publié (voir pages 30-31).

En attendant que la Commission se manifeste, et décide de légiférer, le gouvernement du Royaume-Uni n’est pas en mesure de prendre toute mesure formelle sans l’autorisation explicite de la Commission.

En règle générale, cependant, nous avons des députés conservateurs ignorants, comme Philip Davies, Shipley, Julian Sturdy, York Outer, Philip Hollobone, Kettering, qui appuieront pour un amendement la semaine prochaine, pour les droits des consommateurs appelant à un « étiquetage obligatoire » des viandes afin d’empêcher les citoyens d’involontairement manger casher ou halal.

Un de ces jours, nous pourrions peut-être en arriver au point où les députés commenceront réellement à mériter les salaires et émargements qu’ils touchent, apprendront quelque chose sur la façon dont leur gouvernement fonctionne. De cette façon, ils pourront cesser de passer pour des imbéciles, appelant le Parlement à faire quelque chose qu’il n’a pas le pouvoir de faire.

Quant à l’apparition du rapport de la Commission, sans doute M. Cameron espère-t-il que, au moment où il sera obligé de donner son propre avis – si cela devient nécessaire – la Commission aura déjà fait son rapport. D’ici là, je dois l’imaginer, il devra miser sur le fait que la controverse se calme, ce qui lui permettra de s’en extirper.

L’ironie est que, plus on se penche sur le sujet, plus des anomalies apparaissent, rendant la situation encore pire. Par exemple, alors que le halal est pris en considération, les animaux destinés à la viande kasher sont également tués sans étourdissement, et sa commercialisation pourrait poser quelques problèmes.

Par exemple, pour des raisons religieuses, seulement des quartiers avants de bœuf sont vendus sur le marché kasher. Les hanches et parties arrières sont cédées aux non-juifs pour leur consommation. Ainsi, pendant de nombreuses années, les supermarchés ont vendu des tonnes de steak provenant d’animaux qui ont été tués selon le rite juif, sans bien sûr informer les consommateurs.

L’abattage rituel est donc une boîte de Pandore que personne ne veut vraiment ouvrir. Il y a des problèmes qui ne résistent pas à un examen approfondi. On peut d’ailleurs à présent comprendre pourquoi la Commission est si lente à se signaler, et pourquoi M. Cameron ne tient pas à aller plus vite à l’affrontement.


Sur le web. Traduction : J-Louis pour Contrepoints.