Royaume-Uni : les eurosceptiques sont sous la menace de tout perdre

Drapeaux européens (Crédits TPCOM, licence Creative Commons)

Plus élevés seront les résultats de l’UKIP dans les sondages, plus bas sera le soutien à la sortie de l’Europe pour le référendum annoncé pour 2017.

Par Daniel Hannan, depuis le Royaume-Uni.

David Cameron n’aurait pas pu être plus catégorique : « je ne continuerai pas à être Premier ministre à moins d’avoir la garantie absolue que ce référendum se fera avec le choix entre deux options : dans l’UE / hors de l’Europe », a t-il annoncé dans une conversation téléphonique il y a quinze jours.

Dans les faits, cela revient à faire du référendum sur la sortie de l’UE une condition de la participation du Parti conservateur à toute future coalition. Rien en ce qui concerne la défense, la fiscalité ou le système de vote : juste l’Europe.

Maintenant, vous pourriez répondre en vous bouchant les oreilles et crier « Nah-nah-nah, on ne peut vous entendre ». Ou vous pourriez exprimer le même sentiment de la façon dont les gens un peu plus intelligents le font parfois, en disant : « vous ne pouvez croire le moindre mot prononcé par tout politicien ». Vous pourriez enfin – et je sens que certains de mes commentateurs réguliers ont déjà des démangeaisons rien qu’à y penser – commencer à parler de Cast-Iron Dave (NdT : en référence à la Cast-Iron guarantee déjà donnée par David Cameron sur l’Europe. Voir cet article).

Si vous partez du principe que tout ce qu’un politicien profère est un mensonge, par définition, je ne vais pas parvenir à vous convaincre. Mais je vais vous demander de réfléchir sur les actions, et pas seulement les mots, du Parti conservateur. Chaque député conservateur a voté pour un référendum « in or out » en juillet. Les Travaillistes et les Libéraux Démocrates, après avoir discuté du projet de loi, étaient trop lâches pour voter contre à la Chambre des Communes, et l’ont tué tranquillement à la Chambre des Lords. Mais si un député conservateur a assez d’audace au cours du scrutin du projet de loi à la future initiative parlementaire, celui-ci sera réintroduit et, le cas échéant, soumis à la loi du Parlement.

Le projet de loi précise qui pourra voter (les personnes pouvant voter aux élections générales ainsi que les citoyens de Gibraltar, l’autre territoire britannique dans l’UE), ainsi que la façon dont la question apparaîtra sur le bulletin de vote (« Pensez-vous que le Royaume-Uni doit être membre de l’Union européenne ? »). Encore une fois, si vous êtes inquiets que les résidents de l’UE au Royaume-Uni puissent voter, ou la question puisse être changée, ne vous fiez pas uniquement à cet article et allez directement à la source : vous pouvez lire ici le texte.

Qu’en est-il des accusations de promesse de référendum non tenues dans le passé ? C’est une accusation justifiée envers Gordon Brown, qui s’esquiva sur l’engagement des travaillistes pour un référendum sur le traité de Lisbonne en affirmant qu’un changement de nom aurait été inutile. Elle est également justifiée, avec force, contre Nick Clegg, qui s’est battu aux dernières élections en promettant un sondage in or out, mais qui a depuis remué ciel et terre pour l’empêcher.

Quand il s’agit des conservateurs, cependant, il n’en a pas été ainsi, comme on peut le voir avec la chronologie des événements passés : à l’exception de quelques absents, chaque député conservateur a voté pour un référendum sur le traité de Lisbonne. Lorsque le vote a été perdu, et le traité ratifié, le parti a annoncé qu’il ne demanderait pas un référendum a posteriori sur quelque chose qui avait déjà été adopté.

Cette décision était une erreur terrible, et a sans doute coûté au parti une majorité absolue l’année suivante. Cette décision était inconcevable pour moi, et a motivé ma sortie du PPE. Mais une erreur n’est pas la même chose qu’un mensonge. Un mensonge aurait été de lutter contre l’élection de 2010 en promettant un référendum, puis de revenir sur ses propos plus tard, comme Nick Clegg. C’est précisément parce qu’il ne voulait pas que les gens se sentent trompés que David Cameron a annoncé la nouvelle politique bien avant la campagne électorale.

Je me rends compte que l’idée fausse du contraire est pourtant présente chez beaucoup : que les conservateurs aient promis un référendum à la dernière élection est une idée ancrée profondément dans beaucoup d’esprits. C’est paradoxal que, des trois principaux partis du pays, celui qui est le plus fréquemment accusé de mentir sur un référendum est le seul qui ne l’a pas fait.

Ceci importe, notamment parce que beaucoup de ceux qui s’insurgent d’être privé d’un vote sur l’Europe ne semblent pas particulièrement intéressés de gagner. Et il pourrait être à notre porte très bientôt.

Pourquoi supposer qu’une Coalition réélue attendrait jusqu’en 2017 pour l’organiser ? Si Nick Clegg a accepté un référendum in or out – et il est improbable que le Premier ministre se soit exprimé comme il l’a fait sans l’accord de Clegg – il a probablement insisté pour qu’il soit tenu tôt, afin d’éviter l’impopularité à mi-parcours qui afflige tout gouvernement.

Mon souci est que si la campagne du « Non » est dominée par UKIP et se concentre sur la question de l’immigration, le camp du out perdra. Je ne blâme pas UKIP pour tenter de maximiser ses voix ; mais presque rien de ce que ce parti défend ne séduit les électeurs indécis sur l’adhésion à l’UE. D’où le paradoxe que plusieurs politologues ont observé : plus élevés seront les résultats de l’UKIP dans les sondages, plus bas sera le soutien à la sortie de l’Europe.

L’argument pour la sortie de l’UE doit être porteur d’optimisme, internationaliste. Nous devons expliquer pourquoi l’UE est superflue face à l’avancée technologique, pourquoi cela n’a plus de sens d’être pris au piège dans une union douanière sur le déclin. Ce n’est pas que UKIP se trompe sur l’immigration : de toute évidence, nous n’avons pas besoin de refuser les travailleurs hautement qualifiés provenant de l’extérieur de l’UE et d’accepter automatiquement les immigrants non qualifiés de l’intérieur de l’UE comme nous le faisons aujourd’hui. Mais cela ne peut être le message principal. Nous avons besoin d’une campagne du « Non » qui fasse appel aux électeurs de gauche, de droite et du centre, aux enfants d’immigrés, aux Écossais, aux travailleurs à col blanc du secteur public, aux étudiants. Nous avons besoin d’évoquer la vision d’une Grande-Bretagne à l’envergure mondiale, intéressée et impliquée dans les affaires de tous les continents, y compris en Europe.

Avant tout, nous devons nous assurer que nous obtenons un tel référendum ; et cela signifie de soutenir un parti qui peut le délivrer.


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