Faut-il censurer les propos haineux ou racistes ?

Liberté d’expression (Crédits : Demeure du chaos matttdotorg, licence Creative Commons)

Peut-on encore dire ce qu’on pense ? Oui, mais le marché libre pourrait nous punir.

Par John Stossel.

liberté d'expression

La semaine dernière, quand la NBA a viré l’entraîneur raciste Donald Sterling, certains ont dit : « Mais, et la liberté d’expression ? Peut-on encore dire ce qu’on pense ? » La réponse est : oui, on peut. Mais le marché libre pourrait bien vous punir. En Amérique aujourd’hui, c’est le marché qui pénalise vertement les racistes.

Cette punition n’est pas de la « censure ». La censure est quelque chose que seul un État peut faire. Les écrivains disent souvent que leurs éditeurs les censurent. Mais ce n’est pas de la censure, c’est de l’édition.

Il n’y a pas de problème si la NBA – ou n’importe quelle autre entité privée – souhaite restreindre la liberté de parole sur son propre domaine. Le public des matchs ou les gens qui travaillent pour la NBA consentent préalablement à ces règles. De même, Fox est libre de me virer si ce que je dis ne leur plaît pas. C’est le marché en action, par l’expression des préférences des propriétaires et des clients.

Mais il est crucial que l’État n’ait pas la capacité de nous faire taire. Nous avons beaucoup d’entreprises, d’universités et de clubs sportifs. Si l’un d’eux nous ordonne de « nous taire », nous pouvons toujours aller ailleurs. Par contre il n’y a qu’un seul État, qui peut nous prendre notre argent et nos libertés. Tout ce qu’une entreprise peut, c’est refuser de faire affaire avec moi, ce qui m’oblige à m’adresser à un concurrent. L’État, lui, peut m’interdire de faire affaire avec qui que ce soit.

Bien sûr, l’État n’admet jamais causer du tort. Partout dans le monde, chaque fois qu’un État se met à censurer, il prétend le faire pour protéger le public. Mais en punissant ceux qui critiquent les politiciens, il ne fait que se protéger lui-même.

C’est pour cela que les Pères fondateurs ont donné à l’Amérique le Premier Amendement, une interdiction formelle faite au gouvernement de « restreindre la liberté d’expression ». Mais je me demande si les jeunes avocats d’aujourd’hui approuveraient le Premier Amendement si sa ratification devait avoir lieu de nos jours.

Il y a un nouveau commandement à l’université d’aujourd’hui : « Tu ne feras point de mal aux autres avec des mots. » Les étudiants ont pour ordre de ne pas offenser. À l’Université de Wake Forest, par exemple, les étudiants ne peuvent pas poser d’affiche ou de messages pouvant être jugés « raciste, sexiste, obscène ou injurieux ».

L’objectif poursuivi est noble : maintenir un environnement plus agréable. Mais qui décide la limite de « dommage » qu’il est permis d’infliger ? Récemment, un enseignant de second cycle en Caroline du Nord a été condamné à suivre une formation à la sensibilité après avoir expliqué à ses élèves le sens du mot « niggardly » (NdT: ce terme peut se comparer à l’expression « faire son Juif »). Quand le pouvoir de censure est dans les mains des gens les plus facilement offensés, il devient sans limite.

Il y a quelques années, j’ai demandé aux élèves de Droit à l’Université de Seton Hall s’il devrait y avoir des limitations imposées au Premier Amendement. Beaucoup préconisèrent d’exclure de sa protection les « propos haineux ».

« Il n’y a aucune valeur dans la parole de haine » m’a dit un futur avocat. « Nous devons réglementer le fait de brûler les drapeaux, et les blasphèmes » m’a dit un autre. Un élève voulait interdire aux entreprises toute expression politique, et un autre trouvait acceptable de mettre en prison ceux qui produisent des vidéos de scènes de chasse.

C’est seulement après avoir sorti une copie de la Constitution et y avoir ajouté leurs « exceptions » que l’un d’eux s’est exclamé : « On est allé trop loin ! »

Alors, est-ce que la liberté d’expression nous condamne à devoir subir les propos haineux dans la sphère publique ? Non. Je les combattrai en les dénonçant publiquement, en argumentant contre, en boycottant celui qui s’y adonne. C’est ce que les employés de la NBA et leurs clients ont exigé, et ils ont été satisfaits rapidement.

Ce qui m’a convaincu que tout propos devrait être légal c’est le livre Kindly inquisitors: the new attacks on free thought de Jonathan Rauch (Les inquisiteurs bien-intentionnés : les nouvelles attaques contre la libre pensée). Il y explique comment le savoir augmente par le débat.

Rauch est gay. Dans une postface ajoutée par la suite, il raconte comment le monde a changé pour les gens comme lui. Il y a vingt ans, « les américains gay ne pouvaient pas travailler pour l’état, obtenir une accréditation de sécurité, servir dans l’armée (…) étaient arrêtés pour avoir fait l’amour, même dans leur propre foyer (…) battus et assassinés en pleine rue, piégés et enlevés par la police par caprice. » Tout cela a changé en seulement deux décennies, dit-il, parce qu’il y avait débat. Les gays n’avait « aucun pouvoir politique, rien que la force de nos arguments. Mais dans une société où l’échange libre est la loi, cela a suffi ».

Combattez l’intolérance avec plus de liberté d’expression.


Article original titré « Offensive Speech », publie le 07.05.2014 par Reason. Traduction : J. Sedra pour Contrepoints.

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