Qui était Gary Becker ?

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Portrait et présentation des principaux travaux du Prix Nobel d’économie Gary Becker, mort ce samedi.

Par Alexis Vintray.

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L’économiste américain Gary Becker est mort ce samedi des complications d’une longue maladie. C’est un très grand homme que l’économie perd, lauréat du Prix Nobel d’économie en 1992, de la Presidential Medal of Honor en 2007 et de la National Medal of Science en 2000.

Né en 1930 aux États-Unis, il était diplômé de Princeton et l’université de Chicago où il obtint son doctorat, avant d’enseigner à Columbia. Pionnier de la science économique, il était connu pour ses travaux visant à élargir le champ de l’analyse microéconomique à de nombreux comportements humains, autour de la notion de capital humain, le titre d’un de ses ouvrages majeurs. Comme il l’expliqua lorsqu’il remporta le Prix Nobel d’économie : « je m’intéressais aux problèmes sociaux tout en ressentant clairement que c’était l’économique qui avait les outils pour apporter des réponses à ces questions ». Cela l’amena à étudier toute une série de comportements humains pour essayer de les expliquer avec les outils économiques : pourquoi se marie-t-on ? Pourquoi divorce-t-on ? Qu’est-ce qui explique la criminalité et comment lutter efficacement contre elle ?

Le thème central des travaux de Gary Becker restera celui du capital humain, une notion qu’il développa et approfondit pendant de nombreuses années, s’intéressant en particulier aux raisons économiques qui poussent à faire des études pour investir dans le capital humain, les notions de retour sur investissement appliquées au capital humain ou bien encore l’alcoolisme et la consommation de drogues.

Il fut également un pionner de l’analyse économique de la famille, menant de nombreux travaux pour expliquer logiquement l’évolution des divorces ou des mariages ainsi que du taux de fécondité. Il souligna ainsi que, si les couples riches divorcent moins, c’est entre autres parce que le coût du divorce est plus élevé pour eux. De même, il analysa les motifs qui poussaient les parents à encourager leurs enfants à faire des études, en particulier pour s’assurer que ceux-ci aient les moyens de leur venir en aide dans leurs vieux jours.

Gary BeckerPrécurseur dans l’analyse économique de la discrimination avec The Economics of Discrimination (1957), il observa que celles-ci tendaient à se résorber d’elles-mêmes dans un marché concurrentiel car les acteurs qui s’y prêtaient se pénalisaient eux-même en s’infligeant des coûts plus importants. À l’inverse, les entreprises les moins discriminantes qui peuvent embaucher sans critères de race ou de religion éliminent naturellement du marché les entreprises discriminantes.

Il souligna également que la hausse de la criminalité devait beaucoup à la diminution des peines ou encore à l’évolution de la pyramide des âges quand le nombre de jeunes augmentait.

Ce choix de la vie « ordinaire » comme objet d’étude fut à l’origine d’une évolution radicale de l’économie : alors que ces problématiques étaient jugées comme indignes d’une étude scientifique et explicable par les sentiments ou l’irrationalité des acteurs, Gary Becker en fit de véritables sujets d’étude, au cœur de toute l’école de Chicago dont il était un membre éminent avec Milton Friedman. Le principe dont il partait était que le comportement humain suit lui aussi des principes rationnels

Le succès de librairie de Freakonomics est l’avatar le plus connu pour le grand public de cette révolution qu’engagea Gary Becker : dans la lignée de l’économiste, Stephen J. Dubner et Steven D. Levitt s’interrogeaient sur pourquoi les dealers habitent chez leurs parents ou sur l’avortement.

Libéral comme une large part de l’école de Chicago, il fut président de la société du Mont-Pèlerin de 1990 à 1992.

Comme le soulignait sur Twitter l’économiste Augustin Landier hier, Gary Becker resta jusqu’à sa mort d’une vivacité intellectuelle rare.

Jusqu’à récemment, il animait encore avec Richard Posner le Becker-Posner Blog, l’un des meilleurs blogs d’analyse économique. Dans son dernier article, publié le 3 mars, il expliquait pourquoi la fin de l’embargo vis-à-vis de Cuba était souhaitable. Les deux auteurs avaient ensuite annoncé il y a un mois et demi la suspension temporaire du blog, promettant leur retour pour la fin du mois. De retour de Gary Becker il n’y aura donc pas, mais ses analyses resteront, elles, pour longtemps dans les esprits.

Les réactions à l’annonce de sa mort hier ont été logiquement unanimes. Ainsi, réagissant à la mort de l’économiste, le président de l’université de Chicago, Robert Zimmerman, déclara à l’Associated Press que « Becker resterait comme l’un des plus grands économistes du 20e siècle », en particulier pour son audace intellectuelle.


Notre dossier spécial en hommage à Gary Becker décédé ce samedi