Les secrets de John McAfee 1/2 : drogue et corruption

John McAfee, l’éditeur des antivirus du même nom, s’exprime sur son passé.

Les lecteurs du site Slashdot ont récemment pu questionner John McAfee, l’éditeur des antivirus du même nom, sur son passé. Comme à son habitude, John a répondu dans une franchise totale, avec des conseils intéressants pour tous ceux qui sont coincés à un checkpoint dans le Tiers Monde.


Petit génie de la Silicon Valley, visionnaire informaticien, John McAfee est l’inventeur du célèbre antivirus qui porte son nom. Originaire de Grande-Bretagne, il commence sa carrière à la NASA en 1968. C’est dans les années 1980, alors qu’il travaille chez l’avionneur Lockheed, qu’il s’intéresse pour la première fois aux virus informatiques. Il fonde la société spécialisée McAfee Associates en 1987, s’y consacre à temps plein en 1989 et en démissionne cinq ans plus tard, en vendant l’intégralité de ses parts pour plusieurs milliards. Sa vie est un véritable roman : alcool, drogue, périples en Amérique latine, puis il s’isole dans un bunker protégé par une milice privée surarmée au Belize pour consommer de jeunes bombas latinas du cru. Il finit par être expulsé du pays, accusé à tort ou à raison dans des affaires de trafic de drogue ou de meurtre.


 

Question : Vous avez eu la chance de voyager, parfois en des circonstances extraordinaires, à des endroits très intéressants, et je me demande si vous en avez tiré des leçons ou des suggestions concrètes à donner sur la façon de voyager intelligemment. Avez-vous quelque chose d’inhabituel dans ce que vous portez tous les jours ? Comment gardez-vous vos documents en lieu sûr et à l’abri des yeux et des doigts trop curieux ? Même si vous êtes quelqu’un d’aventureux, y a-t-il des endroits que vous évitez parce qu’ils sont trop dangereux ?

McAfee : Comme mes amis proches le savent, je ne suis pas toujours resté éloigné des drogues. Avant 1983, j’étais quelque chose entre un cadre d’entreprise et un dealer de drogue. Le deal a fini par prendre le dessus, et pendant une période ça a été ma seule occupation. Enfin… Consommer les drogues que je vendais a aussi constitué un passe-temps important. J’ai abandonné la drogue, deal comme consommation, en 1983.

Avant cette date, je suis devenu habile dans tous les talents requis pour être un dealer accompli : voyager clandestinement à travers les pays du Tiers Monde qui produisent et transportent ces marchandises, négocier avec des fonctionnaires corrompus, m’occuper des barons et des trafiquants de drogue, réussir à passer des checkpoints, passer des pots-de-vin, et en cas de nécessité, fuir.

Pour réussir au mieux vos voyages, il faut d’abord comprendre que, à travers une bonne partie du Tiers Monde, il y a un « système » bien huilé qui a évolué depuis des siècles. Du point de vue du monde développé, c’est un système « corrompu », mais le mot n’aide pas à acquérir l’attitude la plus efficace pour le gérer. Je préfère le mot « négociable », qui permet d’orienter l’esprit sur la vraie tâche à accomplir pour traiter avec les autorités, et supprime toutes les connotations déplaisantes. Si vous pouvez considérer les outils et astuces qui vont suivre comme des guides dans une négociation, ça vous donnera le sourire dont votre visage aura besoin quand la situation en aura besoin.

Les accréditations de presse

L’outil le plus puissant qu’un voyageur puisse posséder, c’est une carte de presse. Ça permet de court-circuiter complètement le processus de « documentation » si vous avez peu de temps ou d’argent, et que vous ne voulez pas vous en occuper. J’en ai des dizaines planquées dans tous mes véhicules, dans mon portefeuille, dans les poches, dans mes bateaux.

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Je suis flippé à l’idée d’être pris au dépourvu, sans carte de presse au moment où j’en aurai besoin. Elles ont des propriétés magiques si on récite les incantations qui vont bien en les montrant. Une de ces incantations à un checkpoint de police, qui marche dans n’importe quel pays du Tiers Monde, pourrait être :

« Bonjour, ravi de vous rencontrer. (Montrer la carte de presse à ce moment) Je fais un reportage sur la corruption de la police au (insérez ici le nom du pays) et j’aimerais avoir une déclaration de la part d’un policier intègre, pour mon reportage. C’est pour un journal aux États-Unis. Vous voulez bien que je vous interviewe ? » Vous pouvez ajouter ou retirer quelques mots magiques selon la situation. Ne vous inquiétez pas d’avoir à vraiment interviewer le policier. Aucun policier sain d’esprit ne parlera à un journaliste de la corruption perçue alors qu’il s’apprêtait à faire preuve de corruption lui-même. Il déclinera poliment votre invitation et vous invitera à vite aller voir ailleurs. Si vous rencontrez un policier qui veut parler, c’est rare, posez-lui quelques questions ciblées sur ses supérieurs, et il comprendra qu’il a fait le mauvais choix. Vous pourrez à nouveau vaquer à vos occupations.

La carte de presse est puissante, mais elle a ses risques et ses limites. Ne tentez pas ce tour de magie par exemple à un checkpoint de la police fédérale mexicaine, sur une route déserte la nuit. Vous ne ferez qu’ajouter du travail déplaisant à la personne chargée de surveiller le trou où ils vous mettront.

Les documents

Les « documents », c’est le mot poli pour « l’argent liquide ».

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La vraie habileté pour ce qui est de sortir ses documents, c’est l’art de savoir combien en sortir. Dans certains pays, un policier gagne moins d’un dollar de l’heure. À un checkpoint, un policier partagera généralement ses recettes avec les autres policiers sur le côté de la route, et avec son chef. Le chef peut prendre 25 % dans des pays comme la Colombie ou le Panama ; donc avec trois officiers au total, une contribution de dix dollars reviendra à deux dollars et demi dans la poche de chacun, ce qui est toujours bon à prendre pour quelqu’un qui gagne un dollar de salaire officiel par heure.

Rien n’irrite davantage les locaux que quelqu’un qui produit trop de documents. Ça ruine le système pour le reste de la population. La police va commencer à attendre davantage de la part de tout le monde, et la population se voit infliger un fardeau déraisonnable. On peut mentionner que les checkpoints d’un endroit donné restent généralement en place au moins une semaine, et les voyageurs fréquents peuvent trouver des compromis avec les autorités de façon à ne pas être ponctionnés au point de payer à eux seuls la scolarité des enfants du policier. La police, dans l’ensemble, est composée de gens honnêtes et sensibles, et rares sont ceux qui abusent vraiment du système.

Donner davantage que ce qui est raisonnable est un crime contre l’humanité. Au fil des années, mes essais et erreurs m’ont donné quelques règles au doigt mouillé.

Les documents sont inversement proportionnels à la densité du trafic : plus il y a de trafic, moins vous payez, et moins il y a de trafic plus vous payez. C’est de l’économie élémentaire. La police doit atteindre son quota, quel que soit l’état du trafic.

Si vous vous arrêtez à un checkpoint et qu’il y a une file de quatre ou cinq voitures, vous pouvez être certain qu’on attendra d’un gringo à peine deux dollars. Les gens malins transportent avec eux une demi-douzaine de canettes de coca et de bière dans une glacière sur la banquète arrière, et se contentent de se retourner, d’en prendre une, et de la tendre à travers la vitre avec un sourire. À la fin de l’après-midi d’une journée chaude, ce sera bien plus apprécié que quelques piécettes. Si vous en offrez à tous les policiers, vous pouvez même les convaincre de vous escorter jusqu’à la prochaine ville.

Dans les endroits où il y a moins de trafic, non seulement vous paierez davantage, mais vous risquerez plus. Il n’est jamais bon de voyager sur des routes isolées en Amérique centrale, à moins que vous ne soyez très expérimenté ou très bien vu des autorités. Toutefois, si vous êtes venus faire un achat, ou que vous comptez fermement rendre visite à Crucita ou à sa sœur dans un village isolé et que vous n’avez pas d’autre choix, alors suivez strictement les règles qui suivent.

Ne sortez pas de la voiture, même si on vous l’ordonne. Votre voiture est votre seule chance de sortir de là. C’est plus d’une tonne d’acier capable de faire sacrément mal à quiconque pourrait être assez fou pour se tenir devant, et une fois lancé c’est difficile à arrêter. La police des checkpoints en Amérique centrale ne pourchasse jamais personne, bien qu’ils regardent depuis des années la télévision et les films américains. C’est trop de travail, et puis ils pourraient avoir un accident. Ça ne vaut pas le coup, pour un résultat incertain. Et ils ne tirent pas non plus, à moins que vous n’ayez renversé l’un des leurs en fuyant. Ça fait du bruit, et ça gâche des munitions qu’ils devront justifier de retour au commissariat, créant des problèmes à leurs supérieurs. Non pas que je recommande la fuite. C’est juste que, hors de votre voiture, vous avez perdu votre seul avantage.

Souriez, et si possible, blaguez. Dites des choses come « J’aimerais rester faire la conversation, mais j’ai une femme qui m’attend. Son mari sera bientôt de retour. » Ça permet de créer un sentiment commun avec les policiers, et d’obtenir leur sympathie autour d’une expérience partagée.

N’attendez pas qu’ils parlent. Prenez l’initiative. Préparez vos documents alors que vous ralentissez, et présentez-les au policier, tout en commençant à bavarder comme dans l’exemple précédent, ou comme ce sera le plus confortable pour vous. Ne tendez jamais d’argent directement. Glissez-le dans vos papiers d’assurance, ou tout autre papier relatif à votre voiture ou votre voyage, dépassant discrètement de deux ou trois centimètres. J’utilise le mode d’emploi d’un Canon Ixus 530 dont j’ai arraché la couverture. C’est petit, léger, et ça ressemble à des papiers importants pour n’importe quel sujet.

Souvenez-vous : la moitié des policiers du Tiers Monde ne savent pas lire. C’est une information importante quand on sait l’utiliser.

Une fois que l’agent a retiré le billet de banque, ce qui sera immédiat, reprenez votre manuel d’ordinateur, ou peu importe ce que vous aurez utilisé, souriez, saluez et commencez immédiatement à partir sans attendre de permission, mais doucement, et sans regarder en arrière. Faire tout ça et vous en aller rapidement sans donner l’impression de fuir est capital. Ne leur donnez pas le temps de réfléchir à vous.

Ce qui précède est une formule qui marche sur des roulettes pour le chemin du retour depuis l’Amérique centrale, si l’on la respecte à la lettre. Si à l’abord du checkpoint, vous jugez le langage corporel de la police plus insolent ou agité, échangez le billet de vingt pour un billet de cinquante.

Si quelque chose se passe mal et que les conseils précédents, pour une raison ou pour une autre, n’ont pas marché, alors feignez la stupidité. Demandez-leur de répéter tout ce qu’ils disent, et faites l’abasourdi. Si on vous demande de sortir de la voiture, souriez largement, et allez-vous en. Encore une fois : allez-vous en doucement.

Si un policier met dans votre voiture de la drogue ou tout autre bien de contrebande alors qu’un autre monopolise votre attention (c’est courant), comprenez avant tout que la probabilité que vous soyez arrêtés est nulle ; à moins d’offenser les policiers en les énervant ou en agissant de manière inconsidérée. Leur intention est de vous effrayer. Ne niez jamais que cette drogue soit à vous. Dites quelque chose comme « Mince, je pensais l’avoir laissée à la maison » ou « C’est la deuxième fois que je me fais attraper cette semaine ». Ça leur montrera que vous êtes beau joueur et que vous pouvez sans doute négocier. Nier que vous soyez le propriétaire de ces objets trafiqués sera considéré comme conflictuel, une attitude à haut risque face aux autorités dans le Tiers Monde. Les « documents », cependant, n’ont pas besoin d’être très nombreux. Ils ont choisi un gagne-pain universellement considéré par les locaux comme « non fair-play », et ils ne devraient pas en être récompensés de manière injuste. Bien entendu, ils ont fait l’effort de vous distraire, et quelqu’un a pris la peine de glisser de la drogue : ils méritent quelque chose, mais cinq dollars est le maximum que vous ayez besoin de payer. S’ils demandent davantage, alors vous pouvez sans problème vous indigner. Ils ne répondront pas. Les locaux ne tolèreront pas des policiers qui tirent parti du système de manière trop injuste, et votre conscience évidente de manières correctes de faire les avertira des problèmes auxquels ils s’exposent s’ils poussent les choses trop loin.

Si vous transportez réellement des biens de contrebande, de n’importe quel genre, de la drogue, des armes, des esclaves sexuelles taïwanaises, peu importe, et si vous vous faites prendre, alors ce que vous ferez dans les premières secondes de la découverte aura un impact profond sur le reste de votre vie. La réalité est la suivante : vous vous êtes fait prendre, et les officiers ont deux possibilités :

  1. Vous arrêter et vous inculper, et selon toute probabilité vous confesserez à d’autres ce que vous transportiez et combien, limitant ainsi la capacité que les policiers auront à prendre une partie de ce que vous transportiez.
  2. Arriver à un compromis avec vous, qui soit mutuellement bénéfique et n’inclue ni votre mort, ni de risques indus pour ce qui est des emplois et de la sécurité des policiers.

Il va de soi que l’option 2 est préférable. Au moins pour ceux qui ne raffolent pas de la prison.

L’ordre du jour commence par évaluer votre situation. Si vous êtes dans ou près d’une ville avec de la circulation, alors vos chances d’être abattu ou blessé sont quasi-nulles si vous gardez votre esprit. Si vous êtes sur une route de campagne isolée, face à un ou deux policiers, vous risquez beaucoup, et vous allez être handicapé lors de la négociation.

De votre côté, vous avez la possibilité d’aller en prison et de raconter votre histoire à un tas de gens, ce qui diminue généralement les possibilités que les agents ont de tirer profit de la rencontre, puisque ce seront leurs supérieurs qui le feront. De leur côté, ils ont des armes, et des menaces. Ignorez les menaces. Vous avez pleinement conscience de ce que leur espoir sincère est de trouver un accord pour remplir leurs poches et vous permettre de quitter la région sans les compromettre.

Alors, commençons par le commencement. Souriez. Jamais un sourire ne sera un handicap pour vous face aux autorités.

Soyez amical quand vous vous adressez à eux, et reconnaissez pleinement la situation (la vôtre, et la leur). Ça les met à l’aise et pose le cadre de la négociation. Soyez polis mais fermes. Faites leur comprendre dès que possible qu’ils ne pourront jamais partir à pied avec tout ce que vous avez caché. Ça crée des attentes plus raisonnables dans leurs esprits. Si c’est de la drogue que vous transportez, proposez-leur d’en prendre un peu. Ça renforce, inconsciemment, l’idée que la came est en votre possession et qu’ils peuvent y prendre part grâce à votre seule bonne volonté. Si vous transportez des esclaves sexuelles, alors d’une part, je refuse de cautionner ce choix, mais d’autre part si vous offrez à chacun des policiers un avant-goût de la marchandise, ça pourrait bien conclure l’affaire sans avoir besoin d’y investir d’argent.

Il est important d’être ferme sans aucune apparence d’hostilité. Si les policiers vous disent par exemple qu’ils vont confisquer l’ensemble des biens, alors, avec une excuse qui implique une certitude regrettable, répondez : « Désolé, mais ça ne va pas être possible ». Secouez votre tête tristement, comme si vous disiez : « Ma mère vient de mourir ». C’est alors le moment de leur présenter une offre déraisonnablement basse. Si vous transportez 20 kilos de cocaïne ou une demi-tonne de marijuana, offrez-leur 50 dollars. Ou bien, quelques dizaines de grammes de votre shit, ou quelque chose comme un gramme de coke. Si ce sont des esclaves sexuelles, dites-leur qu’ils pourront regarder la poitrine nue de la moins jolie de toutes (à certains endroits du sud du Mexique, ça peut suffire).

Votre offre les prendra au dépourvu, mais ça contrastera de manière austère avec les espérances déraisonnables qu’ils pourraient avoir. À la louche, si vous être près d’un endroit habité, vous conviendrez de vous séparer d’un montant valant environ 10% de la valeur en gros de vos biens. Sur une route avec une circulation faible et imprévisible, peut-être 20%. Sur une route déserte, surtout si leur langage corporel n’est pas amène, il vous faudra prendre votre perte, leur donner toute la cargaison, plus votre voiture, et leur demander de vous accompagner au prochain arrêt de bus. Ne vous attendez pas à ce que la police accepte de la drogue ou des marchandises comme compensation si vous êtes près d’un endroit peuplé. On les verrait évidemment transférer les biens à leurs véhicules. Si vous n’avez pas assez de cash avec vous, alors c’est que vous n’êtes pas assez préparé, et vous ne devriez pas faire d’affaires douteuses en Amérique centrale.

Jamais de peur ou d’hostilité. Souriez de bout en bout, et faites des blagues quand vous le pouvez.

Donner des noms

Savoir le nom des préfets de police, du chef des forces armées, du chef de la police pour chaque pays ou ville que vous traverserez peut être utile. Connaître le nom des maires ne peut pas faire de mal non plus. Donner des noms est un outil puissant dans le Tiers Monde, surtout pour les gringos, si c’est bien fait. Dire à un flic aux États-Unis que vous êtes ami avec le maire ou le chef de la police vous aidera rarement à échapper à une contravention, et peut même aggraver l’accusation. En Amérique centrale, offenser un commissaire fera tout de suite renvoyer un agent, sans répercussion sur le commissaire et, selon l’offense, peut même aboutir à « l’effacement » de l’agent. Donc, c’est très impressionnant, pour un agent, de vous entendre dire « La drogue appartient au Commissaire (insérez son nom). Je la livre de sa part à un de ses amis. » Dit avec autorité et condescendance, l’effet peut être radical. Aucun policier sain d’esprit n’essaierait de vérifier l’histoire. Les gringos habitant sur place, pour diverses raisons, sont des amis très prisés par les notables et les riches locaux, il n’est donc pas invraisemblable d’être un proche du commissaire. Si le flic demande plus de détails, comme comment vous connaissez le commissaire, sortez votre téléphone portable et dites « J’ai le numéro du commissaire, appelons-le et vous pourrez le lui demander vous-même ». Il faut avoir une assurance certaine, ou au moins des grosses cojones pour oser ça, mais dans une situation difficile, ça peut faire des miracles.

Se renseigner un peu est nécessaire avant d’utiliser cette approche. Il faut savoir par exemple, si le commissaire revend vraiment de la drogue (presque tous le font). Chaque habitant du pays sait ce genre d’information (il n’y a pas de secret dans le Tiers Monde), et le policier le saura aussi certainement.

Il n’y a pas besoin de faire quelque chose d’illégal pour donner des noms. Ça marche dans toutes les circonstances. Vous n’avez pas d’argent, ou vous êtes pressé et ne pouvez pas perdre de temps à répondre à des questions, vous en avez marre et voulez juste tirer un coup, peu importe.

La tactique consistant à glisser de la drogue sur des gens n’est généralement pratiquée que dans les zones denses en touristes. Dans ces endroits, la police est handicapée par le fait que les touristes ne paient pas leur « dû » à la police, ni à aucun autre fonctionnaire. Les touristes considèrent que c’est de la « corruption » de payer le policier pour faire son travail, ou de le payer pour avoir la liberté d’aller un peu plus loin dans la rue quand il y a un checkpoint. La police est donc contrainte de recourir à des moyens non éthiques pour gagner de l’argent à ces endroits.

Les cadeaux

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Les cadeaux occupent une autre strate dans le système de négociation. On les utilise quand des égards futurs sont nécessaires, ou après qu’une faveur officielle ait été fournie. Les cadeaux peuvent être petits ou grands, selon les circonstances, et le sage en aura un vaste panel prêt pour n’importe quel événement. Je faisais tourner sept petits business en Amérique centrale, et j’ai une abondante provision de cadeaux.

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De même, les faveurs font partie du système. Elles n’ont pas de connotation négative, et l’ampleur du cadeau correspond à l’ampleur de la faveur.

Une « faveur » usuelle qui est considérée comme douteuse consiste à faire un cadeau à un officier de l’armée pour fournir un soutien armé à une vente de drogue, à un raid de représailles, à un braquage de voiture blindée ou à ce genre de choses. Ça arrive très fréquemment, mais la plupart des gens tiennent ça pour moralement limite. Je crois que la raison en est le sentiment de mal à l’aise créé par l’image d’hommes très organisés, insolents et largement illettrés avec des armes automatiques obéissant aux caprices du premier venu contre un peu d’argent. Le consensus général est que le système de la « négociation » devrait s’arrêter aux portes de l’armée. L’armée devrait défendre le système, pas y participer, comme mon ami et philosophe Paz l’a dit un jour. Il n’y a rien de plus illogique que des policiers comme « gardiens de la paix ». Le fait que les équipes d’intervention existent et que chaque policier porte une arme et est formé aux tactiques violentes, devrait nous alerter sur le fait que pratiquer la paix n’est pas le meilleur moyen de maintenir la paix.

Si vous prenez à cœur ces conseils, vous pourrez profiter de bon cœur de vos aventures.

À suivre.


Sur le web. Traduction : Benjamin Guyot pour Contrepoints.