France high-tech, l’industrie de pointe émoussée

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L’industrie de pointe française est émoussée par des politiciens qui cherchent avant tout à se faire mousser.

L’industrie de pointe française est émoussée par des politiciens qui cherchent avant tout à se faire mousser. Applications inutiles inaugurées aux petits fours et au champagne, partage de la valeur, géants taxés : la France prépare son avenir à coups de nostalgie des échecs passés.

Par Baptiste Créteur.

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La France high-tech n’a pas encore son application Made in État, à l’inverse du leadership féminin, mais elle a déjà ses mythes et son vocabulaire. À la pointe, les objets connectés, l’Internet des objets, les écosystèmes, les hubs : la France de demain sera une France interactive, numérique, haut débit. La voiture électrique, récemment en vogue et toujours subventionnée, devient voiture connectée ; ailleurs dans le monde, on peut apercevoir sur les routes des voitures qui se conduisent toutes seules. On cherche à créer des pépinières, des réseaux, l’environnement propice à l’éclosion de nombreuses petites start-ups. On rêve d’une Silicon Valley à la française ; les jeunes entrepreneurs rêvent de s’installer dans la vraie, celle où les millions sortent des garages et des projets d’étudiants. On promeut un colbertisme 2.0, sans avoir rien compris au cours « Économie 101 ».

Les politiciens français ont beau essayer, ils n’y comprennent rien. Ils cherchent à taxer les groupes américains qui gagnent beaucoup d’argent sur Internet, parce qu’ils rendent aux journaux français un grand service en les référençant et permettent de chercher et afficher des images telles qu’elles sont déjà présentes sur d’autres sites. Le politicien français applique la devise d’un bon détective, ou d’un bon journaliste : « Follow the money ». On ne crée pas assez de richesses en France ? Rackettons les géants étrangers actifs chez nous. On cherche encore la carte d’Internet, mais les politiciens en ont déjà fait leur territoire.

Un territoire quadrillé, surveillé. Le monde entier s’émeut et s’inquiète d’une surveillance généralisée par les gouvernements, aussi bien de leurs propres citoyens que du reste du monde. Même les dirigeants s’écoutent entre eux. Les géants du web, qui représentent une part significative du trafic et des interactions mondiaux, collaborent de plus ou moins bon gré avec le gouvernement américain. Google et Facebook pestent contre une NSA trop gourmande de données privées. C’est ce qui inquiète le reste du monde : qu’Internet ne soit plus jamais l’espace de liberté et d’échanges qu’il aurait pu être. Mais, en France, le gouvernement s’inquiète qu’on puisse jouir de la liberté d’expression quelle que soit l’opinion qu’on exprime, et lance une campagne pour limiter la visibilité de ceux qui informent sur l’avortement, ses risques, ses conséquences. On craint de ne pas voir émerger assez de femmes à la tête d’entreprises, et on lance une application pour développer la confiance en elles des femmes. Question de priorités.

La France investit pour l’avenir. Le niveau baisse dans des écoles toujours plus chères, l’État investit pour financer un crédit impôt recherche pour alléger les budgets d’entreprises qu’il aide déjà beaucoup par ailleurs ; il suffit de voir qui participe au « Train de la Nouvelle France Industrielle » (ce n’est pas une blague, il existe) : les champions nationaux sont avant tout des champions de la subvention. Les politiciens français déplorent l’absence de vrais géants français du web, de coqs de combat, alors qu’ils étranglent chaque jour une portée de poussins. Alors on tente de donner l’impression qu’on avance.

Un peu comme en U.R.S.S à une certaine époque, où les journalistes et diplomates en visite voyaient fumer les cheminées de bruyantes usines qui n’étaient qu’un décor et dont ne sortait réellement aucun produit, nos ministres s’impliquent, appellent de leurs vœux la naissance d’un quatrième opérateur pour baisser les prix puis le retour à un cartel plus resserré pour augmenter les marges. Et finalement, c’est comme toujours malgré l’État qu’un développement survient. Les entrepreneurs à succès fondent leur propre école pour former les programmeurs de demain.

Les politiciens se mettent au goût du jour toutefois, et écoutent les opérateurs soucieux du « partage de la valeur » – sujet que nos politiciens maîtrisent particulièrement bien. On veut donc partager la valeur, la transférer de ceux qui la créent à ceux qui n’ont pas su s’adapter. On veut entraver Amazon pour sauver les libraires, asservir Netflix pour sauver le cinéma français, nager à contre-courant pour sauver Willy. L’histoire se répète ; comme les industries non rentables qu’on cherche à sauver pour sauver l’emploi, les secteurs stratégiques et l’électorat traditionnel, en assommant de taxes ceux qui créent la valeur aujourd’hui et ne pourront dès lors pas la créer demain.