« Crois-moi, je mens » de Nadine Richon

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« Crois-moi, je mens » de Nadine Richon

Publié le 18 avril 2014
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Les réseaux sociaux comme Facebook offrent de grandes possibilités de rencontres. Nadine Richon nous propose une fable moderne, avec sa morale, également moderne.

Par Francis Richard.

je-mens-richonDans un monde de plus en plus virtuel, donc de plus en plus désincarné, les êtres humains restent cependant des êtres qui ont besoin d’aimer et d’être aimés. Seulement l’amour suppose qu’il y ait rencontre. Parmi les possibilités de rencontres qu’offrent les nouvelles technologies de l’information, il y a les sites de rencontres, bien sûr, mais également les réseaux sociaux tels que Facebook, qui offrent de grandes possibilités. Les personnages de Crois-moi, je mens, le roman de Nadine Richon, évoluent sur ce réseau social.

Violette habite la Belgique. Elle est secrétaire. Mais elle a été licenciée. En songeant aux autres, elle s’est investie dans une lutte syndicale pour un plan social qui va s’avérer tout juste acceptable. Divorcée depuis quinze ans, sans enfants, elle vit seule. Elle lit. Elle aime au cinéma « les sentiments, les héros poignants, mais aussi les méchants bourlingueurs ». Elle se découvre un goût pour le dessin. Facebook est le lieu où elle partage « son trait de crayon avec un groupe d’amis virtuels ». Antonio fait un jour irruption dans sa vie sur ce réseau social. Il lui demande de faire sa connaissance. Sa vie en est changée. Elle recommence à s’aimer elle-même. Elle voit en ce quinquagénaire d’origine sicilienne un futur amant qui ne lui a rien celé de son corps. Car il a fini par lui envoyer en pièce attachée « une photographie exhibant son sexe érigé ».

Catherine habite Genève. Son mari travaille dans la finance. Ils ont un grand fils, qui fait des études supérieures. Ils n’ont pas de soucis pécuniaires. Ce sont des nantis. Ils ont d’ailleurs un chalet auquel ils peuvent monter quand l’envie leur en prend : « Notre famille appartient aux heureux qui savourent les bienfaits d’une Suisse enchantée où l’on hérite, presque sans effort, d’une résidence secondaire dans un paysage vert et bleu sorti d’une toile de Ferdinand Hodler. » Mais, il y a un mais. Au seuil de la cinquantaine, Catherine souffre de constater sur elle des ans l’irréparable outrage, bien qu’elle s’entretienne au fitness et qu’elle y ait découvert un programme de « randonnée vallonnée ». Aussi lorsqu’elle fait la rencontre de Mike sur Facebook  finit-elle par être flattée que cet homme lui adresse des poèmes, dont elle n’est pourtant pas sûre qu’ils soient de lui. Elle reste donc sur ses gardes.

Le point commun entre ces deux femmes est qu’elles ont reçu toutes deux un message privé de la part d’un homme qui s’est montré très intéressé par elles et qui, au fil des conversations, a eu le don de susciter en elles de sérieux fantasmes. Au point de leur donner envie d’une rencontre réelle et charnelle. Qu’il s’agisse d’Antonio ou de Mike, cet homme, objet de leurs fols désirs, se révèle avoir peu d’activités sur son mur et avoir peu d’amis…

En dessous du titre de ce roman, entre parenthèses, se trouve un sous-titre: « Une fable moderne ». Et c’est bien d’une fable dont il s’agit, avec sa morale, également moderne. En exergue de son livre, Nadine Richon a mis cette citation d’André Comte-Sponville : « Quoi de plus passionnant que d’aimer ou d’être aimé ? » Mais, dans un cas, comme dans l’autre, encore faut-il se méfier des apparences… L’avertissement vaut autant pour les hommes que pour les femmes.

Nadine Richon a adopté pour cette fable le ton qui convient, plein d’autodérision de la part des personnages. Elle a ainsi des bonheurs d’expression qui ne peuvent que ravir le lecteur. Elle dit de Violette : « Pas suffisamment belle, jadis, et déjà trop vieille aujourd’hui, elle s’était définitivement crue inapte au service amoureux […] » Elle fait dire à Catherine : « Ma pomme se ratatine, ma figure se fissure, ma jeunesse s’accroche encore, mais sa décision est prise, définitive : demain, elle se barre… »

Aussi puis-je me permettre de dire au futur lecteur de cette fable : « Crois-moi, je ne mens pas. En la lisant, tu t’instruiras peut-être, mais, sûrement tu ne t’ennuieras pas. »

Nadine Richon, Crois-moi, je mens, Bernard Campiche Éditeur, 2014, 176 pages.


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