Non, le vote Front National n’est ni disruptif ni constructif

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Certains se plaisent à concevoir le vote FN comme disruptif, avec plus ou moins de bonne foi. Ils se trompent : le FN est dans le système, et non contre lui.

Par Baptiste Créteur.

fnLe Front National construit depuis des décennies un discours simple : si nous voulons maintenir les avantages et privilèges que confèrent la nationalité française, nous devons rester entre nous. Nous devons fermer nos frontières aux capitaux étrangers, aux biens importés de pays pratiquant le dumping social, aux immigrants qui viennent vivre aux crochets de notre bel État-providence.
Ce discours, traditionnellement considéré comme conservateur, passe aujourd’hui pour une remise en cause du système. Le FN, avec ses petits scores en pleine croissance, occupe peu de sièges locaux et nationaux ; il ne traîne encore, comme le rappelle h16, que peu de casseroles. Le Front National passe pour avoir une parole plus libre, pour ne pas s’embarrasser d’un politiquement correct qui vise à cacher une réalité que personne d’autre ne voudrait voir en face.

Les deux partis qui se partagent jusqu’à présent le pouvoir ont accepté de laisser sa place au Front National pour mieux ensuite demander aux électeurs de soutenir un Front Républicain qui les arrange bien. En faisant des appels du pied aux partisans d’un racisme modéré (on blague, hein, mais c’est pas méchant) et en ravivant à chaque occasion le spectre de la menace fantôme fasciste, ils ont permis la progression d’un FN qui se nourrit d’une part de réalité.

Oui, c’est vrai : une politique d’État-providence généreuse n’est pas compatible avec une immigration aussi ouverte [1]. Mais s’il faut n’en garder qu’un, conservons l’atout, pas le boulet : coupons l’État-providence, et conservons l’immigration bénéfique à l’économie.

Oui, c’est vrai : l’UMP et le PS proposent peu ou prou la même chose, et ont la même tendance à se servir d’abord, puis servir leurs amis, puis leurs électeurs, en faisant payer le reste de la population. Mais le FN ne propose pas grand chose de mieux ; les pseudo-baisses d’impôts proposées ne sont rien face à la baisse de pouvoir d’achat des Français une fois les frontières rendues moins poreuses.

Oui, c’est vrai : l’Europe dépossède les États-membres d’une part de leur souveraineté. Mais ce n’est pas la France qui est la plus à plaindre ; à entendre les hommes politiques français, leurs premiers réflexes si on leur donnait les commandes seraient de faciliter le financement de leurs dépenses aussi inutiles que massives et de jouer avec les règles du commerce international en tentant de masquer les effets délétères que leurs politiques ont à l’échelle nationale derrière un nuage de fumée douanier et règlementaire. Le FN propose la même chose : reprendre les jouets, s’amuser avec, et faire comme si c’était la faute du reste du monde si ça n’a pas marché.

Oui, c’est vrai : il faut envoyer un message clair de ras-le-bol à la classe politique. Mais pas seulement ; c’est avant tout à chacun de nos concitoyens qu’il faut envoyer un message. Il ne s’agit pas de faire tomber la 5ème République, ou quelques têtes, comme on peut le lire ici ou là ; il s’agit de la remplacer par un système plus respectueux des droits individuels et des libertés fondamentales, et ce n’est pas le Front National qui sera à l’origine de ce changement. Pas plus que n’importe quel autre parti, d’ailleurs ; même les programmes qui semblent parfois bien commencer se révèlent à la lecture truffés de « souveraineté », « soutien aux entreprises », « subventions ».

Ce sont les Français qui feront naître le changement. En s’abstenant de voter, en préférant se faire entendre et prendre leur pays en main.

  1. si tant est qu’on considère la politique d’immigration française comme ouverte, c’est-à-dire qu’on n’ait jamais eu à demander un visa pour visiter l’espace Schengen
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