Le verre à moitié plein

Voyons le verre à moitié plein, pour une fois ; et arrosons nos vies pour y faire pousser la liberté.

Il est d’usage, pour les Français lucides, de se fendre d’éditoriaux sur l’infâme politique du gouvernement, l’ignoble collusion qui caractérise l’économie française, la calamiteuse gestion et l’éternel enfer de la mise en conformité normative de nos vies. Sans rien enlever à tout cela, car tout cela est vrai, il ne faut pas manquer de voir la chance que nous avons.

Verres de vinNous sommes certes entourés de naïfs, d’aveugles et de menteurs, qui prennent toute remise en question pour du France-bashing, acclament l’exception française qui fait de nous des précurseurs avec un temps de retard, évoquent notre passé avec nostalgie et notre ambition avec ferveur en passant sous silence notre présent.

Car rien, dans ce présent, ne justifie leur optimisme. Entre les coucheries d’un président qui ne dort pas sur ses deux oreilles depuis qu’on a découvert que son prédécesseur était écouté et les gesticulations syndicales qui génèrent toujours plus de chômage pour protéger nos travailleurs pauvres, entre les jérémiades d’une presse qui sort à peine la tête de l’eau malgré les bouées étatiques et les déclarations d’élus plus stupides les unes que les autres, les Français parviennent difficilement à espérer.

Ils vivent chaque jour comme s’il précédait et succédait à un autre jour similaire, avec ce sentiment que la crise des années 70, puis 80, puis 90, puis 2000 n’en finit pas et que rien ne changera jamais. C’est là leur erreur : leur résignation devient une habitude et les prive de l’emprise sur leurs vies qu’ils vivent tant bien que mal, d’autant plus qu’on leur refuse des plaisirs aussi simple que les feux de cheminée et des conforts aussi rudimentaires qu’une voiture utilisable plus d’un jour sur deux.

Rudimentaires, pas tant que ça ; malgré une économie morose, les Français jouissent d’un niveau de vie qui ne s’améliore pas, certes, mais ne se détériore pas vraiment non plus. Ils ont le temps de se divertir, malgré le temps passé à travailler pour l’État et le temps perdu dans les salles d’attente de ses administrations, et peu craignent de ne rien avoir sur la table à la fin du mois ; ils ont, pour certains d’entre eux, le temps de lire ces lignes ou les écrire, n’ayant plus à creuser la terre pour trouver du charbon ou travailler aux champs à longueur d’année. Ce n’est pas le cas partout dans le monde, et ça ne le sera pas tant que le capital nécessaire à l’économie du temps n’aura pas été accumulé.

Les Français connaitront bientôt les effets de l’érosion du capital, que beaucoup de leurs hommes politiques honnissent. Ils s’appauvriront, à cause de leur État omniprésent et de leur État-providence tentaculaire, et sans que ces derniers puissent y faire quoi que ce soit d’autre qu’aggraver la situation. En empêchant l’accumulation pour lui préférer la redistribution, on éparpille au lieu de construire, et la richesse créée est consommée alors qu’elle pourrait financer la création de richesse de demain.

Les conséquences de cette évolution sont imprévisibles, sauf si on connait l’histoire ; déjà, le discours politique revendique la souveraineté volée par l’étranger et le patrimoine vendu pour une bouchée de pain. De la finance sans visage au complot sioniste, du grand remplacement par des musulmans conquérants au manque de patriotisme des patrons voyous et des évadés fiscaux, chacun trouve ses coupables et ses causes dans une représentation du monde clivante entretenue par les tacticiens de la division pour mieux régner. Entre catholiques radicaux rendus extrémistes par le sentiment d’être méprisés et contestataires de plateaux télé, les charges se multiplient avant tout contre les derniers remparts à la folie collectiviste : la vérité et la raison. Nous vivons, observons et incarnons parfois la caricature d’une vie politique déconnectée de toute réalité. Demain, nous connaitrons la crise, la vraie ; ni crise économique, ni crise identitaire, mais crise de l’existence, où ce sont les fondements de notre humanité qu’il nous faudra défendre : notre individualité, source de droits inaliénables qu’il faudra défendre avant qu’ils ne soient oubliés en même temps qu’ils disparaissent.

Ce n’est pas la fin de l’histoire. Il ne faut pas vivre chaque jour comme le dernier, sans penser qu’il existe un lendemain, mais comme le premier. Il faut retrouver le plaisir de la découverte et de l’apprentissage, la joie de créer, le bonheur de partager. Il faut garder nos rêves que certains appellent illusion, conserver nos principes que beaucoup jugent trop stricts, sauvegarder notre volonté innée de vivre et nous accomplir.

Vivre chaque jour comme le premier, c’est aussi valoriser l’avenir plus que le passé, les liens que l’on veut créer plus que ceux qui nous retiennent. La France est un beau pays sur une mauvaise pente, lancé avec trop d’inertie pour que sa trajectoire évolue ; mieux vaut partir. Jusqu’au bout, les richesses seront partagées, vos richesses seront partagées. Dilapidées, plutôt, au nom de la responsabilité de chacun sur son prochain plutôt que sur lui-même. Nombreux sont, dans l’histoire, les exemples de départs trop tardifs.

Malgré un rapport de force disproportionné en faveur de ceux qui ont su prendre le contrôle du soi-disant instrument de la volonté générale, il leur est encore impossible d’empêcher aux Français qui le souhaitent de partir, et nombreux sont les pays plus respectueux des droits individuels que la France, pays des lumières artificielles.

Le verre est à moité plein, mais il se vide, et mieux vaut le quitter avant qu’il ne soit trop tard. Vivre chaque jour comme le premier, c’est accepter d’apprendre, de recommencer et d’avoir parfois le sentiment de régresser ; les confortables diplômes français ne donnent pas autant de garanties ailleurs, mais n’emprisonnent pas à vie les pieds dans des pantoufles. En écoutant les témoignages de Français qui reviennent, on comprend que la liberté et la responsabilité ne sont pas pour tout le monde. En écoutant les témoignages de ceux qui ne reviennent pas, on comprend qu’un monde où tout est possible est bien plus heureux qu’un monde où tout est garanti.

Si vous voulez une garantie, achetez un grille-pain. – Clint Eastwood

Abandonnons donc des retraites qu’on ne touchera jamais, et constituons-nous ailleurs un avenir. Renonçons aux droits fictifs que nous donnent des impôts dépensés en pure perte pour alimenter le modèle français de la tyrannie fiscale.

Abandonnons les parce que l’on part, ou parce que l’on reste, mais en reprenant enfin les rênes de nos vies, de notre société. Il faudra les arracher des mains de tous ceux qui entendent nous diriger à leur profit, et ils sont nombreux ; le monde est dirigé par ceux qui entendent tout contrôler et ceux qui entendent tout posséder, ne laissant que peu de places à ceux qui ne désirent que vivre.

Mais si nous ne le faisons pas, nous ne connaitrons jamais le bonheur d’être libre, l’air grisant des possibilités infinies et l’étendue d’un monde ouvert qui permet la réalisation des potentiels et des rêves. Il ne s’agit plus ici d’être Français ou citoyens du monde ou d’ailleurs, mais d’être des hommes libres ; il s’agit de faire tomber une fois de plus les collectivistes, de refuser qu’une vision du monde ne devienne une chape de plomb sur le monde. Il s’agit de se battre, tous ensemble, pour nos droits d’individus. Il s’agit de défendre partout les libertés fondamentales que la raison nous dicte pour protéger notre existence du désir mimétique et du désir de pouvoir. Il s’agit de lutter pour un monde incertain et infini, contre un monde en coupe réglée et tristement limité.

N’allez donc pas voter demain ; ne donnez aucun consentement et aucune légitimité à d’anciens ou de nouveaux voleurs. Ce n’est pas par les urnes que vous recouvrerez la liberté que les urnes vous ont prise. Et convainquez vos amis d’en faire autant : voter, c’est accepter le principe que quelqu’un décide pour vous et tenter d’influencer le choix de ce nouveau décideur. Refusez ce principe ; tant que nos droits ne nous sont pas rendus, refusons ce principe. Et comme on ne nous les rendra pas, reprenons les.