Poutine, à nouveau contre la liberté

Toute mesure prise au nom d’un droit ou d’une liberté collective viole toujours les droits et les libertés individuelles. Et ces derniers sont les seuls réels.

Par Antonio José Chinchetru.

Poutine StalineL’invasion militaire russe de Crimée, accompagnée de la menace de l’étendre à d’autres parties de l’Ukraine et le référendum farce – célébré sous occupation, avec la population opposée à l’annexion en fuite dans d’autres lieux ou réduite au silence par la peur, avec des bulletins de vote qui n’étaient pas enfermés dans des enveloppes et avec des groupes paramilitaires agissant sur tout le territoire – dans la péninsule, fait, en grande mesure, l’actualité internationale. Au moins en Europe. Cette affaire remet en avant-plan la question des dénommées minorités nationales en Europe centrale et orientale.

Agissant comme le faisaient certains politiciens européens d’il y a plusieurs décennies, d’un siècle même, [Poutine] s’arroge le droit et le devoir de « protéger » les Russes d’Ukraine. À cette fin, il n’hésite pas à envoyer des troupes (même s’ils n’utilisent pas de signes distinctifs, il n’échappe à personne qu’il s’agit de soldats de la Fédération de Russie), à armer et appuyer des groupes paramilitaires favorables à l’intégration à la Russie, à instaurer un gouvernement fantoche… Le locataire du Kremlin ne fait rien d’autre que n’ont déjà fait dans le passé d’autres types de tyrans pour prendre le contrôle d’un territoire adjacent dans lequel vit une minorité nationale identifiée à son propre pays.

La liberté des Russes d’Ukraine importe peu à Poutine. De fait, il viole quotidiennement celle des Russes de Russie. Héritier direct des secrétaires généraux du PCUS et ancien haut dirigeant du KGB, il n’admet pas que son pouvoir puisse avoir d’autres limites que sa volonté. Il ne conçoit pas des citoyens, il dispose de sujets. Pour prendre un exemple, il dispose des moyens légaux pour fermer un moyen de communication privé s’il considère qu’il diffuse des rumeurs ou des mensonges.

Laissons de côté Poutine. Quand un gouvernant envahit un territoire (ou y interfère par d’autres moyens) en ayant pour excuse de protéger la minorité nationale qu’il considère sienne dans un État étranger, la liberté ne l’intéresse jamais. Cette minorité est vue comme un sujet collectif, jamais comme des personnes concrètes. J’en veux pour preuve tous ceux qui ont ainsi agi par le passé : Poutine lui-même dans d’autres pays qui avaient fait sécession de la défunte Union soviétique et, avant lui, des personnages comme Hitler ou Milosevic.

On impose l’impérialisme et l’autoritarisme avec l’excuse que la nation (que l’on définit comme on veut) entière ou une grande partie de celle-ci soit sous le même gouvernement

Nous ne devons pas oublier que toute mesure prise au nom d’un droit ou d’une liberté collective viole toujours les droits et les libertés individuelles. Et ces derniers sont les seuls réels.

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Traduit de l’espagnol.