« Her » : un film qui va diviser les spectateurs

Affiche Her (Tous droits réservés)

S’il y a beaucoup d’éléments positifs à retenir du dernier film de Spike Jonze (sortie sur les écrans français aujourd’hui), quelques points noirs ne peuvent être occultés.

Par Aurélien Chartier.

herLe synopsis de Her, le nouveau de film de Spike Jonze a le mérite d’être original : un écrivain solitaire sortant d’une relation difficile, tombe amoureux de son nouveau système d’exploitation qu’il vient d’acheter. Le tout dans un monde qui n’est qu’à une dizaine d’années de nous, où la technologie se sera infiltrée dans les relations humaines. Au point de les remplacer parfois. Spike Jonze est un réalisateur que l’on pourrait difficilement qualifier de conventionnel et la construction de ce film le confirme. S’il nous plonge directement dans la vie du personnage principal, joué par Joaquin Phoenix, il va ensuite prendre son temps pour développer la romance naissante et son tout nouveau système informatique.

Poussé par son désir de réalisme, le film peut paraître relativement lent et use de beaucoup de clichés, mais il possède aussi nombre de scènes très visuelles, dans une atmosphère assez rêveuse et avec une musique se mariant tout à fait à l’ambiance. Le travail sur les couleurs tout au long du film est remarquable et la caméra varie parfaitement entre grands angles de Los Angeles et plans rapprochés sur les différents personnages. Beaucoup de choses que l’on aimerait voir plus souvent et qui sont ici totalement maitrisées.

L’histoire elle-même s’attarde longuement sur la manière qu’a le personnage principal de vivre sa rupture difficile avec sa femme, également son amie d’enfance. Le parallèle discret entre les deux relations, où le personnage principal va permettre à sa compagne de grandir et d’évoluer, avant de se trouver dépassé par ce changement se retrouve comme fil rouge du film. Si le thème de l’isolement des hommes, causé par la technologie qui nous entoure, est devenu assez courant, il est ici traité avec juste ce qu’il faut de finesse pour éviter de tomber dans les clichés du genre.

L’atmosphère très spéciale du film risque cependant de décourager beaucoup de spectateurs, tant il est facile de décrocher du cours de l’histoire tout au long du film. Un certain nombre de scènes censées être plus comiques, mais ne parvenant que difficilement à éviter le ridicule, n’aide pas. Il est ainsi facile de s’ennuyer durant les très nombreuses scènes de conversations entre Joaquin Phoenix et sa petite amie virtuelle, le tout ne variant guère d’une comédie romantique usuelle, à ceci près que l’on ne voit qu’un seul des protagonistes.

Le milieu du film se base malheureusement essentiellement sur ces scènes de développement émotionnel, certes poétiques, mais au message assez peu subtil sur les relations humaines. On comprend assez rapidement que l’un des deux amoureux va évoluer au point de ne plus avoir besoin de l’autre. Le scénario apporte ici peu de rebondissements, le but du film semblant être de privilégier le réalisme. Les points les plus originaux vont donc concerner le thème de l’intelligence artificielle, avec la question plusieurs fois traitée de ce qui différencie l’homme de la machine. Cette dernière passe ici d’un stade humain où elle ressent de la jalousie à un stade proche du divin où elle aime des centaines de personnes simultanément.

Le film a également le mérite d’aborder vers la fin le concept de la singularité technologique, où l’intelligence artificielle finit par surpasser l’intelligence humaine pour suivre sa propre voie, indépendante de la nôtre. Là où le thème est en général point de départ pour des œuvres post-apocalyptiques (Matrix, The Terminator), il est ici évoqué comme une conséquence naturelle de l’évolution des machines, qui se développeraient en parallèle des humains, sans forcément rechercher d’interactions passé un certain stade. Si aucun détail technique n’est évoqué ici, l’exercice intellectuel n’est pas inutile, peut-être même plus que le thème des relations qui émaillent le reste du récit.

Au final, ce film risque probablement de diviser ses spectateurs entre ceux qui y verront un chef d’œuvre novateur, enrichi d’une photographie magnifique et ceux qui pointeront le but qui semble assez vain du film, avec ses nombreuses scènes proches du ridicule. Difficile d’avoir un avis objectif sur la question. S’il y a beaucoup d’éléments positifs à retenir du film, ses quelques points noirs ne sont pas évidents à occulter.

Her, romance américaine (sortie le 19 mars 2014), de Spike Jonze, avec Joaquin Phoenix, Amy Adams, Scarlett Johansson. Durée : 126 mn.