Ukraine : Propagande et censure en Russie

La Russie a d’ores et déjà déclaré la guerre contre l’Ukraine, tout du moins sur le plan de la désinformation.

Par Zenon Evans.
Un article de Reason.

russian-police-rfeAlors que l’armée russe violait la souveraineté de l’Ukraine et menaçait de guerre par un envoi de troupes, l’occupation de son espace aérien et l’encerclement de la péninsule de Crimée à l’aide de sa flotte, le gouvernement conduisait en parallèle une réelle campagne de propagande.

The Daily Beast souligne quelques-unes des fausses allégations soutenues par les organes de presse contrôlés par l’État : une vidéo présentée comme des échauffourées dans les rues de Crimée s’est avérée n’être que des images de tireurs d’élite du gouvernement abattant des manifestants de l’opposition la semaine précédente ; des photos de prétendus Ukrainiens désertant en masse leur pays pour la Russie provenaient en fait de la frontière avec la Pologne (et des nouvelles de la frontière Russo-ukrainienne tendent à confirmer la supercherie) ; une autre vidéo enfin voudrait montrer que la mouvance d’extrême droite de l’Ouest du pays est une mise en scène.

Ce n’est pas seulement de la propagande interne. La chaine RT financée par l’État a produit une vidéo caricaturale soutenant la rhétorique du Kremlin prétendant que les centaines de milliers de manifestants de l’opposition ukrainienne, diverse et multi-partisane – qui ont protesté de façon non violente durant des mois jusqu’à ce que le dirigeant autoritaire autorise l’usage d’armes à feu contre les civils – est majoritairement fascisante. « Fasciste » est une accusation pratique que les politiciens et médias russes utilisent pour réduire au silence les critiques étrangères et intérieures pro-démocratiques.

Le gouvernement a également censuré les médias sociaux pro-ukrainiens en Russie, tandis que les militaires font des appels apparents aux vétérans pour se regrouper comme « unités touristiques » et aller en vacance en Crimée.

Tout cela semble fonctionner, mais pas toujours.

De nombreux citoyens russes et d’origine russe en Crimée sont catégoriques sur le développement de liens entre les deux camps et blâment l’Ouest d’avoir déstabilisé l’Ukraine, mais selon la Radio Free Europe, « des sondages indépendants d’opinion conduits avant la crise montrent qu’une majorité écrasante de Russes s’opposent à l’ingérence de la Russie dans les affaires politiques ukrainiennes ainsi qu’à toute intervention militaire dans ce pays. »  

Certains sont devenus des opposants bruyants et actifs de l’invasion, puisque l’Ukraine n’a pratiqué aucune violence. L’indépendant Moscow Times avance l’idée que la Russie voudrait provoquer un « scénario à la géorgienne en Crimée. Dans ce conflit, la Russie a envahi la Géorgie en 2008 parce que les troupes de ce pays ont attaqué des militaires russes, engendrant un parfait casus belli. Mais une telle agression n’a pas eu lieu en Crimée. »

La semaine passée, des manifestations non-violentes opposées à la guerre ont eu lieu à Moscou et Saint-Pétersbourg. Environ 350 personnes ont été arrêtées à Moscou, d’après The New Republic. Un autre rassemblement de sympathisants ukrainiens comptant approximativement 1500 participants a été étouffé de la même façon la semaine précédente. Pendant ce temps, une plus large démonstration pro-guerre s’est déroulée sans encombre.

Même le Consul Général de Russie en Crimée a admis que les accusations selon lesquelles des citoyens russes ont été assassinés par des Ukrainiens – sous prétexte de leur invasion – n’étaient pas fondées.

Radio Free Europe a pointé qu’« un certain nombre de célébrités, notamment le chanteur de rock Iouri Chevtchouk, ont livré une critique inhabituellement rude contre le Kremlin » et considère qu’« il y a une fissure dans l’opinion publique entre la population russe citadine et éduquée et celle résidant dans de plus petites villes et ayant un accès limité à Internet. »


Sur le web. Traduction : J.-Louis pour Contrepoints.