Baisse du chômage : le faux débat

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Le chômage « réel » en France pourrait être non pas de 9,8% mais d’au moins le double.

Par Dominique, d’Emploi 2017.

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Suite à la publication par l’INSEE des derniers chiffres du chômage, les médias ont expliqué avec raison que la baisse du chômage provenait de la hausse des chômeurs découragés. Ce que les médias ont omis de dire, c’est que le chômage « réel » pourrait être non pas de 9,8% mais d’au moins le double. C’est la conclusion à laquelle nous étions arrivés dans un précédent article sur les chiffres de 2012 : nous profitons de l’occasion pour en rappeler l’essentiel.

À la différence de la France qui publie un taux unique de chômage, les États-Unis en publient six, dont le dernier, « U6 », nommé parfois the « real unemployment », prend en compte les emplois à temps partiel involontaires et les inactifs qui ne cherchent pas d’emploi mais qui aimeraient travailler. En calculant le « U6 » français, on arrive ainsi à un taux de chômage non pas de 10% mais de 17%.

Ce chiffre, cependant, paraît encore loin de la réalité. Ce taux utilise un chiffre Eurostat des inactifs ne recherchant pas d’emploi mais désirant travailler qui paraît largement sous-estimé. D’après la base européenne de données, ils représenteraient en France seulement 0,5 million de personnes, à comparer avec les 2,8 millions de chômeurs officiels. Or, les études empiriques ont montré que les personnes inactives désirant pourtant travailler représentaient toujours un total relativement proche du nombre de chômeurs officiels. C’est le cas au Royaume-Uni où ils sont 2 millions contre 2,5 millions de chômeurs et en Allemagne où ils sont 1,6 million contre 2,3 millions de chômeurs. D’autres chiffres semblent également confirmer que pour résorber le chômage, il faut créer deux fois plus d’emplois qu’il n’y a de chômeurs officiels :

  • Entre mars 1997 et mars 2001, l’emploi en France a augmenté d’environ 1.500.000 mais le nombre de demandeurs d’emploi a diminué de seulement 800.000 (la moitié).
  • Entre 2002 et 2011, l’emploi en Allemagne a augmenté de 3,1 millions mais le nombre de demandeurs d’emploi a diminué de seulement 1,5 million (la moitié également).

Eurostat ne donne aucune explication sur la manière dont les inactifs sont classés par catégories. Les différentes études relatives à l’effet des aides sociales sur le désir de travailler, incitent néanmoins à penser que si très peu de Français inactifs désirent travailler, c’est parce que dans beaucoup de cas, le gain monétaire apporté par le travail est trop faible. Ainsi, si toutes ces personnes ne désirent pas travailler, c’est vraisemblablement grâce à notre système social français et à des salaires parfois moins attractifs que chez nos voisins. Parmi les personnes ne voulant pas de travail un grand nombre d’entre elles désireraient vraisemblablement travailler, selon le cas :

  • si les aides sociales diminuaient ou si le nombre d’années de cotisations retraite était à un niveau comparable à celui de nos voisins ;
  • si le contexte économique leur offrait un salaire attractif pour leur niveau de compétence.

Si l’on définit le chômage comme le pourcentage de personnes sans emploi qui en voudraient un dans une situation de marché normale, cela peut donc avoir du sens d’inclure ces personnes dans les chiffres du chômage « réel ». Si l’on décide d’ajuster les chiffres en fonction de ceux du Royaume-Uni et de l’Allemagne, on obtient alors un nombre beaucoup plus important de 2,1 millions d’inactifs ne cherchant pas de travail mais désirant travailler. En faisant ce calcul, le taux de chômage réel « U6 » n’est plus de 17% mais de 21%.

Par ailleurs, est-il pertinent d’inclure dans ce taux les emplois publics alors que par définition les fonctionnaires ne peuvent être atteints par le chômage ? Si l’on calcule le « taux de chômage réel du privé », il n’est plus de 21% mais de 26%, soit plus du quart du secteur privé, contre 0% de chômage pour le public.

Tableau récapitulatif :

Taux de chômage réel

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