Des riches plus riches, merci la Fed !

La politique monétaire de la Fed est la première responsable de l’enrichissement marqué des plus fortunés et de la hausse des inégalités.

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Des riches plus riches, merci la Fed !

Publié le 8 mars 2014
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Par Emmanuel Bourgerie.

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La nouvelle qui a ébranlé Internet en janvier dernier a été la parution de cette étude d’Ofxam sur les inégalités dans le monde, qui montre que les 85 personnes les plus riches possèdent autant que les 50% les plus pauvres à l’échelle de la planète.

Comme d’habitude, il y a ce que l’on voit, ce chiffre complètement invraisemblable, et ce que l’on ne voit pas, c’est-à-dire les causes de cette montée soudaine des plus riches. Vous me permettrez d’être cynique, car j’ai envie de répondre : on vous avait prévenus. Depuis la crise de 2007, la réserve fédérale américaine a mis en place une politique monétaire non conventionnelle pour calmer la récession. Les analystes ont expliqué que cela perturbait les pays émergents. Ils ont anticipé la montée des fortunes à cause de cette politique. Et que s’est-il passé lorsqu’Ofxam a publié les chiffres sur les plus riches ? Tout le monde s’est ému, a blâmé la dérégulation financière, l’économie de marché, mais personne n’a vu l’éléphant dans le couloir.

Quel lien avec la politique de la Fed ? Il faut savoir que depuis le début de la crise, Ben Bernanke a lancé un programme de Quantitative Easing (les fameux QE). Cet argent a été nouvellement créé – puisque c’est le rôle des banques centrales – pour deux raisons principalement : la première étant d’alléger le poids de la dette fédérale et la seconde de relancer l’investissement des entreprises. Les QE sont, pour faire simple, émis sous la forme de crédit dont le taux est fixé par la banque centrale, pour un total de 85 milliards de dollars par mois.

Mais sur la méthode, les QE sont différents des politiques traditionnelles. Normalement, lorsque l’on augmente la masse monétaire (c’est-à-dire vulgairement quand on imprime des billets), les prix montent dans les mêmes proportions, ce que l’on appelle l’inflation. Or, l’inflation de ces deux dernières décennies atteint des taux historiquement faibles.

Pourquoi cette contradiction ? Tout simplement parce que ces crédits ne se retrouvent pas dans l’économie dite « réelle », c’est-à-dire les produits de consommation courante. Ces crédits sont utilisés pour acheter directement des actions d’entreprises. Sur ce marché, effectivement, on observe une inflation : les indices type S&P (le CAC40 américain) sont à des niveaux astronomiques au regard de l’état de l’économie américaine.

L’idée avancée officiellement est que cet argent, injecté sous forme de capitaux, va doper l’investissement des entreprises, créer des emplois à court terme et de la croissance à plus long terme. Je ne vais pas me pencher sur l’efficacité de cette politique aujourd’hui, je vous laisse à la littérature abondante qui existe sur le sujet.

Ma préoccupation est que certes, cette politique dope l’investissement des entreprises, mais elle a un terrible effet pervers. Si les QE font monter le prix des actions, à qui est-ce que cela profite ? Les fameux 85 hommes les plus riches du monde ne sont pas assis sur des tas d’or, sur de grandes villas, sur d’immenses propriétés terriennes ou des Bitcoin. Ils sont tous à la tête de conglomérats d’entreprises, et le plus gros de leur fortune n’est autre que la valeur des parts qu’ils détiennent dans ces corporations. Doublez la valeur de ces actions, et vous doublez la fortune des plus riches de ce monde.

Le public a un biais anti-marché. Cela a été abondamment documenté, notamment par l’économiste Bryan Caplan. Mais à ce stade, nous dépassons le simple biais : c’est de l’aveuglement. Oui, l’économie de marché crée des riches. Mais pas si riches. Pour être super-riche, il faut que l’État donne un coup de pouce. Difficile de dire que les banques centrales sont le produit de l’ultralibéralisme dérégulé. C’est l’outil des États pour garder le contrôle de la monnaie.

Je trouve juste très hypocrite de la part du public et de la presse d’ignorer les avertissements continus des experts sur les mauvaises politiques de la Fed pour ensuite venir crier aux affres de la dérégulation. C’est ce qu’il s’est produit pour les subprimes en 2007, c’est ce qu’il s’est produit pour les inégalités en 2013.


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  • Bof. On s’en moque de savoir à qui ça profite. On s’en moquerait même presque de savoir à qui ça ne profite pas alors qu’il avait été annoncé que ça profiterait, si ça n’était pas justement ceux qui ont crié le plus fort pour avoir ces mesures keynésiennes. Si l’on veut détruire les copinages en haut lieu qui nous pénalisent tous, il ne sert à rien de s’indigner contre ce qui s’y passe, ce monde est hors de notre portée. Le monde qui est à notre portée, c’est celui des petits électeurs qui votent bien gentiment pour continuer à profiter de l’état-providence des miettes et des apparences de faveurs qui retombent de ces hauts lieux. C’est ce monde-là qu’il faut instruire, convaincre d’entrer dans la résistance passive collective et dans l’initiative personnelle active. Le monstre ne mourra qu’affamé, et pas avant le jour où le consensus autour des causes chéries aura été détruit.

  • L’article donne l’air de déplorer les inégalités. Mais c’est très bien les inégalités ! il faut se réjouir de ce que les 85 personnes les plus riches possèdent plus que 50% des plus pauvres sur cette planète. Cela stimule l’envie d’être riche, et c’est ainsi que le capitalisme libéral cher à nos coeurs progresse.

    S’il n’y avait pas cette incitation, nul doute que les pauvres se vautreraient gloutonnement dans la pauvreté, et nous verrions encore plus de mendiants dans nos quartiers, comme l’a bien expliqué Paul-Marie Coûteaux.

    Par ailleurs, l’article passe tout son temps à argumenter contre un rapport d’oxfam dont les chiffres sont qualifiés d’invraisemblables. Il faudrait savoir : s’ils sont invraisemblables, il n’y a rien de plus à en dire,
    et sinon, pourquoi vous en inquiétez-vous ?

    je croyais que sur Contrepoints on était libéré de la pensée communiste consistant à ergoter sur les prétendues inégalités.

    • De plus, je me moque des inégalités si le niveau de vie des plus pauvres augmente. Car ce n’est pas la différence (donc relative ou subjective) qui est importante, ce sont les valeurs objectives considérées en elles-mêmes. Or, ce qui ressort des études, c’est que la pauvreté et l’extrême misère reculent dans le monde. Peu importe que les différences s’accentuent. Ceux qui se basent sur ces différences pour jouer les indignés font preuve de mesquinerie, d’envie, de jalousie et sont prêts à voler ceux qui sont plus riches qu’eux.

    • « il faut se réjouir de ce que les 85 personnes les plus riches possèdent plus que 50% des plus pauvres sur cette planète. »

      Sauf si c’est le fruit d’un vol, de connivences avec l’Etat ou de politiques soviétisantes. Sinon en Corée du Nord où il y a les plus fortes inégalités, réjouissons nous du succès des chefs Nord Coréens. 🙂
      Le libéralisme n’est pas le socialisme pour les riches.

    • Merci, ça m’évite de râler encore une fois.

  • Le capitalisme n’est qu’une forme achevée du matérialisme, dont les diverses versions , tant collectivistes que libérales, ont eu la faveur des divers niveaux de la pyramide sociale (riches, classes moyennes et pauvres), au cours des siècles et de l’évolution des sciences, de l’industrie, de l’économie …et de la démographie.
    Ceux qui prétendent que le capitalisme est condamné, expire, est moribond, voire mieux, est mort, se trompent ou mentent.
    Nous parvenons au contraire – pour le meilleur et pour le pire –, par l’enrichissement considérable de la société, à un capitalisme triomphant, avec la complicité, consciente ou objective, de tous : depuis ceux qui trônent au sommet de la pyramide sociale, jusqu’aux plus humbles qui vivent de leurs miettes.
    La preuve ?
    https://docs.google.com/document/d/13oitGBlVoqxpdHbQNrWXXhoGcPLzz1ywhVQizO4lQAM/edit

  • Voila un billet consacré à la richesse qui est comme l’ Intelligence UNE n’ est-ce pas ?
    – La 1ere richesse déja c’ est une bonne santé
    – Une autre est d’ etre une femme ou un homme libre
    – une autre est la Beauté qui elle est aussi multiple comme la richesse et l’ intelligence
    – et puis il y en a d’ autres ……
    désolé d’ avoir pris un peu de hauteur

  • Avec un système comme ça, si on y pense, il « suffit » de connaître un grand banquier, qu’il vous prête 1 millions pris à la Banque centrale, de placer ça sur du sûr à court terme genre du souverain ou autres, vous remboursez votre prêt, vous êtes riche sans rien foutre. Combien de gens dans l’entourage des banquiers sont devenus riches comme ça ? Nous ne serons jamais. Ce système est un casino gagnant pour l’élite bancaire et mondiale.

    • C’est ce que l’on appelle le capitalisme de connivence (que je préfère, pour ma part, appeler l’étatisme de connivence). Cela n’a rien à voir avec le libéralisme car dans le cas que vous citez il y a intervention de la banque centrale (donc de l’État) qui vient, comme à chaque fois qu’il interfère dans les opérations économiques, déséquilibrer le marché en favorisant certains au détriment des autres.
      Non seulement ce n’est pas du libéralisme mais encore le libéralisme condamne ce genre de situation.

  • Dire que la seule raison de l’augmentation du S&P depuis 2009 est le QE de la Fed est au mieux réducteur, au pire malhonnête.
    Les pourfendeurs du QE oublient toujours de mentionner d’autres critères , sans doute secondaires à leurs yeux, comme par exemple les profits des entreprises.

    http://pragcap.com/wp-content/uploads/2013/04/cp.png

  • Les banques centrales ne sont bonnes qu’a faire tourner la planche à billets…Supprimons les avant de vraiment mal finir…

  • Les commentaires sont fermés.

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