Le libéralisme a-t-il tué Philip Seymour Hoffman ?

Philip Seymour Hoffman en 2011 (Crédits : Georges Biard, licence Creative Commons CC BY SA 3.0)

Pour Ben Schapiro, c’est le libéralisme et non l’héroïne qui a tué Philip Seymour Hoffman.

Par Nick Gillespie, depuis les États-Unis.
Un article de Reason.

Philip_Seymour_Hoffman_wikipediaQu’est-ce qui a tué Philip Seymour Hoffman ? Pas l’héroïne, mais le libéralisme !

Le chroniqueur conservateur de Breitbart.com Ben Shapiro, diplômé de droit à Harvard, assume fièrement son penchant socialiste qu’il distille dans à peu près tout ce qu’il écrit. Il écrit ainsi dans le National Review Online :

La fatale autodestruction de Philip Seymour Hoffman est une nouvelle marque de cette culture progressiste destructrice qui domine à Hollywood, encourageant plutôt que prévenant la disparition de certains de ses talents majeurs. Le libéralisme devient libertinage sans une puissante force culturelle pour contrebalancer le penchant pour le péché, et Hollywood ne possède pas cette puissante force. En fait, ce que Hollywood demande est davantage d’avilissement, moins de spiritualité, moins de principes et moins de normes.

Personne ne sait quels démons tourmentaient Seymour Hoffman. Cependant, sans une solide structure morale soutenant les acteurs de Hollywood qui possèdent tous les privilèges financiers et artistiques, le chemin vers la destruction est bien trop aisé.

Pour lire l’article en question (en anglais), suivez ce lien.

Ce que Shapiro sous-entend ici, c’est que le libéralisme se trouve à la racine de l’overdose de Hoffman. Ce n’est pas seulement grossier ou en totale contradiction avec la vie, les opinions ou les circonstances de la mort de l’acteur. Cela n’a simplement aucun sens.

Que signifie libéralisme dans ce contexte ? Est-ce la liberté de se promener dans les rues de Manhattan et d’acheter des stupéfiants au marché noir ? Une philosophie ou un principe identitaire adopté par les habitués du Studio 541 que furent sans nul doute Milton Friedman, Friedrich Hayek et, occasionnellement même William F. Buckley du National Review, justement ? Naturellement.

Si Shapiro avait réfléchi ne serait-ce qu’une minute avant de sortir sa macro « indignation », il aurait pu se demander quelle politique publique en matière de lutte contre la consommation de stupéfiants aurait pu produire de meilleurs effets. D’une manière générale, les gens rencontrent déjà beaucoup de difficultés pour admettre des problèmes de consommation de substances illicites sans avoir à admettre qu’ils sont aussi des criminels. Peut-être que légaliser ou, tout du moins, décriminaliser la consommation de drogue pourrait mener à un environnement dans lequel cette consommation serait réduite de concert avec la disparition des effets néfastes du marché noir engendrés par la prohibition. C’est en tout cas ce qu’un autre conservateur de Harvard, le sénateur texan Ted Cruz, estime en revanche mériter discussion (voir la vidéo plus bas).

À la suite d’une première version de cet article, nous avons reçu une réponse par email de Ben Shapiro :

J’ai apprécié votre critique…

Cependant, j’estime que c’est une mauvaise interprétation de mon point de vue. Ce que je voulais exprimer au sujet du libéralisme n’est pas que la guerre contre la drogue est la solution aux problèmes liés à la consommation de stupéfiants (comme vous le savez, j’ai ouvertement soutenu la décriminalisation de la consommation de marijuana). Je n’avais pas non plus l’intention d’accuser le libéralisme. En effet, je voulais souligner le faux libéralisme de Hollywood qui n’est que libertinage. Le libéralisme en appelle à la responsabilité individuelle ainsi qu’aux institutions culturelles ayant vocation à encourager les comportements vertueux. Les gauchistes de Hollywood n’attendent ni l’un ni l’autre et encouragent la consommation de drogues d’une manière à la fois ouverte et sous-entendue.

Comme Jacob Sullum l’a souligné hier, malgré toutes les alertes sur l’essor de la consommation d’héroïne, les faits réels montrent que cet essor n’existe pas, ni à Hollywood (sorte d’état d’esprit qui recouvre l’intégralité des États-Unis puisque Hoffman est mort dans son appartement de New-York) ni nulle part aux États-Unis.

Vous pouvez regarder l’interview télévisée de Ted Cruz sur Obama et sa politique de lutte contre les stupéfiants (en anglais).


Sur le web.
Traduction : Victoria Melville/Contrepoints.

  1. NdT : Le Studio 54 était un boîte de nuit de New-York d’avril 1977 à mars 1986, connue pour avoir réuni les plus grandes stars de l’époque mais aussi pour avoir été un temple de débauche et notamment de consommation de substances illicites.