De la nécessité de feindre un intérêt pour la mode féminine

Défilé de mode femme (Crédits www.jeremylim.ca, licence Creative Commons)

Trois erreurs à ne pas commettre si votre femme, compagne ou petite amie hésite, en s’habillant, entre plusieurs alternatives et vous demande votre avis.

Par Corentin de Salle.

Si vous faites partie des 0,5% des hommes passionnés par la mode féminine et qui, en matière vestimentaire, ont un avis immédiat et sans appel, ne lisez pas… ce qui suit car cela ne vous concerne pas. Pour les autres, je dirais ceci : si votre femme, compagne ou petite amie hésite, en s’habillant, entre plusieurs alternatives et vous demande de l’aider à résoudre ce dilemme (ou trilemme, etc.), il y a plusieurs erreurs à ne pas commettre.

La première réaction, la plus naturelle – et c’est ici qu’on voit combien la nature est mal faite – est aussi la plus impardonnable : c’est de dire que vous n’en savez rien ou que vous n’avez aucun avis sur la question. Ce genre d’erreur, si elle se répète et se cumule avec d’autres erreurs aussi criminelles, peut mener à terme à l’éclatement du couple. Pourquoi ? Car elle sera perçue par elle comme la manifestation d’une indifférence totale à son apparence extérieure et donc à elle-même.

La deuxième erreur consiste, pour lui faire plaisir, à vous forger un avis personnel sur le problème qui vous est soumis et cela sur base de quelques critères objectifs. Malheureux ! Ce n’est pas ce qu’on attend de vous. Elle se questionne mais elle attend que vous confirmiez son propre avis dont elle doute encore un peu. Elle fera de toute façon comme elle a décidé. Autant deviner ce qu’elle pense et abonder dans son sens.

« Big mistake. Big. Huge! » – Pretty Wooman de Gary Marshall (1990) avec Julia Roberts.

Une troisième erreur consiste, pour se débarrasser rapidement du problème, à formuler un jugement tranché en affirmant que vous détestez telle ou telle tenue. Croire que le problème sera vidé promptement en procédant ainsi est une douce illusion. Elle s’étonnera de ce jugement, vous demandera pourquoi vous ne lui avez pas dit quand elle portait cette tenue auparavant, vous dira que cette tenue ressemble à une autre que vous aviez dit aimer par le passé, etc. Par ailleurs, ce faisant, vous condamnez à mort un pauvre vêtement qui ne vous a rien fait. En effet, même si votre compagne n’aurait jamais l’idée saugrenue de considérer que vous êtes un esthète en matière vestimentaire, votre avis lui importe. Non pas parce qu’il émane de vous – elle sait que la seule chose qui, à la rigueur suscite votre intérêt, c’est la question de savoir si sa tenue est affriolante ou pas – mais parce que vous êtes à ses yeux un représentant de la gent masculine, c’est-à-dire une portion de l’humanité dotée d’organes de perception esthétique atrophiés mais qui représente quand même la moitié de la population. Si même un type comme vous – paisible ruminant qui voit défiler les vêtements devant lui dans la plus parfaite indifférence – éprouve subitement de l’hostilité envers ce vêtement, alors il est fort probable que la plupart, ou un certain nombre, des ruminants de votre espèce partagent ce point de vue. Du coup, le vêtement terminera chez Humana et, à force de procéder ainsi, vous alimenterez chez elle le dispendieux sentiment qu’elle « n’a plus rien à se mettre ».