Lettonie : l’Euro imposé contre la volonté populaire

62% des Lettons se disaient opposés à l’entrée dans l’Euro selon un sondage récent, mais l’intelligentsia a malgré tout imposé la monnaie unique.

Par Thibault Doidy de Kerguelen.

euro pouvoir d'achatRiga, capitale de la Lettonie a intégré la zone euro au premier janvier 2014. Trois ans après l’Estonie, la Lettonie devient le 18e État européen à abandonner sa monnaie nationale. Comme nombre de pays (dont la France), cette intégration est imposée par une intelligentsia en complète contradiction avec le peuple qui, jamais consulté, a le mois dernier répondu à 62% non à un sondage sur cette adhésion.

Il faut dire que le pays a déjà beaucoup souffert de cette volonté inflexible de sa bourgeoisie. Après une croissance impressionnante, de l’ordre de 10%, les années précédant la crise financière mondiale, le PIB s’est contracté d’un quart sur les exercices 2008-2009. Le gouvernement a alors instauré un programme d’austérité drastique, avec une baisse des dépenses publiques de 8% en deux ans qui a permis au pays de sortir quasiment de la récession dès 2010.

Mais voilà, bon nombre d’économistes se déchirent sur la question de savoir si l’assainissement de l’économie lettone n’aurait pas pu être mené à bien de manière plus progressive, avec, en particulier, un assouplissement du taux de change, autrement dit si laisser glisser la monnaie n’aurait pas donné un coup de fouet à l’économie… La rigueur l’a emporté à Riga. Plutôt que de prendre le risque du cercle infernal de l’inflation, le gouvernement a pris celui du chômage qui était monté à 16% et dépasse encore 13%. Malgré les conseils du Fonds Monétaire International, Riga a refusé de dévaluer sa monnaie, le lat, arrimée à l’euro précisément en guise de préparation à l’adhésion. À l’inverse de la majorité des pays de la zone euro, le pays disposait aussi d’un avantage : une dette publique à peine supérieure à 10% du PIB.

Toujours est-il que la Lettonie a retrouvé des taux de croissance parmi les plus élevés d’Europe, avec plus de 4,5% actuellement, qui permettraient de retrouver enfin le niveau du PIB de 2007 cette année. C’est donc un pays sain, bien géré, germanique et peu enclin au laxisme latin qui rejoint l’Euro. Pas un allié pour les membres du club Med…


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